Art d'écrire, cli. v
i. Nous ne parlons ici que des figures les plus fréquemment employées dans le discours, renvoyant aux traites de littérature, pour l'étude des autres.
108 l'UINCU'ES DE RHÉTORIQUE.
b) L'allégorie qui est une métaphore continuée au point de former une phrase ou un morceavi. Telles sont ces phrases de Bossuet :
« Le glaive qui a tranclié les jours île la reine est encorrlevé sur nos tètes, nos péchés en ont affilé le tranchant fatal. - [Oraison funèbre de Marie-Thérèse.)
« Cette jeune plante, ainsi arrosée des eau.\ du ciel, ne fut pas longtemps sans porter des fruits. »
c) La métonymie qui consiste à employer un mot pour un autre, comme la métaphore, mai^ sans éveiller ni supposer de comparaison.
Par métonymie on dit la cause pour l'effet, ex. : Mars iponr Ia guej're ; — l'auteur pour l'ouvrage. ex. : Je lis Horace; — le signe pour la chose signifiée, ex. : J'ai quitté la robe pour l'èpée, etc.
Ce sont ces figures qui donnent au style de la chaleur et du relief. « La magie d'un style est dans le* images. »
II. Lestiguhes de pensées usitées dans le discours s'adressent ou à la raison pour l'instruire, ou à limaginationpourluiplaire, ou au sentiment pour l'émouvoir. De là cette classification des figures en^^M/-es de raison, figures d'imagination eifigures dépassions, a. Figures de raison. — L'orateur raisonne : 1° Par la prolepse, en prévenant une objection quon pourrait lui opposer. On connaît la fameuse satire de Boileau :
11 a tort, dira l'un, pourquoi faut-il qu"il nomme? Attaquer Chapelain ! Ah ! c'est un si bon homme.*
2° Par la suspension, en tenant Tauditeur dans l'attente ou lincertitude pour exciter sa surprise ou son attention :
• Combien de fois a-t-elle remercié Dieu de deux grand<'s
grâces, l'une de l'avoir faite chrétienne, l'autre messieurs.
(lu'attendezvous '? peut-être d'avoir rétabli les affaires du roi son fils? Non, c'est de l'avoir faite reine malheureuse. » (Bossuet, Orahon funèbre de la reine (V Angleterre.
Le passage suivant de V oraison funèbre d'O'Connell par Lacordaire se termine par un magnifique exemple de suspension :
•• On a fait plus, Messieurs : ce rapt du droit, ce meurtre légal d'une nation, on ne l'a pas établi d'une manière absolue, mais d'une manière conditionnelle, en sorte qu'il fût toujours possible à la nation et à chacun de ses membres de se racheter de la mort politique et civile par l'apostasie. La loi leur disait : « Vous n'êtes rien ; apostasiez et vous .serez quelque chose. Vous êtes esclaves; apostasiez, et vous serez libres. Vous mourez de faim ; apostasiez, et vous serez riches. » Quelle tentation, ^Messieurs, et que le calcul était profond, si la conscience n'était pas plus profonde encore que l'enfer! \e craignez rien pour le peuple martyr; voilà deu\ siècles qu'il est plus grand que cette séduction, et qu'il lève vers Dieu ses mains tranquilles, en disant dans son cœur : <> Dieu les voit, et il nous voit aussi ; ils auront leur i-écompense, et nous la nôtre. » Je ne le nommerai pas, Messieurs, ce peuple cher et sacré, ce peuple plus fort que la mort ; non, mes lèvres ne sont pas assez i)ures et assez ardentes pour le nommer ; mais le ciel le connaît, la terre le bénit, tous les creurs généreux lui ontfaitunepatrie, unamour, un asile... 0 ciel qui voyez, ô terre qui savez, ù vous tous, meilleurs et plus dignes que moi, nommez-le, nommez-le, dites : I'Irlande ! •
Cette figure a tout son effet à condition qu'elle
110 PmXCIPES DE UIIÉTORIQUE.
se termine par un trait, un mot heureux, qu'elle l'ait valoir,
3° Par la concession, en accordant à un adversaire ce qu'on pourrait lui refuser, pour en tirer avantage contre lui.
« Je veux bien avouer de Charles T' ce qu'un auteur cél(''bre a dit de César, qu'il a été obéissant jusqu'à être obli^'f'' de s'en repentir. Que ce soit donc là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César; mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus ne pensent pas pour cela nous persuadiM* que la force ait manqué à son courage, ni la vigueur à son génie. >•
(BossLET, Oraison funèbre cfHenrielle de France.)
4° Par la prétérition, qui consiste à paraître passer sous silence ce qu'on dit néanmoins sans y insister.
.Je pourrais ajouter aux intérêts de Rome Combien un pareil coup est indigne d'un homme; Je pourrais demander qu'on mît devant vos j-eux Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Mais je hais ces moyens qui sentent l'artifice.
(CoiiNEiLLE, Horace. Discours de Yalère.)
50 p^j, l'antithèse. Marmontel définit i'anlithèse « un rapport d'opposition entre des objets différents, ou, dans un même objet, entre ses qualités ou ses façons d'agir ».
La Bruyère l'appelle « une opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre ».
D'autres la définissent « l'art de tirer d'une pensée le contraire de cette pensée, et d'engendrer
ainsi une série de contrastes et d'oppositions ' ». L'antithèse, on le voit, consiste à rendre une pensée plus saisissante au moyen de son constraste.
« Méprisé et aliandonné pendant tout le cours de sa vie, lo Fils de Dieu commence à régner après qu'il est mort. Ses l)aroIes toutes divines (|ui devaient lui attirer les respects des hommes, le font attacher à un bois infâme ; et l'ignominie de ce bois, qui devait couvrir ses disciples d'une confusion éternelle, fait adorer par tout l'univers les vérités de son Évangile. »
(BossLET, Panégyrique de saint Paul.)
« Une imj)iété supersiitieuse refuse au Très-Haut la connaissance de l'avenir et a la faiblesse d'aller consulter une Pj'thonissc. »
(Massillon, Petit Carême, 3" dimanche.)
L'antithèse est la grande ressource de l'écrivain, de l'orateur surtout. « Elle ne doit pas être considérée comme un simple et occasionnel artifice de penser. C'est un procédé d'écrire, une façon d'enfanter, de dédoubler et d'exploiter des idées... L'antithèse est la clef, l'explication, la raison génératrice de la moitié de la littérature française -. »
« Les grandes pensées, dit Marmontel, prennent habituellement la forme de l'antithèse. »
C'est pour cela que nous avons mentionné plus haut l'antithèse, comme un des principaux procédés d'amplification.
L'antithèse continue sert surtout au portrait et au parallèle.