II PRÉFACE
crait à un ouvrage de Boisnier de Lormes (1), rapporte que ce livre ne put paraître que plusieurs années après avoir été écrit, parce qu'il attaquait les fermiers généraux (2). Un passage des Mémoires-journaux de Lestoile nous apprend qu*à la fin du xvi^ siècle, — à une époque où la liberté absolue de la défense était reconnue, — un avocat, s'étant permis de critiquer un impôt récent devant le conseil privé, fut sur le point d'être envoyé à la Bastille, et dut à de puissantes influences la faveur d'être simplement suspendu (3). Aussi ne faut-il pas s'étonner que le très long chapitre consacré par Bodin aux im.pôts soit principalement descriptif et anecdotique; peu de principes y sont étudiés et il s'arrange de manière à ne froisser personne; Il ose signaler les inconvénients des privilèges accordés au clergé et à la noblesse» mais au point de vue pratique seulement. 11 ose comparer un système fiscal où régnent ces immunités au corps humain où « les parties plus fortes et plus nobles jetant les humeurs superflues et vicieuses aux plus faibles, quand Tapote me est enflée si fort que la partie faible n'en peut plus, il , faut qu'elle crève ou qu'elle infecte tous les membres » ; mais il ne critique aucune législation, ne se réfère à aucun principe; il se contente de signaler les inconvénients que cette situation produit à la longue pour les privilégiés eux-mêmes, car, quand « le même peuple est tombé sous le fardeau comme l'âne d'Ésope, le cheval qui n'avait rien voulu porter, c'est-à-dire la noblesse et les gens d'EgKse, sont contraints, les uns de porter les décimes et subsides extraordinaires, les autres de vendre leur bien, pour faire la guerre à leurs dépens et payer les tailles et autres impôts directement ou indirectement » (4).