‹ Principes de rhétoriqueChapitre 56 sur 79 · Trail. Leconte de Liste · texte numérisé non relu

Trail. Leconte de Liste

c) Figures de passion. — Pour parler à la passion, l'orateur emploie principalement : \'ex~ clamation, \ apostrophe, \ interrogation, Vhypothèse, Vhyperbole et l'ironie.

1° L'exclamation est un cri subit de lame qui ne peut plus contenir son émotion.

« 0 nuit désastreuse, ô nuit effroyable! où retentit tout à i-oup, comme un éclat de tonnerro, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt! Madame est morte!... Quoi donc! elle devait périr si tôt. »

(BossuET, Or. fui}, de la duchesse d'Orléans.)

2" L'apostrophe (^Tto arpîcpw, je détourne) est une tournure par laquelle l'orateur interrompt la marche naturelle du discours pour s'adresser à ime personne ou même à une chose, présente ou absente.

« Glaive du Soigneur, quel coup vous venez de frapper! Toute la terre en est étonnée. »

(BossLET, Or. fun. de Marie-Thérèse.)

Si l'apostrophe renferme une malédiction, elle s'appelle imprécation.

« Si je t'oublie. Église Romaine, puissé-je m'oublier moimême! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma Vjouche, si tu n'es pas la première dans mon souvenir... » (BossiET, Sermon sur l'Unilé de l'Église.)

L'apostrophe s'appelle obsécration, si elle implore le secours de l'homme ou de la divinité.

0 mon souverain Roi, Me voici donc tremblante et seule devant toi. [Eslher. acte I", se. YII. iv.)

110 l'KlXCIl'KS DE illlETOHIQUE.

:i° L'interrogation consiste à poser une question à l'auditeur. Mais elle n"a pas pour but d'ol;tenir une réponse, elle vise seulement à presser l'adversaire.

Toute forme interrogative n'est pas la figure dont nous parlons. Celle-ci s'adresse à la passion et a pour but d'exprimer quelque forte émotion.

Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles? Quand Dieu par plus d'offets montra-t-il son pouvoir? Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voii', Peuple ingrat?

{Alhalie,aci(! P', se. I.)

Si à l'interrogation l'orateur ajoute la réponse, la figure porte le nom de subjection.

Si l'interrogation feint l'incertitude, elle s'appelle dubitation.

Où suis-je ? Qu'ai-je fait? Que dois-je faire encore? Quel transport me saisit? Quel chagrin nie dévore?

s'écrie Hermione, après avoir ordonné à Oreste de tuer Pyrrhus (Cf. Andromaque, acte Y).

4" L'hypothèse admet un fait supposé, comme cei'tain, et en fait ressortir les conséquences.

Telle est la célèbre hypothèse de Massillon :

« Je vous demande : si Jésus-(]hrist paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers, pour vous juger, pour faire le terrible discernement dos boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à sa droite ? » etc.. (V. ]ilus haut, p. 29.)

5° L'hyperbole est une figure par laquelle on

va au delà de la vérité pour faire plus d'impression sur l'esprit,

« Des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous les habitants. •

(Flkchier. Or. funèbre de Turenne.)

L'hyperbole devient facilement ridicule par l'exagération outrée et par l'enflure.

Le contraire de l'hyperbole s'appelle la litote qui affaiblit et diminue les choses.

Va, je ne te hais point,...

dit Chimène à Rodrigue.

6" L'ironie dit le contraire de ce qu'on veut faire entendre. Elle sert avantageusement la pas sion; tantôt elle raille avec finesse, tantôt elle exprime la colère. Si elle est amère, elle prend le nom de sarcasme.

Ex. : L'ironie d'Agrippine, parlant à Néron qui a fait empoisonner Britannicus :

Poursuis, Néron, poursuis, avec de tels ministres Par des faits glorieux tu te vas signaler; Poursuis, tu n'as pas fait ce pas pour reculer.

L'énumération que nous venons de faire des diverses figures suffit à montrer le parti qu'en peut tirer un orateur. Mais plusieurs règles s'imposent à lui dans leur emploi :

1. Il faut qu'elles se présentent d'elles-mêmes et qu'elles naissent du sujet. Vouloir en déterminer l'emploi à l'avance serait tomber dans le ridicule.

2. Il ne faut pas trop les multiplier. Trop décliit éblouit et fatiaue.

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