‹ Principes de science des financesChapitre 32 sur 184 · J. S. }iiiLf Logic, liv. VI, cli. vu · texte numérisé non relu

J. S. }iiiLf Logic, liv. VI, cli. vu

2. « Grâce à la généralisation, chaque fait observé nous en fait prévoir un grand nombre ; seulement, nous ne devons pas oublier que le premier seul est certain, que tous les autres ne sont que probables. Si solidement assise que puisse nous paraître une prévision, nous ne sommes jamais sûrs absolument que Texpérience ne la démentira pas, si nous entreprenons de la vérifier pratiquement ». Polncaaé, loc. cit.j p. 3.

déduciîfs, il a été impossible d'arriver à des conclusions acceptables. Quand, par exemple, on a énoncé comme un postulatum assuré que la méthode de progression tendait à détruire les sources môme du revenu, et que ces affirmations, accompagnées de raisonnements abstraits, donnaient naissance à une série de propositions, on pouvait discuter sans en venir jamais à un accord. Or, en examinant les statistiques des recettes et cinquante années de législation dans le sens progressif chez quelques-uns des principaux pays d'Europe, nous voyons tomber toutes les préoccupations de Mill. Donc, sans nier que Texpérimentation soit très difficile dans les sciences sociales, sans nier que la méthode de recherche que Mill appelle chimique puisse s'appliquer, sinon en petite partie, aux recherches concernant les faits sociaux^ il faut, le plus possible, considérer comme dangereux Tabus de la méthode déductive des sciences exactes. Heureusement grandit chaque jour la somme des éléments que nous possédons à notre disposition : les recherches de la statistique deviennent de jour en jour plus vastes et plus complètes; la législation s occupe souvent de faire ce qu'aucun observateur ne pourrait faire. La somme des éléments réels dont disposent les observateurs est donc^ de nos jours, infiniment plus grande qu'à Tépoque de Mill.

Les lois que peuvent formuler ceux qui scrutent les faits sociaux n'ont aucun caractère d'immanence comparable à ce qu'on trouve dans les lois physiques, qui paraissent constantes, absolues et nécessaires. Les lois qui règlent la ma* tière sont aujourd'hui ce qu'elles furent hier. Parmi les lois sociales, il n'y en a pas une qui agisse de la même façon : elles sont toutes limitées et n'ont de valeur que grâce aux observations faites à un temps donné et dans un lieu donné. Elles n'expriment donc point nécessité, mais rapports de régularité et de probabilité. Quand les anciens économistes parlaient des lois éternelles de l'économie politique, ils confondaient les rapports de probabilité et de régularité, avec les rapports de nécessité.

Souvent l'abus de la déduction dans les sciences sociales a amené des erreurs qui n'étaient pas de minime importance, et a fait dévier les recherches positives. Beaucoup de discussions semblent, à présent encore, faire revivre les controverses de la scolastique : Baroco et Baralipton re« viennent en vogue. 11 arrive assez souvent que, sur une prémisse fausse (par exemple, l'hypothèse de Marx, que les richesses tendent à se concentrer dans les sociétés modernes), on a écrit des centaines d'ouvrages et on a longuement discuté. Un examen détaillé de la question, d'après le plus grand nombre possible de statistiques économiques et financières, nous conduit à dire que ce processus de concentration n'est pas vrai le moins du monde, ni inévitable. Alors, que reste-t-il de toutes les déductions, pour ingénieuses qu'elles fussent, qui avaient été déterminées par cette affirmation? Depuis dix ans, en Angleterre, en Allemagne, en France, dans les États-Unis d'Amérique, les départements ou les bureaux du travail, ont publié respectivement des milliers de volumes qui contiennent des recherches sur les salaires. Ces immenses collections d'éléments nous montrent, en fait, combien peu utiles ont été, pour la majeure partie, les innombrables discussions théoriques sur le salaire.

Ce qu'il faut éviter dans les recherches sociales, c'est l'abus du raisonnement abstrait. Bien des élucubrations doctrinales (même parmi les plus en vogue) ne sont point différentes des exercices logiques des anciens philosophes, ou des esthètes, ou des érudils. On a discuté longtemps pour savoir si la peinture était plus noble que la sculpture et quelle pouvait être la ressemblance, quelle est la différence entre les poètes et les peintres. Messer Benedetto Yarchi scrutait cette question : si les morts peuvent aimer ou être aimés. Et il scrutait encore plus profondément cette autre question : si V amour peut rester constant sans croître ni décroître. Que de discussions s'appuient sur des éléments encore plus fragiles! Peut-être le plus grand bienfait pour

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les sciences sociales sera-t-il de pouvoir se débarrasser des questions préliminaires qui souvent encombrent la route.

On discute depuis longtemps sur le socialisme et sur l'individualisme et sur le point de savoir si le plus grand développement des sociétés humaines est compatible avec Tun des systèmes ou avec Tautre ; mais, puisque les principes fondamentaux font continuellement l'objet de discussions, et que les faits sociaux sont en fonction de leur dépendance mutuelle, il est bien difficile de prouver, par voie de démonstration, l'absurdité de ces systèmes qui sont maintenant contraires à notre civilisation Qt à nos croyances. Ce qui est certain, au contraire, c'est que, chaque jour, dans le développement graduel de la vie sociale augmente la solidarité, et que celle-ci, en rendant plus étroits les rapports entre les hommes, permet un développement de la liberté qui ne serait pas possible autrement. La solidarité est un fait naturel qui dépend de la vie de Tensemble et qui grandit à mesure que celle-ci se développe (1).

4. Les formes actuelles de la production ont produit une division du travail toujours croissante, et une plus grande spécialisation des fonctions. Celles-ci, à leur tour, ont agi sur tous les rapports sociaux, en déterminant une plus grande solidarité. Les rapports d'échange n'ont pas peu contribué, pour leur part, à développer de plus en plus largement cette solidarité. Spencer (2) avait déjà reconnu, de même, que les rapports économiques de dépendance réciproque vont crois« sant. Séparez, avait-il dit, les populations qui travaillent aux mines de houille, des populations voisines qui fondent les métaux ou qui fabriquent les étoffes à la machine, et elles mourront d'abord socialement, parce que leurs fonctions s'arrêteront, et puis elles mourront individuellement. L'idée de l'accroissement de la solidarité entre les hommes

1. Cf. WonoT, Elhik; — Gide dans Rev. d'Econ, Pol,, oct. 1893; — DuRKHBiM, La division du travail; — Bouroboib, La solidarité ; — Marion, La solidarité morale, Paris, 2* éd. 1893, etc.

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