PRÉFACE V
en plus large, ils étaient devenus intolérables pour un peuple rendu conscient de sa force et chez qui la servilité s'était changée en mépris (1). Et quand la suppression en fut votée, sur in proposition même des privilégiés, Necker déclara qu'ils faisaient un sacrifice volontaire qui n'aurait pas pu être exigé (2). '
Des mesures beaucoup plus odieuses, prises par la monarchie, rencontraient la même approbation, ou la même tolérance. On sait combien peu la royauté pratiquait le principe du respect des engagements. Montesquieu estime que la banqueroute est un moyen naturel pour TEtat de diminuer ses dépenses : personne n'y perd rien, dit-il, car « ce n'est point le roi qui paie les rentes; ce sont proprement les sujets qui se payent a euxmêmes » ; pour sauvegarder les privilèges de la noblesse, c'est la banqueroute qu'il réclame : « Quelle gloire pour votre Altesse royale de pouvoir dire qu'elle a rétabli des affaires désespérées sans avoir ruiné une seule fa«> mille! » (3). Les banqueroutes antérieures lui paraissent « très sages » (4). Et VAmi des hommes croyait tout concilier en proclamant le caractère obligatoire des emprunts d'Etat, mais en recommandant la réduction du taux de l'intérêt (5). 11 faut arriver jusqu'à Napoléon pour entendre proclamer la nature sacrée des créances sur rÉtat (6), ce qui n'empêcha pas Napoléon lui-même de la méconnaître (7).
Si Ton joint à tout cela la théorie, autrefois indiscaté^,