LES PETTTBS RECETTES EXTRAORDINAIRES
et agricole; il semblait même que vendre était de bonne administration. Les aphorismes usuels de la sagesse vulgaire afûrment que l'État est toujours un mauvais administrateur; que le meilleur parti, le plus prudent, c'est d'aliéner le domaine fiscal, etc. Dans quelques pays, on a vendu largement : domaine forestier, domaine minier ont été cédés fréquemment dans des conditions fort avantageuses. De rares pays seulement, pour leur bonheur, ont échappé à cette tendance : ainsi la Prusse, qui a le plus vaste domaine foncier, minier et industriel de l'Europe et qui a su, avec une admirable persistance, non seulement le conserver, mais l'accroître.
Au contraire, après qu'on eût réduit presque partout le domaine agricole à peu près à rien, la conviction pénétra dans les esprits qu'il était utile de conserver le domaine forestier seul, plutôt que de l'aliéner. Toutefois, les recettes provenant d'aliénations du domaine fiscal sont généralement bien peu de chose. Seules, les aliénations du domaine industriel, surtout des chemins de fer, peuvent constituer de grosses recettes. Mais, en réalité, il existe une tendance opposée parmi les États : celle de racheter plutôt que de vendre. Seuls, les pays pauvres ou en décadence vendent leur patrimoine dans des moments de grand besoin ou de très grande gêne. Dans ces dernières années, beaucoup d'Etats ont racheté, en tout ou en partie, les chemins de fer. La population croissant rapidement, les échanges progressent et se niultiplient beaucoup plus que par le passé et Ton peut prévoir qu'à l'avenir, les lignes ferrées seront d'un immense rapport et que les capitaux qu'on a placés sur elles rendront tous les jours davantage. Le fait se produira surtout dans les pays où le transit est abondant; il se pro* duira moins dans quelques pays^ comme l'Italie, qui, par suite de leur configuration géographique, ont de longues lignes transversales et qui ne sont presque pas ou ne seront jamais des pays de transit.
En général, un État prospère n'aliène pas son domaine
inversement, si ses afi'aires vont mal, Taliénation a lieu, et presque toujours sous la forme la plus désavantageuse. L'offre de vastes biens immobiliers, quand le loyer de l'argent est élevé, ne fait que déterminer une situation pire encore pour les propriétaires fonciers, sans grand bénéfice pour rÉtat (1).
Mais vendre les chemins de fer ou les télégraphes, ou céder les perceptions des douanes sont des procédés d'États qui se trouvent dans la plus fâcheuse condition; céder ses douanes, c'est bon pour la Turquie. Nous le répétons, les pays modernes tendent à racheter leurs ligtfes ferrées, leurs lignes télégraphiques et, en général, tous leurs principaux moyens de communication et de transport, bien plutôt qu'à les vendre.
18o. Autrefois^ quand l'usage des emprunts publics n'était pas répandu (et ne pouvait l'être) et que, d'autre part, les guerres étaient très fréquentes, on avait, d'habitude, un gros trésor public. Le trésor public, dans les États modernes, ne sert que pour les besoins de la circulation et encore, là même où (comme aux États-Unis d'Amérique) il est très important, il n'est jamais constitué en vue de la guerre. Les guerres, aujourd'hui ne coûtent plus des dizaines ou des centaines de millions, mais des milliards, il ne serait possible à aucun pays d'enlever à la circulation des masses monétaires énormes, en attendant des guerres qui peuvent bien ne jamais arriver et qui, dans les temps modernes, ne cessent de devenir plus rares.
L'Allemagne seule, suivant une antique tradition, con-
1. De 1860 à nos jours, l'État italien a retiré pçès d*un milliard de la vente des biens domaniaux et des biens ecclésiastiques. La majeure partie se trouvait dans l'Italie méridionale. Ce qu'on appelait le domaine ancien^ formé pour une forte part de terres publiques, — terres que l'État, par de nouvelles lois (21 août 1862), ou par application des anciennes, mettait en vente, — était presque entièrement situé au midi de l'Italie et en Sicile; quelques biens étaient en Sardaigne, biens exademprivili; en Toscane, biens de maremmes. Les biens ecclésiastiques étaient en bien plus grand nombre dans le midi de Tltalie.
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