Albalat, La Formation du style, p
2. Albalat, toc. Ci7., p. IM. Tout le chapitre aucjuel nous renvoyons est à lire, au sujet de l'antilhèse.
112 PRINCIPES DK RHÉTORIQUE.
Qui ne connaît le portrait de Cromwell par Bossuet :
" Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre ; qui ne laissait rien à la Fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance. »
Une des plus vigoureuses antithèses qui nous ait été gardée est ce parallèle d'Eschine et de Démosthène fait par Démosthène lui-même :
■< Vous étiez valet d'école : moi j'étais écolier; vous serviez dans les initiations : j'étais initié; vous dansiez dans les jeux: j'y présidais; vous étiez greffier: moi magistrat; vous étiez acteur des troisièmes rôles : moi spectateur; vous vous laissiez tomber sur le théâtre : je sifflais; dans le ministère, vous agissiez pour nos ennemis : moi, pour la patrie; et, pour finir le parallèle, aujourd'hui même où il est question pour moi d'une couronne, on rend justice à mon innocence : vous, au contraire, vous êtes reconnu pour un calomniateur, et il s'agit de décider si, dans ce jugement, on vous imposera silence pour toujours, en ne vous accordant point la cinquième partie des suffrages. Vous le voyez, Eschine, la foi-tune brillante qui vous a constamment suivi, vous donne le droit de mépriser la mienne. » {Discours sur la Couronne.)
« Les antithèses sont mauvaises, dit Albalaf. lorsqu'elles sont cherchées et pas naturelles ; loi'squ'elles ne font pas corps avec lidée et quà leur place on eût pu en trouver d'aussi vraisemblables ; quand leur développement est prévu et trop facile : quand elles reposent sur des artifices de rhétorique; quand elles répondent à des symétries insi-
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gnifiantes ; quand elles restent vagues, douteuses, sans consistance ' . »
b) Figures d'imagination. — Les principales figures par lesquelles l'orateur cherche à plaire, en frappant l'imagination, sont :
1° La prosopopée (TrpoaojTrov, TToiï'oj, je fais une personne) consiste à prêter la vie, le sentiment, la parole et l'action à des êtres inanimés, à des absents, aux morts mêmes.
C'est une des plus grandes et des plus saisissantes figures oratoires.
Une des plus belles prosopopées que nous ait laissées la littérature grecque est l'apostrophe à la Loi dans le Criton, par laquelle Socrate refuse d'user des moyens qu'on lui offrait de s'enfuir.
Bossuet, pour faire l'éloge de Charles P"", évoque
les cendres de la reine son épouse :
'. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, ijui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher. »
[Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.)
2° L'hypotypose(uTtoTUTroo), je représente! peint les objets avec des traits si marqués qu'on croit les voir de ses propres yeux.
Cette figure se confond souvent avec la description et le portrait; mais ces deux compositions ne méritent le nom à'hijpotypose qu'autant qu'elles agissent sur l'imagination. Homère excelle en ce
\. Loc. cil., p. 2i'>.
genre de ligures. En voici un exemple tiré de Y Iliade :
'■ Il frappa du fouet éclatant les chevaux aux bellos crinières; et, sous le fouet, ceux-ci entraînèrent rapid(?mont le char, écrasant les cadavres et les armes. Et les jantes et les moyeux des roues étaient aspergés du sang qui jaillissait sous les sabots des chevaux '. »
L"liypotypose prend différents noms, selon les objets qu'elle décrit : éthopée. si elle peint des caractères; prosopographie, si elle décrit des personnes; topographie, sil s'agit de lieux.
3° La comparaison rapproche deux objets qui se ressemblent pour peindre l'un d'eux plus vivement.
'. Gustave-Adolphe parut à la Pologne surprise et trahi:' comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. ■■
(BossLET, Oraison funèbre d'Anne de Gunzar/iœ.)
La comparaison est une des plus riches figures de l'éloquence. Non seulement elle frappe l'imagination, mais elle éclaircit les pensées et fortifie le raisonnement. Nous avons vu quelle est une manière de raisonner (p. 81).
Une comparaison prolongée entre deux personnages constitue un parallèle. On cite comme modèle du genre, celui que nous avons rapporté plus haut d'Eschine et de Démosthène, celui de Turenne et de Condé par Bossuet, et celui de Corneille et de Racine par La Bruyère.