‹ Principes de science des financesChapitre 5 sur 184 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

demandait Tégalité d'une manière générale, entre les différents contribuables placés dans une situation équivalente; on sollicitait le redressement des inégalités dues plutôt aux vices de perception et d'établissement de l'impôt, qu'à une volonté arrêtée de favoriser les uns au détriment des autres (1), Les auteurs qui s'attaquaient résolument, en se basant sur la morale ou la justice, aux privilèges, ne le faisaient que d'une manière voilée et ironique (2). Montesquieu allait plus loin : pour lui, tant que le peuple n'était pas surchargé d'impôts, « les injustices particulières ne sont rien » ; c'est — comme Bodin, — uniquement pour des raisons pratiques qu'il demandait^ en cas de misère excessive des imposés, l'application du principe d'égalité (3) ; il osait ailleurs, tout en exposant Tétat désastreux des finances, demander qu'on ne touchât pas aux privilèges de la noblesse (4). Les derniers impôts directs de la monarchie, que la royauté avait voulu rendre communs au peuple et à la noblesse, tout en s excusant envers cette dernière et en lui promettant des compensations (5), paraissaient h Montesquieu « injurieux à la noblesse » (6). Approuvés par les uns (7), tolérés par les autres, les privilèges ne disparurent pas sous l'influence ni des principes scientifiques, ni même des idées de justice, mais simplement parce que, se développant de plus en plus, s'étendant à un cercle de plus

1. V. Bodin, liv. VI, chap. i, éd., 1579, p. 583 et 586; Montesquieu, Pensées et fragments inédits, t. Il, 1901, p. 438; Rousseau, Considéralions sur le gouvernement de Pologne, chap. xi.

2. V. Diderot, Principes de politique des souverains, liv. Vif, dans Œuvres, édit. Âssézat, t. Il, p. 411.

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