‹ Principes de science des financesChapitre 40 sur 184 · R. Wrbdb, Die Kôrpenstraffn etc., Dresde · texte numérisé non relu

R. Wrbdb, Die Kôrpenstraffn etc., Dresde

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une plus grande intervention du pouvoir collectif, souvent sans mesurer la convenance économique de la substitution de rÉtat aux entrepreneurs particuliers, ne se souviennent pas que l'action de l'État, directe en quelque sorte, ne se développe qu^à l'aide d'une certaine consommation des richesses matérielles produites par les citoyens. Trop souvent, quand il s'agit de travaux publics ou encore de pourvoir aux besoins d'une région, on invoque l'intervention de l'État. Or, il faut avoir ceci bien présent à l'esprit, que l'État ne peut donner à une région qu'en enlevant aux autres ; il ne peut fournir aux citoyens qui demandent en particulier secours ou protection, sans que les autres citoyens aient à supporter un sacrifice correspondant. Bien plus, il peut souvent arriver (il y en a de très nombreux exemples dans tous les pays,' et il n'est pas besoin de l'esprit d'un Spencer pour les découvrir) que l'État emploie, de façon antiéconomique, des richesses que les particuliers auraient peut-être mieux employées, et que les dépenses faites par lui soient de beaucoup supérieures aux profits qu'il en retire.

L'État peut utilement se substituer aux initiatives particulières, quand elles sont incapables. Il peut les aider quand elles sont insuffisantes, ordonner comme services publics des entreprises qui, de leur nature, ne se prêtent pas à l'action des particuliers. Mais Taveugle confiance que les démocraties modernes ont souvent en lui est tout à fait irrationnelle. Quand Louis XVI rentra à Paris tourmenté alors par ,1a famine, les femmes criaient à lui, à la Reine et au Dauphin : Vive le boulanger^ la boulangère et le petit mitron. Elles croyaient que la présence du Roi suffisait pour leur apporter du pain. Dorénavant la confiance publique ne prend plus la forme personnelle : le césarisme a été remplacé par le parlementarisme ; mais où existait jadis l'adoration fétichiste, la confiance devient plus vague et tout se concentre danscette abstraction qu'est l'État. Les parlements contribuent assez souvent à exciter les illusions, et la mé-

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diocrîté des hommes, qui les composent en majorité, rend possibles certaines erreurs qui ne le seraient pas autrement. Tout cela est vrai ; mais subordonner l'action de TÉtat, dans la vie économique et sociale, à des critères théoriques extrêmement discutables et non au principe de convenance, c'est aller nécessairement au devant de Terreur.

On ne peut en effet, généralement parlant, résoudre des questions de politique économique et financière avec des axiomes, comme Test par exemple celui sur lequel s'appuient les livres de Spencer et de ses nombreux disciples. Les rapports libres et volontaires qui existent maintenant entre les hommes, ont souvent été déterminés par des formes de coactîon. Wundt a démontré que tout ce qui était inconvénient se métamorphose souvent en une fin voulue et consciente. L'individu se libère peu à peu de la solidarité primitive et forcée, mais pour y revenir par la suite avec une conscience plus étendue de la fonction qu^il a à remplir dans Tordre social. La solidarité que la nature elle-même nous impose et que nous apercevons de jour en jour plus clairement nécessite un travail croissant de prévention sociale.

13. Contrairement aux exagérations des écrivains de son temps, Pellegrino Rossi a reconnu que TÉtat est un actif agent de progrès, et que l'association volontaire, livrée à elle-même, est tout à fait insuffisante. Sans doute, a dit Rossi, Thistoire off're de nombreux exemples de gaspillages à la charge de TÉtat; mais il en offre plus encore de progrès généraux accomplis grâce à l'efficace coopération de TÉtat. Il est préférable, sans doute, que celui-ci ne déprime pas les efforts individuels, mais qu'il les seconde ; qu'il cherche à les exciter bien plutôt qu'à leur faire concurrence, et qu'^ ne se substitue aux particuliers que quand la chose est utile, de toute évidence; mais dans Tétat actuel de nos connaissances, combien de choses voyons-nous, qu'il nous est désormais impossible de faire par des moyens individuels, en tant que nous les sentons insuffisants, ou précisément

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incapables de réagir conlre les périls qui nous entourent ! Chaque jour les recherches de la microscopie et de Thygiène prouvent que les maladies ont, pour la plupart, un caractère infectieux ou contagieux, ou qu'elles sont dues à des causes contre lesquelles aucun système préventif individuel ne peut rien. Dans ce cas, l'intervention du pouvoir collectif n'est-il pas nécessaire? Les fléaux et les pestes du passé prenaient des formes d'intensité que nous ne pouvons même plus concevoir (1). Vingt ans de batailles ou vingt ans de la guerre la plus furieuse n'étaient rien, dit Littré, en comparaison des désastres engendrés par ces fléaux. Le choléra a fait mourir, en peu d'années, plus d'hommes en France que toutes les guerres de la Révolution. La variole a été^ pendant huit siècles^ tellement répandue, qu'on a cru longtemps, d'après les paroles d'un vieux médecin italien, qu'elle était c< un tribut que chacun devait payer à la nature ». Aujourd'hui, après la découverte de Jenner et moyennant la pratique de la vaccine obligatoire, la variole est presque disparue de certains États. En Allemagne, le nombre des décès causés par la variole monte, chaque année, à quelques dizaines tout au plus : 70, 80 à peu près. Il y a peu d'années, la variole tuait, en Italie, au moins 20.000 personnes par an et en attaquait 100.000. Actuellement, grâce à un peu plus de précautions, le nombre des morts de variole est en constante diminution : il y en avait encore 16.249 en 1887, on est descendu à 214 en 1899. Or, aucune précaution individuelle ne peut nous mettre en état de nous défendre contre la diffusion de la variole.; et, puisque depuis les travaux de Pasteur, on ne peut mettre en doute l'utilité du vaccin, peut-on ne pas reconnaître la nécessité de la vaccination obligatoire? Il est vrai que contraindre un homme à faire vacciner ses enfants, c'est violer sa liberté. Mais puisque les petits ne peuvent ni vouloir, ni refuser, est-il possible de ne

1. BozzoLO, Influenza délia civiltà nella diarata délia vita umana^ dans A. S,, décembre 1899.

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pas les protéger? Que peuvent-ils faire eux-mêmes si la variole les tue ou les défigure? C'est là peut-être un préjugé? mais que vient faire un préjugé, si la maladie a défiguré ou tué? Il a suffi de moyens de prévention un peu plus rigoureux pour diminuer en Italie, et en peu d'années, la mortalité par les maladies infectieuses ou contagieuses. De 1887 à 1899, les morts par la petite vérole volante ont passé de 22.768 à 433; les morts par la fièvre scarlatine, de 14.621 à 4.487; ceux qui ont péri de la fièvre typhoïde, de 29.704 à 14.963; de la diphtérie, de 24.637 à 6.893, etc. Ces chiffres paraîtraient encore plus significatifs, si Ton tenait compte de l'accroissement de la population et de l'appauvrissement de certaines régions du midi de l'Italie, depuis 1887. Dans d'autres pays, la baisse a été encore plus rapide, et les règlements hygiéniques qui, sans doute, ont restreint la liberté de chacun ont, en somme, été un avantage pour tout le monde. Si l'on songe qu'à présent encore, 15.000 morts par typhoïde sont inscrits par comparaison avec 200.000 personnes qui en ont été atteintes, on voit combien toute négligence dans les moyens de défense sociale ressort comme non seulement funeste, mais comme profondément dangereuse pour le développement économique de la population.

Pour l'Italie, le problème de la malaria aune importance qu'il ne sert de rien de diminuer : la malaria légère, grave ou très grave, s'est répandue sur la majeure partie du territoire national. L'Italie méridionale en est surtout profondément infectée, et c'est la cause dominante de sa pauvreté. A l'heure qu'il est, des études récentes ont prouvé que la malaria est une maladie contagieuse; que sa difi'usion est due à un moustique, un anophèle. D'après les études faites jusqu'à présent, on peut conclure que la transmission de l'infection arrive directement par le moyen des anophèles, et que l'homme malade ne contagionne l'anophèle que pendant les saisons où la température est relativement élevée. L'homme infecté de malaria devient donc capable de con-

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tagion, dans des conditions convenables de température, comme tout individu affecté d*autres maladies regardées comme contagieuses. Or, afin de résoudre ce problème vital, si important pour un grand nombre de régions italiennes, que peuvent les efforts individuels? Lorsqu'on devra tenter une solution définitive, il faudra toujours un grand effort collectif. Sans doute, dans une matière comme celle-là, il n'y a pas besoin d'exagérer, et les hygiénistes sont portés à l'exagération. Mais on ne peut nier les résultats de l'expérience.

L'instruction obligatoire est certainement une atteinte à la liberté, puisque l'État se met à la place des parents en limitant leur puissance. On a dit que c'était là une prétention injuste, puisque l'amour des parents fait beaucoup plus, et l'on peut dire qu'il en est ainsi dans bien des cas; mais n'y a-t-il pas des parents qui font souffrir leurs enfants ? n'y en a-t-il pas d'autres qui les abandonnent? Et pouvonsnous admettre qu'un seul homme, parce qu'il est ignorant et ne comprend pas et ne peut bien juger les avantages de l'instruction, ait le droit de faire que ses enfants restent dans l'ignorance la plus noire? Et que deviendront ceux-ci pour la société?

Tous ces arguments ont une importance bien plus grande en matière de législation sociale. Assurer des règlements hygiéniques aux travailleurs; protéger l'enfance contre des genres nuisibles d'épuisement, en évitant que se tuent chez le bébé les forces qui peuvent se développer chez l'adulte, de la même façon que le cultivateur prudent prévient la récolte de mauvais fruits; garantir à l'aide de règles spéciales le travail des femmes dans l'intérêt de la race ; imposer à tous des jours de repos, etc., etc., tout cela peut prendre l'apparence d'une restriction à la liberté. En réalité, ce n'est qu'en empêchant la décadence physique d'une population et en élevant sa culture intellectuelle et sa santé physique, que Ton peut faire participer le plus grand nombre d'hommes aux bienfaits de la civilisation. La théorie dis-

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Suivante qui considère les hommes comme autant d'atomes épars n'a point compris que la liberté n'est pas une fin, mais un moyen, et que la tin, c'est la plus grande élévation possible de l'espèce. Là où la liberté peut l'assurer, celle-ci est bienfaisante ; là où elle atteint le but opposé, elle est nuisible et elle ne réussit qu'à se diminuer elle-même, la liberté ne servant de rien à des populations pauvres et dégradées.

11 est très curieux, tQutefois, de voir quelques théoriciens employer envers l'État les mêmes arguments dont on usait, il y a deux siècles ou à peu près, lorsque, dans la plupart des pays, l'impôt était un devoir absolu envers l'autorité, et que celle-ci pouvait en disposer comme il lui plaisait, le prince ne devant aucun compte de ses actes à ses sujets, mais seulement à Dieu. Les innombrables discussions sur les fonctions de l'État sont dope souvent stériles, puisque les faits montrent que l'existence de la société ne peut se subordonner aux principes de liberté absolue, invoqués par Spencer et par ses disciples. Si partout la tutelle hygiénique est confiée à l'État et aux collectivités, si presque partout l'instruction obligatoire est sanctionnée par les lois; si la législation ouvrière se développe partout, si les principes de prévoyance sociale et l'assistance se substituent à la charité, cela veut dire qu'il existe certaines nécessités qui, plus que le mouvement des idées, enfantent l'action collective.

Il est évident que l'État ne doit rendre que les services impossibles à tirer des particuliers sinon avec de plus grands efforts et un résultat moindre. Il est donc changeant de nature^ non seulement par suite des individus qui le composent, mais par suite des besoins nouveaux qui se manifestent. Son action d'aujourd'hui ne peut être celle de demain, et elle n'est pas celle d'hier. L'État ne peut donc avoir de recettes fixes, d'autant moins que, sauf d'une manière très générale, on ne peut assigner de bornes à l'action de l'État.

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