‹ Principes de science des financesChapitre 39 sur 184 · L* ACTION ÉCONOMIQUE DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

L* ACTION ÉCONOMIQUE DE L'ÉTAT

salions paissantes) qui se résoudraient en dommages pour la société tout entière.

IS. On ne peut donc juger Taction de TÉtat et^ en général, Toeuvre des collectivités, h la lumière de l'ancien individualisme ; Ton peut même dire qu'elle répond dorénavant aux besoins nouveaux de la production et qu'elle n'a rien d'arbitraire (1).

Les illusions et les erreurs courantes dépendent souvent de ce fait, que ceux qui croient que l'action de l'État doit être réduite à un minimum, c'est-à-dire à pourvoir à sa défense et à sa sûreté, ne tiennent pas compte que, étant donné le caractère de la production moderne et l'existence des sociétés modernes, cette conception est irréalisable.

On ne doit pas pour cela tomber dans Terreur contraire, c'est-à-dire dans cette confiance en l'État, dont abusent souvent les parlements des pays modernes.

Le 25 septembre 1848, Bastiat énonçait sa célèbre proposition : VEtatj c^est la grande fiction d travers laquelle tout le monde s'e/force de vivre de tout le monde. C'est une belle phrase : onen trouve encore souvent des applications justes ; mais elle n'a et elle ne peut avoir aucune valeur. Dire que, dans tous les temps, il s'est rencontré des individus qui, au lieu de produire directement la richesse, ont trouvé plus convenable de dépouiller, par l'intermédiaire de l'État, ceux qui l'ont produite, cela n'a aucun sens. Au temps de Bastiat, le budget de l'État français était à peu près la moitié du budget actuel. Peut-on croire qu'avec l'accroissement de la civilisation, la grande fiction aug-

1. Ely, Iniroduclion to political economy, p. 402, dit : « The « Is » indu des what -was once the « Ought to do »... The a is » embraces the future Ought... The two cannot be separated ». Les formes actuelles de rindustrie préparent et contiennent en elles-mêmes une société dans laquelle la solidarité sera de plus en plus grande. Cf. Wbbb, Industrial Democracy,

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mente? Mieux encore : les États-Unis d'Amérique, l'Angleterre, la Suisse» les pays en lesquels Bastiat aurait eu le plus de confiance, nous offrent le mime phénomène.

Spencer et ses disciples ont tracé, pour conclure, une longue énumération des fautes de TÉtat. C'est nne sorte de réquisitoire de ministère public, dans lequel ils passent en revue tous les obstacles économiques dressés par TÉtat contre la production des richesses. C'est une longue revue, qui ressemble à un acte d'accusation. Eh bieni cent, mille erreurs, qu'est-ce que cela démontre? H faudrait faire la preuve contraire, prouver que les individus isolément ont fait mieux; et même, la démonstration, dans ce cas, ne resterait valable que pour des temps et des individus donnés. D'ailleurs, le même procédé de Spencer peut très bien s'employer en sens opposé : démontrer toutes les erreurs des compagnies commerciales, les gaspillages des grandes sociétés anonymes, les actes de corruption qu'elles ont accomplis, les destructions de richesse opérées par les trusts, c'est chose relativement facile (1). Mais il est bien plus facile, certainement, de le faire pour l'État qui habite, comme l'a dit Huxley, dans une maison de verre, qui publie ses budgets, qui soumet tous ses actes aux contrôles préventifs et aux contrôles ultérieurs, qui est presque partout assujetti au syndicat parlementaire. Les erreurs qui se révèlent sont souvent grossies et prennent souvent, pour des motifs politiques, une apparence de gravité bien éloignée de répondre à la vérité.

Si Ton examine une grande société de transports qui emploie cinquante à soixante mille individus, il n'est pas difficile de trouver chez elle beaucoup de fautes et de misères attribuées à l'État. Les erreurs d'une société privée, qui travaille toujours dans l'ombre, ne sont connues que

1. Lbroy-Brauubd, VÉtat moderne et ses fonctions, liv. II, ch. m, nie que les grandes sociétés anonymes offrent souvent dans leur adminishration les mômes inconvénients qae TÉtat; mais les arguments qu'U invoque ne sont certes pas bien choisis .

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quand elles ne peuvent être cachées. On répète sans cesse que les employés deTÉtat ne sont point touchés par Tintérêt personnel ; mais les employés d*une grande société par actions le sont-ils davantage? Le défaut de zèle, le défaut d*honnéteté, le peu d'esprit de discipline, la lenteur dans le travail sont des faits qui se rattachent à Tétat moral d'un pays plutôt qu'au développement de Tactivité de TÉtat et des collectivités. On fait souvent contre TÉtat le même raisonnement que font contre l'Église les esprits sectaires. Toutes les fautes de l'Inquisition, tous les bûchers, toutes les tortures, sont imputés à l'Église, comme si elle seule en était responsable. 11 suffit d'étudier les formes de procédure du passé, pour savoir comment l'on entendait les règles de procédure pénale que la justice laïque appliquait de la même façon et souvent pis encore (1). La torture était le complément de la preuve testimoniale, les bûchers ou la fourche étaient des châtiments souvent prononcés en jugement pour des délits peu graves.

Beaucoup dérobent aujourd'hui à l'ombre de l'État, c'est très vrai. Mais combien dérobent à Tombre des sociétés privées et, au lieu de produire de la richesse, consomment la richesse produite par d'autres? Sans méconnaître le moins du monde que, seul, l'intérêt personnel peut donner, dans presque toutes les entreprises industrielles, le maximum de développement à la production, il faut pourtant admettre que l'intérêt personnel est contraire, dans bien des entreprises, à l'intérêt collectif, et qu'il équivaut, dans d'assez nombreux cas, à limiter la production, au désavantage de toute la société. 11 existe donc des entreprises, — et leur nombre devient de jour en jour plus grand, — qui sont plus utilement exploitées par les collectivités et par l'État que par les particuliers.

Dans le sens opposé, il faut remarquer que ceux qui, dans les phénomènes économiques et sociaux, désirent

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