Dans Maximes et réflexions, ch. vu
2. Oa envoie Ténergie électrique à de grandes distances, sans savoir le mécanisme de la propagation. « Quel est le mécanisme de cette propagation de Ténergie électrique, c'est là encore aujourd'hui un problème à résoudre ». S. Paoliani, Les problèmes actuels de la technique électrique, Palerme, 1902, p. 7. — Naqdkt, dans ses Principes de la Conservation de rénergie, s'exprime ainsi : « Toutes les forces, toutes les causes du mouvement se résument dans un principe unique, inconnu dans la nature^ l'énergie ».
prodaite par le combustible, alimente déjà des milliers d'industries, éclaire les villes et simplifie la locomotion. Les progrès de la chimie, depuis Lavoisier, sont tellement prodigieux, qu'ils ont quelque chose de fantastique; et cependant, nous ignorons en grande partie les lois fondamentales de la matière. La chimie se fonde principalement sur la théorie atomique : peut-on dire que cette théorie soit vraie? Peut-on être certain qu'elle sera accueillie demain? Graham a déjà émis l'hypothèse que les atomes sont composés de particules plus petites, qu'il appelle les extrêmes dernières [ultimati) ; ces particules seraient toutes identiques, et les atomes ne différeraient entre eux que par le nombre des extrêmes dernières, leur groupement et la direction de leurs mouvements. Supposons, dit Naquet (1), une nouvelle force qui donne à la chimie une puissance actuellement ignorée, et nous pourrons faire entrer ces particules dans des combinaisons nouvelles. Et rien ne s'opposera alors à la formation de ces corps, que nous considérons aujourd'hui comme simples et irréductibles.
L'hypothèse fondamentale sur laquelle se fonde actuellement la chimie peut donc être erronée : cela n'a pas empêché le merveilleux développement de cette science. De même, l'hypothèse de l'existence de l'éther ou la doctrine de révolution en sont encore au stade d'hypothèses non vén fiées; mais ce n'a pas été un obstacle à l'énorme développement de certaines sciences physiques et naturelles. Il arrive parfois qu'une théorie fausse serve de base à une solide construction. Les théories sont très souvent de pures hypothèses ; il n'y a pas de rapport nécessaire entre elles et les faits à la découverte desquels elles ont contribué. Ce qui importe, c'est de se reporter au plus grand nombre de faits possible, parce qu'alors, quand même les conséquences qu'on en tirerait seraient inexactes^ les faits
i. Naqubt, Préface à I. G. Spbncb, L'Aurore de la civilisation. Parie, 1900, p. XXII.
qui oDt servi de base restent la base d'autres constructions. Les hypothèses et les systèmes peuvent même être erronés objectivement et conduire d*autre part à des conclusions vraies : les sciences naturelles abondent d'exemples qui le prouvent. Les grandes recherches de Pasteur et de ses disciples sur la sérothérapie sont sorties d'une hypothèse erronée, à savoir de Thypothèse que l'adaptation des organismes aux poisons, connue depuis longtemps, dépend de la production spontanée d*un contre-poison, d'une antitoxine.
Dans la science sociale, les hypothèses générales peuvent être erronées sans que ce fait lui soit propre, ou qu'il nuise au développement de ses différentes branches. Ce qui leur nuit, c'est Tesprit dogmatique qui y prédomine souvent, c'est la prétention de posséder les vérités essentielles et d'énoncer comme vérités indiscutables ce qui devrait faire bien plutôt l'objet de controverses. Les tentatives pour construire une science générale des sociétés sont encore incertaines, peut-être sont-elles prématurées; l'œuvre même de Spencer ne donne pas aux faits économiques l'importance qui leur appartient, et demeure une grande mais incomplète tentative. Le développement seul des recherches particulières permettra, par la suite, une construction plus solide. Et c'est là justement pourquoi il est préférable de moins discuter sur les méthodes, sur la marche à suivre, sur les principes fondamentaux, et de travailler, fût-ce dans plusieurs voies, sur les éléments concrets. La déduction offre, sans doute, de grand» avantages dans les recherches particulières et bornées; mais on en abuse par trop, et certaines hypothèses, dont la vérité est assez discutable, sont souvent employées pour des constructions entières (1). J. S. Mill a
1. « Toute généralisation est une hypothèse : l'hypothèse a donc un rôle nécessaire que nul n'a jamais contesté. Seulement elle doit être , le plus tôt possible et le plus souvent possible, soumise à la vérification. Il va sans dif e que, si elle ne supporte pas cette épreuve, on doit l'abandonner sans arrière-pensée. C'est bien ce qu'on fait en général, mais quelquefois avec une certaine mauvaise humeur. » H. Poircaré.
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fort bien montré, dans sa Z.o^iyMe(l), combien il est difficile d'appliquer la méthode expérimentale aux sciences sociales. Ce qu'il y a, a-t-il dit, de plus difficile, c'est de faire des expériences; fût-il possible de les organiser, il serait impossible de s'assurer de tous les faits de chacune d'elles et d'en prendre note; et puis, les faits sont tellement variables qu'avant la fin du temps nécessaire à l'expérience, un assez bon nombre de circonstances essentielles viennent à changer.
Cette observation et d'autres encore sont sans doute vraies. Mais on ne peut nier que, s'il n'est pas en notre pouvoir de produire tes faits et d'isoler artificiellement les phénomènes que nous voulons étudier, nous pouvons fonder nos observations sur les faits qui se produisent, sans jamais considérer comme certaine, aucune affirmation que les faits eux-mêmes ne prouvent point (2).
On ne peut nier que maintenant les moyens d'observation des faits sociaux sont beaucoup plus puissants qu'au temps de Mill. Et, comme la psychologie trouve une base solide dans les recherches psycho-physiques, les sciences économiques trouvent un puissant secours dans les procédés de moins en moins imparfaits de la statistique et dans les efforts de la législation.
La question de savoir s'il convient de faire l'essai d'impôts progressifs ou d'impôts proportionnels, a été discutée au point de vue de la doctrine, cent ans au moins, sans beaucoup de résultats. Toutes les fois qu'on a abusé des procédés
Sur les rapports de la physique expérimentale et de la physique mathématique^ Paris, 1900, p. 8 .