‹ Principes de science des financesChapitre 34 sur 184 · Marion, op, cit., p · texte numérisé non relu

Marion, op, cit., p

que les marchés dépendent étroitement les uns des autres (1). Autrefois, chaque région produisait par elle-même la plus grande partie des objets dont elle avait besoin. Les distances avaient une importance très grande et les prix étaient très variables de pays à pays. La grande facilité des moyens de transport a permis à toutes les industries, à toutes les cultures de se concentrer dans les zones où se trouvent les meilleures conditions de développement : des régions entières travaillent à la production des matières premières, d'autres vivent de la fabrication de certaines marchandises. Des villes entières, bien plus peuplées que Tantique Athènes à l'époque de son plus grand développement, ont fondé leur prospérité simplement sur une seule industrie, ou à peu près : le travail du fer, deTacier, du coton, de la laine, etc. Bien plus, la spécialisation est arrivée à un tel point que, souvent, les plus grandes usines ne façonnent que des parties d'une même machine. Ainsi, beaucoup de grandes maisons ne fabriquentpointdesbicyclettes, mais seulement quelques-unes des parties quiles composent. Une baisse de prix sur les charbons anglais réagit sur le coût de production de presque toutes les industries de l'Europe ; un déficit dans la récolte des blés de la République Argentine ou de la Russie réagit sur les conditions du salariat de la majeure partie de l'Europe . Les rapports de dépendance en sont venus à un tel point, d'un marché à un autre, que l'état de chacun d'eux intéresse, pour ainsi dire, tous les autres ; que pas une guerre, si lointaine puîsse-t-elle être, ne reste indifférente aux principaux marchés financiers. C'est ainsi que, par le développement d'intérêts souvent opposés, les liens augmentent, qui unissent entre elles les sociétés civilisées. Les grands trtists de capitaux, les grands trusts constitués par les unions ouvrières dans tout le monde civilisé sont la conséquence de cette solidarité et,

1. GoLSON, Cours <t économie politique, Paris, 1901, pp. 126 et soitaateB.

malgré toutes leurs exagérations et leurs erreurs, ils ne cessent de représenter une action utile au développement et à la régularité de la production.

Chaque jour, la science découvre le lien intime qui unit les hommes. On croyait autrefois que la majeure partie des maladies dépendait de fautes ou de mésaventures individuelles ; l'hygiène et la démographie s'accordent maintenant pour reconnaître que, contre le plus grand nombre des maladies, les moyens de défense individuels sont insuffisants. Les maladies infectieuses forment toujours la base de la morbidité ; et même, bien des maladies que nous regardons comme dépendantes des dispositions individuelles sont engendrées par le manque de toute mesure préventive sociale.

On ne peut nier que la morale publique n'ait grandi presque partout en Europe^ puisque la sensibilité a grandi elle-même. Beaucoup d'institutions en faveur des pauvres sont sans doute le résultat de ces sentiments. Mais de même, on ne peut nier que les travaux d'assainissement, les constructions hâtées de maisons ouvrières, les asiles bien aérés ne se soient développés de plus en plus, à mesure qu'on a su que les microbes des quartiers pauvres n'ont pas la moindre éducation et pénètrent sans égards dans les quartiers riches. C'est encore là de la solidarité, et imposée par la nature.

Lorsque nous parlons de l'homme, a écrit le grand physicien américain Nicolas Tesla, nous concevons le genre humain comme un tout, et c'est seulement dans ce sens que nous pouvons appliquer les méthodes scientifiques à l'investigation et à l'étude des faits sociaux. Nous ne pouvons douter que chacune des sociétés constitue une entité, une unité. Bien que libres de penser et d'agir, nous sommes unis les uns aux autres par des liens indéfinissables^ mais que nous pouvons sentir. Le sentiment de solidarité nous donne conscience que nous faisons partie d'un tout. Et si, comme l'indique Tesla, ce sentiment, proclamé

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depuis des siècles et de différentes manières par la religion, n*est point encore démontré par la science, c*est que la confirmation expérimentale n'en peut être donnée, sinon par des procédés d'investigation bien plus puissants que ceux que nous possédons (1).

Le développement des formes de la solidarité, conséquence même de l'accroissement de la production et de l'échange, détermine une vie collective plus intense. C'est l'explication du fait que, dans toutes les sociétés modernes, quelle que soit leur forme politique, d'énormes masses de richesses sont destinées à la vie collective ; avec la consolidation des liens de solidarité, il existe une tendance toujours croissante à attribuer une plus grande quantité de richesse à la vie de l'ensemble.

Étudier la quantité de richesse qui, chaque année et dans chaque société, est attribuée à la vie de l'ensemble, le mode de recouvrement et d'emploi de ces richesses, la manière la plus convenable pour l'épargne privée de contribuer à la vie de l'ensemble, les effets que comporte l'étendue du sacrifice dû à l'épargne particulière sur le développement de la production, voilà le noyau des questions qui se rapportent aux immenses recherches de la science des finances.

Peu de sciences sociales ont, comme celles-là, un champ d'activité grandissant toujours; par exemple, c'est une expérience continuelle, que font les législations de tous les pays civilisés à propos des modes d'impôts les plus divers. En étudier les effets et les passer au crible des principes théoriques déjà acquis, c'est un travail qui se renouvelle sans cesse.

Le mot finances (de finis, signifiant paiement et aussi transaction, dans le latin du moyen âge) a eu jadis des sens très variés. La science des finances, étant donné le but qu'elle se propose actuellement, est une branche de Téco-

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