LE MOUVEMENT
Le mouvement est la qualité maîtresse dans le style oratoire-, c'est par là que l'orateur sexprime lui-même, avec toute la force que la pensée a en lui. Le mouvement vient non seulement de l'agrément, mais encore de la chaleur, de la vie du discours et de la force persuasive de l'orateur.
Bien des conditions concourent à donner ainsi la vie et la chaleur au style oratoire.
Ce st d'abord :
1. La concision, ou l'art de renfermer une pensée dans le moins de mots possible. L'éloquence est dans l'intensité des choses dites, et non dans leur quantité. Aussi la diffusion est-elle une des causes les plus fréquentes du peu d'effet de certains discours. Les idées exprimées seraient saisissantes
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si elles étaient ramassées; mais elles sont lâches, diluées, bientôt on s'en fatigue. Cette diffusion est le défaut dun grand nombre d'orateurs. Leurs discours sont insignifiants ; ils traînent et languissent. Pascal. Montesquieu, La Bruyère, au contraire, sont des modèles de concision ; on ne peut pas ôter un mot à leurs phrases ; tous les mots portent et (obtiennent leur effet. Cette concision fait la supériorité de Démosthène sur les autres orateurs de l'antiquité.
2. Le relief. Le relief dans le style oratoire consiste à attirer l'attention de l'auditeur, en disant autrement ce qui a déjà été dit. Pour le produire, il faut trouver des choses que les autres n'aient pas dites, comme des alliances de mots, des tournures imprévues, etc.
Un écrivain vulgaire dirait :
Je suis las de la vie, je vais partout traînant mon ennui.
Chateaubriand a dit :
.lu me décourage de durer et je vais partout bâillant ma vie.
Ce relief du style se trouve à chaque page dans Bossuet :
« Nous subissons la persécution de cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine. » « La mort nous vient abîmer dans le néant. »
11 n'est pas donné à tout le monde d'écrire avec ce relief; il y faut beaucoup de travail, de retouche surtout, et beaucoup d'observations et de lectures chez les grands écrivains.
10<j PRINCIPES DE RHETORIQUE.
La préoccupation du relief dans le style, d'ailleurs, engendre facilement le mauvais goût. Pour ne pas vouloir dire comme tout le monde, on arrive promptement à manquer de naturel et de simplicité.
Mais il n'en est pas moins vrai que le relief et l'originalité sont ce qui contribue le plus à lintérêt et à la vie du discours.
3. Le style figuré sert à rendre le discours plus expressif. Comme on la dit avec raison, « les figures sont lame de l'élocution et du style ». Elles ne sont pas le produit d'une convention, c'est la nature qui les crée, parce que les langues, quelle que soit leur richesse, sont insufTisantes à rendre les nuances diverses de la pensée.
L'abus qu'on a fait des figures, les noms pédantesques qu'on leur a donnés, les ont fait tomber en discrédit ; et si l'on parle encore des figures de rhétorique, c'est le plus souvent pour se moquer d'une composition littéraire ou oratoire. Mais ce discrédit n'enlève rien à leur importance.
« Tout écrivain, dit Condillac, doit être peintre, autant du moins que le permet le sujet qu'il traite. Or. nos pensées sont susceptibles de différents coloris; séparées, chacune a une couleur qui lui est propre; rapprochées, elles se prêtent mutuellement des nuances et l'art consiste à peindre ces effets '. »