Les contraires opposent des choses dis
84 PRINCII'ES DE HIIÉTOHIQUË.
tincles ou qui no peuvent se concilier, en vue d"en tirer une conclusion favorable.
Si Gracchus est coupable d'avoir .soulevé le poujde, Opiluius est justifié de l'avoir mis à mort.
(Cicéron, de Oralorc, II, 10.)
Il va sans dire que, pour composer un discours, il n'est pas besoin de passer en revue toutes ces manières de raisonner. Mais il est bon d'en faire l'étude, et de s'habituer à s'en servir. L'esprit, qui s'y est exercé, arrive à les trouver comme naturellement.
2° Les Figuiœs sont un procédé d'amplification, en ce sens quelles ajoutent à la preuve l'élément qui lui manque pour atteindre la sensibilité et l'imagination, en même temps que la raison.
Celles que les rhéteurs appellent/?^» /'es de pensées, surtout, renferment une véritable force de persuasion. Elles s'adressent à la raison, à l'imag'ination et à la passion ; quelques-unes agissent sur les trois facultés à la fois.
A proprement parler, elles ne constituent pas toutes une amplification véritable, La plupart ne sont que des tournures données à une pensée en vue delà faire mieux saisir. Certaines, cependant, comme l'antithèse, la description, le portrait, le parallèle, la comparaison, etc., sont le développement d'un raisonnement, ou équivalent à un vrai raisonnement.
Nous les étudierons plus loin.
c. Du choix des arguments.
Puisque les preuves constituent le fond du discours, il importe à l'orateur de choisir celles qui le conduiront plus sûrement à triompher de son auditeur.
Mais, pour bien choisir les preuves, il faut se rappeler « que les preuves oratoires sont toutes différentes des preuves proprement dites, en ce quelles lient des idées non seulement les unes avec les autres, mais encore avec des dispositions, des sentiments et des actes, et ont pour conséquence damener dans lame de ceux qui les écoutent un véritable changement d'équilibre de ses éléments ^ ».
Aussi ne faut-il pas juger dune preuve par sa force intrinsèque. Telle raison qui paraît faible en soi, vaudra près d'une personne qu'elle touche par son endroit sensible. Il peut être avantageux de l'employer.
Telle autre raison a une grande force probante ; mais elle peut fournir un argument à l'adversaire, on ne doit pas hésiter à la rejeter. « Quand je rassemble les preuves d'une cause, dit Cicéron, jai l'habitude de les peser, non de les compter 2. »
Voici quelques principes qui guideront dans le choix des arguments.
1. Maillet, De l'essence des Passions, \>. 3oG. •2. De Oral., II, 70.
s*; l'ItlXCII'HS Iti: UllKTOHIQUE.
1. Il fini deinandcr ses (irgiiinenls surtout à la méditation du sujet.
En méditant la vérité qu'il veut établir, l'orateur arrive à découvrir les raisons qui peuvent la faire accepter. Rien ne remplace cette méditation personnelle.
Il faut examiner la question dans la mesure, même singulièrement réduite, de ses forces et de ses connaissances, de façon à utiliser, avant tout, ce qu'on peut savoir. Toutes les fois que le sujet est à la disposition de nos études, il faut se garder de demander à autrui des informations sur ce que nous pouvons penser, croire et sentir d'original.
La méditation sera aidée ensuite parla lecture. La lecture d'un ouvrage ou d'un discours, traitant le sujet que l'orateur se propose de traiter, ne peut que lui fournir des idées qui corroboreront les siennes.
Cette lecture se fait utilement aussi, mèm(> lorsque l'orateur a tracé le plan de son discours. L'esprit étant déjà orienté, le travail qu'il a produit fera l'office d'un réceptacle, où viendront prendre place des idées neuves, des rapprochements, des traits, etc., que la lecture procurera.
Ayant déjà une vue nette de son sujet, lorateur n'est plus exposé à ségarer dans une érudition vaine et inconsidérée. 11 sera le premier à sentir que telle pensée sei'ait déplacée, que tel rapprochement serait forcé, etc.