‹ Principes de rhétoriqueChapitre 64 sur 79 · Cf. Bourgain, op. cit · texte numérisé non relu

Cf. Bourgain, op. cit

•i. P. Monsabré, La Prédication, p. 3i6.

mot de valeur, et le devoir de l'orateur est de l'indiquer par une émission de voix correspondant à sa supériorité. L'orateur doit mettre tous ses soins à donner au mot principal, dans sa diction, la même importance que l'écrivain lui a donnée dans son style.

La valeur du mot dépend de celle de lidée quil représente, et celle-ci dépend de l'idée principale du morceau.

La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.

Corneille.

Je t'aimais inconslanl, qu'eussé-je fait fidèle?

Corneille.

Un roitelet pour vous est un pescmt fardeau, Le moindre vont qui d'aventure Fait rider la face de l'eau Vous oblige à baisser la tète.

La Fontaine.

Aussitôt qu'il eût porti'- de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit, presque en même temps, pousser l'aile droite des ennemis, soutenir la nptre ébranlée, rallier les Français à demi vaincus, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, porter partout la terreur et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups.

(BossLET. Or. funèbre de Condé.)

4. Accentuer. L'accentuation est le fini de la v^iction. C'est « l'art subtil et délicat d'appeler l'attention des auditeurs sur certaines images, pensées, remarques et maximes * ».

Cette accentuation se fait de bien des manières : en élei>ant la voix, elle fait ressortir certains mots,

\. p. MossABAÉjLa Prédication.

comme nous lavons dit pour le mot de valeur ; par des pauses ou d'habiles suspensions elle met en saillie certains qualificatifs, certains traits, certains membres de phrases qui doivent frapper l'auditeur ; par une intonation différente, elle fait sentir les incidentes qui. sans cette précaution, embarrasseraient la phrase. Ailleurs, elle consistera tantôt à prolonger les mêmes inflexions dans une phrase, tantôt à opposer deux inflexions l'une à l'autre pour la faire valoir. 5. Mettre du mouvement et de la chaleur dans le discours. Le mouvement est le triomphe de l'orateur, c'est lui qui décide de l'effet du discours. Le plus beau discours, même dit avec grâce, risque d'endormir sil n'est pas mouvementé, c'est-à-dire s'il n'est pas prononcé avec une chaleur communicative. Mais le mouvement oratoire demande qu'on prenne certaines précautions :

— 11 ne faut pas le confondre avec la i>olubilitê. Sans doute, le plus souvent la chaleur du discours rendra la diction plus rapide, mais la rapidité n'est pas le mouvement.

— Le mouvement doit être préparé. Par le mouvement, lorateur se propose d'atteindre un effet qu'il ne doit pas perdre de vue et vers lequel tout doit converger. Si l'effet n'est pas amené graduellement, l'imprévu du mouvement le compromettra.

— Les figures employées dans le discours, et surtout les passions qui animent l'orateur, guident le mouvement ei indiquent ce qu'il doit être. Mais la passion détonne toujours un peu, elle fait sortir de

la dominante. Dès lors il est facile de perdre la note juste. Pour la trouver, il faut connaître la nature, étudier les manifestations de la passion chez les autres, observer lenfant, par exemple, dans sa colère, dans ses terreurs, dans ses désirs; se souvenir soimême des accents trouvés à certaines heures, etc..

Nous n'avons pas eu la prétention de donner ici toutes les règles d'une bonne diction. Nous n'avons rappelé que les principales, pour inspirer le désir de recourir aux traités spéciaux sur cette matière.

2° — Le geste.

L'homme a deux langages : celui de la voix et celui du geste. Ce dernier consiste dans les mouvements expressifs du corps.

Le plus souvent, quand on traite du geste, on le restreint aux mouvements des bras et des mains. Mais Ihomme parle vraiment avec tout son corps : il parle par son maintien, par s,a. physionomie aussi bien que par ses gestes proprement dits. C'est pour cela que ces trois éléments concourent à l'action oratoire.

a. Le maintien.

L'orateur pose devant son auditoire comme une statue vivante et animée ; on le regarde encore plus qu'on ne l'écoute. Comme les impressions qui nous viennent de la vue sont plus vives que celles engendrées par l'ou'ie, il importe que dans la personne

(le lorateur tout parle réellement et avantageusement aux yeux.

Sans doute, dans limpression produite, il faut l'aire la part des préjugés; mais, comme l'orateur doit triompher malgré le préjugé, moins il le heurtera, plus la victoire lui sera facile.

En ce qui dépend de lui. l'orateur doit veiller sur son attitude. On ne lui demande que d'être ce qu'il est, et de paraître conforme, dans son maintien, à la mission qu'il remplit.

La même action, le même air, ne convient pas aux jeunes gens et aux vieillards, aux supérieurs et aux inférieurs. L'air fastueux ou présomptueux rebute chez tous. Une timidité inspirée par la modestie ne déplaît pas, on la pardonne plus facilement que la hardiesse.

S'il faut condamner une mise recherchée, on ne saurait approuver un extérieur négligé et malpropre. L'orateur doit respecter d'abord son auditeur.

Pour parler, on tient la tête droite, sans raideur. On est debout ou assis; mais quelle que soit la pose, la meilleure attitude est celle qui olTre le plus de grâce au spectateur, enlève le plus de fatigue à l'orateur et lui laisse la plus grande liberté de ses mouvements.

Assis ou debout, l'orateur doit se garder de ces balancements du corps qui font craindre qu'il ne s'élance sur ses auditeurs ou qu'il ne tombe à la renverse. Ferme sans raideur, il évitera tout ce qui sent la rusticité et la néglig'ence ; souple sans mol-

lesse, il saura se pencher légèrement pour convaincre, se redresser pour affirmer avec autorité, se courber doucement pour compatir, etc.. Il se souviendra que « le tronc n'a pas pour mission d'exécuter des gestes distincts, mais seulement d'accompagner, pour les rythmer et les contenir, les mouvements généraux des bras ou de la tête ' ».

b. Le jeu de la physionomie.

Tout l'homme est dans la tête et le visage, dit Platon. Aussi sa physionomie est-elle de tout son être la partie la plus expressive. « La face entière, dit Buffon, est un tableau vivant où les passions sont rendues avec autant de délicatesse que dénergie. où chaque mouvement de l'âme est exprimé par un trait, chaque action par un caractère dont l'impression, vive et prompte, devance la volonté, nous décèle et rend au dehors par des signes pathétiques les images de nos secrètes agitations -. »

Trois choses surtout sont à observer dans le jeu de la physionomie.

1. Le mouvement de la tête. — En général, l'orateur doit tenir la tête droite et dans une position naturelle : baissée, elle donne un air de bassesse; haute, elle fait croire à l'arrogance; penchée, elle annonce l'indolence; raide et immobile, elle fait craindre la férocité.

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