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Historiquement, il est incontestable que les budgets de

l'augmentation des dépenses pubuques 61

tous les pays sont en augmentation continue. La France est le pays le plus anciennement unitaire de l'Europe et certains changements se peuvent mieux suivre chez elles qu'ailleurs. Or le budget français s'est accru continuellement. Les recettes ordinaires de l'État, converties en millions de francs, ont été (1) :

Beoattei de l'État

Époques en millions

SouB Saint Louia. . 1243 3,7

Sous Philippe-le-Bel 1300 5,5

A ravèoement de Charles V . . . . 1364 8,1

A ravèoement de Charles VII . . . 1422 13,6

Sous Charles VIII 1491 44,8

A ravènemeot de François !«''. . . 1515 72,8

A Tavènement de Charles IX ... 1560 84

Soas Henri IV 1607 90,8

Sous Louis XIV 1648 184

Sous Louis XIV 1683 226

A ravènement de Louis XV. . . . 1715 266

Sous Louis XV 1756 253

Sous Louis XVI 1789 475

Nous verrons jusqu'à quel point cette augmentation est réelle et jusqu'à quel point elle est apparente. Pour le moment, il importe de constater que les chiffres indiquent une augmentation notable et qui prend un aspect beaucoup plus ^rave après 1789. En continuant, en effet, notre calcul sur les documents officiels français, nous remarquons que Taugmentation la plus extraordinaire est arrivée précisément au xix'^ siècle :

Dépeniea de l*État

Anoé«s en millions

1. Db FoviLLB, La France économique, Paris, 1890, p. 408. — Ch. Ni> COLA*, Les budgets de France depuis le commencement du dix-neuvièrne siècle, Paris, 1882. — FiLti Faum, Les budgets de la France de 1870 à 1887, Paris, 1888 et le Compte général des finances de 1887 et de 1900, etc.

62 l'action de l*état.

Années en millions

1901 (8aDs l'Algérie) .... 3.554

En 1828, aux députés français qui se montraient effrayés de Taugmentationdu budget,— lequel surpassait un milliard, — le ministre des finances Vîllèle disait : Mesneurs^ saluez ce chiffre^ vous ne le revendez plus. Sans doute Viilèle avait raison, pour peu que l'on donne à ses parole&UDsens tout opposé : jamais, en effet, les députés français ne revirent de budget inférieur à un milliard. Le budget se transforma, s'accrut : le milliard grandit jusqu'à deux en 1870, pour arriver à trois milliards après la guerre, pour atteindre plus tard trois milliards et demi. Aucun pays du monde n'en avait jamais auparavant dépensé un pareil par la voie de rÉtat. Décidément, si Viilèle n'était point doué de Vespril prophétique^ comme Tabbé Joachim de Dante, il n'en était pas moins doué d'un grand esprit d'observation.

25. On a pris l'exemple de la France, non pas que le fait soi t limité à elle seule, mais on a pu chez elle remonter plus haut, quelle que soit la valeur des chiffres cités, lesquels doivent être sujets à un examen attentif et à une exacte évaluation de leurs éléments.

L'Angleterre, par sa position géographique, par ses vicissitudes historiques, par la diversité du caractère de ses habitants, a eu des formes de gouvernement très différentes de celles de la France et une plus large prépondérance de la vie locale. Mais dans la Grande-Bretagne, l'accroissement des dépenses publiques de l'État comme des pouvoirs locaux, a subi une progression aussi rapide. Il suffira d'indiquer ici les dépenses de l'Étal pour que cette augmentation apparaisse des plus évidentes (1) :

1. Ces données ne sont pas du tout comparables : Tlrlande en est d'abord exclue, puis elle y est comprise. — CL De Fovillb, loc. cit, et pour les dates récentes : Gipfkn, A financial retrospect in J, R. 5. S. y mars 1902.

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DépttOfM d» la Grande Bretagaa

Années es miUioDs de £

1814 (guerre) 112

1902-903 (prévisions) 17,4

Les années postérieures à 1898-99 sont des années de guerre. Elles ne se prêtent donc pas à la comparaison. Mais les chiffres de 1902-1003 sont très éloquents, car si les dépenses de guerre y ont subi une grande diminution, il y reste un fort accroissement permanent des dépenses.

Le chancelier de TÉchiquier, Sir Michael Hicks Beach, ne cachait pas, dans la séance du 19 avril 1901, ses préoccupations ; après avoir constaté que, dans les cinq dernières années, les dépenses s'étaient augmentées de 28 millions et les recettes de 16, il déclarait son inquiétude pour l'avenir. u 11 y a maintenant cinq ans, disait-il, qu'ayant eu Thonneur, pour la première fois, de présenter le budget à la Chambre des Communes, je me suis risqué, le mieux qu'il m'était possible, à donner au Parlement et au pays un avertissement. J'ai pris l'histoire des vingt précédentes années et j'ai montré que, pendant ces vingt ans, l'augmentation de nos dépenses a été bien plus grande proportionnellement que celle des recettes; j'ai exprimé le mieux possible mes doutes sur la possibilité pour notre système financier actuel de soutenir un pareil fardeau, s'il continuait à croître » (1).

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