PRÉFACE XV
avec le sentiment que la masse acquîerLde sa puissance, pour les impôts sur les objets de luxe, et pour les impots directs, qui sont plus facilement proportionnels; dans les pays où la propriété est divisée et où les citoyens vivant uniquement de leur travail forment le nombre, le suffrage universel conduit h l'impôt progressif; et telle est la tendance dans la France actuelle.
Le montant même des impôts dépend beaucoup du régime politique d'un pays; il en dépend d'abord parce que les dépenses publiques, — nous le disons plus loin — varient suivant le régime politique. Il en dépend aussi parce que ce régime influe sur la somme de charges que les contribuables peuvent, soit par contrainte, soit par leur propre volonté, supporter. Un monarque absolu, qui se regarde comme propriétaire des biens de ses sujets, n'a pas à les ménager. Diderot, à moitié sérieux et à moitié ironique^ prétendait même qu'un régime despotique, pour se défendre, doit s'emparer de tout ce qui n'est pas indispensable aux besoins de ses sujets : « 11 faut, faisaitil dire a Frédéric II, que le peuple vive, mais il faut que sa vie soit pauvre et frugale : plus il est occupé, moins il est factieux; et il est d'autant plus occupé qu'il a plus de peine à pourvoir à ses besoins» (1). Il est beaucoup plus juste de dire que le régime où le peuple, sans protester, paye le chiffre le plus élevé d'impôts est le régime parlementaire, où il se taxe lui-même et surveille l'emploi de ses sacrifices.
C'est aussi, on le sait, une idée chère à certains partis, que la propriété individuelle est seule compatible avec Texistence d'impôts, et que l'impôt constitue ainsi, non pas une ressource indispensable aux États pour vivre, mais un phénomène purement historique appelé à disparaître le jour où la société deviendra collectiviste (2),
1. Principes de politique des souverains^ LXXXIV, daus ses Œuvres^ édit. Assézat, t. II, p. 477.