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LA GOHPABAISON EN MATIÈRE FINANCIÈRE

UQ pays pour rîastruction oe se peut faire en rapprochant simplement les budgets d'un pays de ceux d'un autre. En France, les dépenses faîtes pour l'instruction élémentaire, les plus fortes qui soient pour Tinstruction, sont à la charge de rÉtat; en Italie, elles sont à la charge des communes. Enfin, celui qui veut montrer quelles sont les dépenses militaires d'un pays comparativement à celles des autres, ne peut pas prendre un budget militaire seulement et le mettre en parallèle avec les autres, il doit les prendre tous. Par exemple, c'est un procédé absurde (et combien de fois employé !) de comparer les dépenses du ministère de la guerre en France, en Angleterre, en Italie, en Suisse. En France, on dépense beaucoup pour la guerre, mais on dépense beaucoup aussi pour la marine de guerre et aussi, en moindre proportion, en Italie. Inversement, l'Angleterre, pays insulaire, a jusqu'ici peu dépensé pour l'armée ; elle a concentré ses efforts sur sa marine de guerre. La Suisse ne dépense que pour son armée, car la Suisse qui n'a pas de mer, ne peut avoir de flotte. Donc, pour connaître les dépenses militaireSj il faut prendre celles de la guerre comme celles de la marine, et réunir les deux budgets. Mais cela ne suffit pas; il faut voir ce que contiennent les budgets avant de les mettre en face les uns des autres. Aujourd'hui, le budget du ministère de la guerre, en Italie, est loin d'exprimer simplement les dépenses de caractère militaire. Outre la masse énorme des pensions militaires qui. en d'autres pays, ne figurent point dans le budget de la guerre, les dépenses afférentes exclusivement aux carabiniers royaux représentent en réalité des dépenses de sûreté publique, lesquelles, dans certains pays, sont à la charge du Ministère, ou ne figurent en rien dans le budget de TÉtat, étant à la charge des localités.

Ainsi donc, la comparaison doit toujours se faire avec grande circonspection, s'entourer de toutes les précautions, sans quoi elle perd toute importance scientifique et ne sert qu'à impressionner les chambres législatives, ou à étourdir.

94 LK GOMPARAISOIf EV If ATIÈRE FIIiANCSÉRE

gràoe aux articles variés des journaux politiques, un public QOQ moins avide d'impressioms (1).

VU

De quelques procédés statistiques Les plus en usage dans les finances.

40. La connaissance des procédés les plus en usage dan& la statistique aide singulièremeul la doctrine financière; bien plus, il en est peu qui les emploient plus largement. Néanmoins, ce n'est pas généralement de ces procédés que nous parlerons; ils sont mieux étudiés dans la logique et dans la méthodologie statistique qui est aussi une partie de la logique.

ici il nous importe simplement d^indiquer, en passant, deux procédés statistiques àpeu près spéciaux à Tétude de& finances, procédés auxquels précisément les financiers recourent plus fréquemment pour les exigences de la comparaison. Ils concernent deux mesures : la mesure de La valeur de la monnaie, la mesure de la richesse particulière dans chaque pays. I! importe qu'on puisse connaître les variation» de valeur de la monnaie, pour pouvoir examiner à fond quels sont ses effets sur les engagements de TÉtat à longue échéance, sur tous les paiements et les achats qu'il est forcé de faire par l'intermédiaire de ses organes. U importe qu'on puisse connatire la richesse particulière des habitants de chaque pays, pour pouvoir y proportionner les impôts, pour

1. Sur les règles de la comparaison, comparez en général les manuels de statistique, surtout ceux de Goujannu A. L. Bowlby, Bbr- TiLLON, G. VON Mayb, ctc, et MoRPDRGO, la Ftnanzaf Florence, 1877, pp. XV et suiT.;RiBCKB, Die inlemazif)nale Finanz Statislik, Stattgard,

DC |>U6L(HJB8 PROGÉDÉB gTÂTISTlQU«S I^ANS LE8 FIffANCBS 95

iodiquer ao moins a^pmxioaatiyeinent quelles charges supportent les citoyefis et, en générât, pour diriger sûrement toikle la politique finaiicièare.

L Ï49L mesure des varîiitma de valeur de la monBaie.

41. Eotre les diverses «aitésdonl i^liomme s'est servi et se sert encore pour mesurer les phénomènes du milieu ambiant, aucune n'a toujours été et n'est encore moins assurée et plus incertaine que l'unité ou les unités de monnaie, c'est-à-dire les communes mesures de la valeur, adoptées dans le passé et dans le présent.

Quand nous connaissons le rapport qu'il y a entre le yard et le môtre, il nous importe fort peu que la distance entre une ville et une autre soit exprimée sur la base de l'n^e on de l'autre unité de mesure. Nous pouvons toujours, sans la moindre difficulté, réduire en yards le nombre de mètres et réciproquement. Quand même il s'agirait de lieux et d\)bjets éloignés, on ne trouverait aucune difficolié dans le calcul. Il suffit de connaître le rapport entre le mille romain et le làlomètre et de savoir combien il y avait de milles romains dans le pourtour de la ville de Rome, pour pouvoir réduire en kilomètres, sans difficulté aucune, la longueur du circuit en question.

Quand nous savons, au contraire, combien de deniers d'argent et combien de sesterces de cuivre recevait un ouvrier, à la fin du règne de Néron ; quand nous savons que le denier contenait 8 gr. 41 d'argent et que le sesterce en contenait 27,29 de cuivre, nous ne savons rien encore, A quoi bon connaître avec précision combien vaut un gramme d'argent ou un gramme de cuivre? Et cette seule notion, savoir quel est aujourd'hui le pouvoir d'achat d'un gramme d'argent ou de cuivre, peut-eîle nous éclairer le moindrement sur les conditions du travail à celte époque éloignée? Assurément il n'existe et il ne peut exister aucune unité de n^esnre absolument invariable. Même le mètre de platine et d'iridium, fondu avec tant de soin et à si grands frais, et

conservé au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris pour servir de mesure-type aux contrées qui ont adopté le système métrique, ce mètre change tous les jours de longueur, suivant les degrés de la température. Q*importel nous savons quel est le coefficient de dilatation, et nous pouvons calculer sans peine chacune de ses variations. Le litre d'eau distillée, qui nous sert d'unité de mesure pour le poids, voit en réalité son poids changer à chaque degré de latitude et à chaque mètre d'altitude en plus ou en moins. Mais nous connaissons les lois de ces variations et nous pouvons les mesurer. Quant aux variations de valeur d'un gramme d'argent ou d'un gramme d'or, elles sont d'autant plus difficiles à estimer qu'il s'agit d'époques plus éloi- ^ées.

Le prix n^étant autre chose que l'expression numérique du rapport qui existe, à un moment donné, entre la valeur de la monnaie et celle des autres objets, il en résulte qu'on ne peut affirmer rien de certain quant au marché réel de ces deux marchandises variables. La valeur absolue des métaux est et sera toujours peut-être une inconnue que nous ne démêlerons jamais bien et pour laquelle nous devrons nous contenter d'approximations relatives. Les inductions mêmes qui semblent les plus sûres sont souvent fausses dans leur essence. 11 faut tenir compte de tant de facteurs, que les calculs les meilleurs et les plus vraisemblables ne restent et ne doivent rester que des hypothèses, prouvées seulement en partie.

Il suit de là que les hypothèses même les plus simples sont très peu sûres. Sans doute, à une hausse générale des prix correspond ou une diminution de quantité du milieu circulant, ou une diminution sensible de la production générale. Mais si l'économiste peut, pour la commodité de ses recherches, appliquer l'hypothèse au raisonnement, la réalité lui échappe. C'est seulement dans certaines périodes de Thistoire que nous voyons se produire de brusques oscillations; d'ordinaire, les variations sont presque im-

perceptibles. Comme la coDsommation des métaux précieux n'est que partielle et qu'elle est souvent très lente, il en résulte que la quantité de métal, que le monde possède, augmente insensiblement chaque jour. Parfois il arrive que de nouveaux courants semblent vouloir brusquement changer le niveau de la surface totale, mais l'équilibre se rétablit aussitôt. Dans la société où nous vivons, il est très difficile qu'il y ait augmentation ou diminution générale de tous les prix : il est des prix qui montent et des prix qui descendent; il est des prix qui oscillent brusquement et des prix qui semblent durables. L'économiste ne peut concevoir le marché économique comme Ton conçoit le système planétaire, où tout astre parcourt le même intervalle' dans le même espace de temps.

Comme les besoins de l'humanité sont infinis et changeants, il arrive que, exception faite pour quelques-uns d'entre eux, de première nécessité, la consommation de tous les autres est sujette à de continuels changements. Or, la demande et Toffre de chacun agissent nécessairement sur la formation des prix, bien que ce ne soit pas en raison directe de la quantité de numéraire dont dispose la société. De plus, même sans que le stock monétaire d'une nation vienne à s'accroître, il peut y avoir baisse générale des prix, lorsque la production Vient h s'accroître pour le plus grand nombre des marchandises^ et qu'ainsi la consommation se développe rapidement. C'est un point que nous verrons clairement par la suite, en étudiant l'influence des nouveaux progrès industriels et du développement des moyens de transports sur la formation des prix. Toute variation dans la valeur de la monnaie peut coïncider avec des situations très différentes : l'' la quantité du numéraire et la quantité des marchandises échangées sont restées invariables; 2^ le chiffre des échanges a diminué et la quantité de Tinstrument circulant a diminué en proportion identique; 3*" la quantité du numéraire a augmenté en proportion identique à celle des produits échangés.

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Dans la réalité toutefois, les choses n'arriveDt pas avec la même simplicité. Bien que cette abstraction économique que nous appelons niveau des prix ait une portée pratique, les prix ne progressent pas comme des armées en marche, en longues files symétriques* Changeants comme le besoin, variables comme le désir, ils s'assujettissent peu volontiers à la discipline du calcul et échappent assez souvent aux plus savantes prévisions. En outre, dans nos sociétés, la quantité de métaux précieux que possède chaque nation n'exerce pas sur les prix l'influence qu'elle exerçait par le passé, quand toute transaction commerciale se terminait par le paiement en espèces métalliques. Non seulement entre les marchés étrangers, mais sur le marché intérieur lui-même, dans les pays les plus avancés, les transactions se font davantage, chaque jour, sans bourse délier. En outre de tous les équivalents de la monnaie, Timmense développement du crédit, sous les formes les plus variées, agit directement ou indirectement sur la formation des prix. Bien plus, c'est justement ce développement énorme des formes représentatives de la monnaie qui, souvent^ modifie brusquement le marché des prix^ et qui rend aujourd'hui plus vive que jamais la nécessité de trouver un moyen de connaître et de mesurer, avec exactitude, les variations de valeur de la monnaie.

Ce ne sont pas seulement les historiens qui se préoccupent dii problème et qui cherchent le moyen d'évaluer les conditions d'existence des sociétés qui nous ont précédés; mais les statisticiens surtout et les hommes d'État s'efforcent de faire en sorte que des classes sociales entières, payées à prix fixe, ne se voient pas tous les jours sujettes à de brusques changements de valeurs. Et même on sent Le besoin de régler la situation réciproque des créanciers et des débiteurs, sur la base des mêmes règles, et de les rendre plus justes et moins variables. Depuis plus d'un siècle, le problème intéresse les économistes et attire l'esprit des chercheurs.

Les variations de valear de toute unité monétaire peuvent être intrinsèques et extrinsèques. Elles sont intrinsèques quand les causes qui font varier les prix dépendent de la quantité du numéraire circulant; elles sont extrinsèques iorsqu^au contraire elles se rattachent aux formes de la production, aux systèmes de transports et d'échanges. En tous cas, elles sont toujours très difficiles à mesurer.

Lowe, dès 1822, et Scrope en 1834, essayaient, par les changements des prix, de calculer les changements de valeur de la monnaie, et cherchaient à publier, à périodes fixes, les statistiques de ces variations. Telles que les concevaient les auteurs, elles auraient servi à corriger les erreurs résultant, dans la pratique, de l'emploi du numéraire comme mesure de la valeur. Le subtil Cournot put encore, en se fondant sur les illusions de ses prédécesseurs, concevoir 4 espérance de découvrir une mesure efficace de la valeur dans sa monnaie d'i compte. Cette monnaie invariable, en dépit des changements du coût de production des métaux précieux, modifiant, à chaque variation dans le coût de production, le rapport de l'unité en poids du métaU ou, plus simplement augmentant la quantité du métal contenu dans la monnaie quand elle venait à s'avilir, et la diminuant, inversement, quand elle augmentait de valeur, cette monnaie, disons-nous, paraissait devoir résoudre le problème. Ainsi, de même que nous mesurons les coefficients de dilatation de notre unité de longueur et que nous les corrigeons, nous aurions pu mesurer et corriger les variations de valeur de la monnaie. Toutefois, Cournot lui-même ne tenta point cette épreuve difficile : préciser, pour ainsi dire, les conditions d'existence delà monnaie de compte, preuve qui aurait <lû l'arrêter, en présence de la complexité du phénomène. Récemment encore Menger, — qui a d'ailleurs pénétré le fragile fondement de pareils calculs, lesquels se heurtent à des difficultés pratiques insurmontables, — a cependant nourri l'espoir d'une monnaie dont la valeur serait invariable et, par le fait, en dehors de la loi commune. Selon l'économiste

autrichien, on peut arriver à ce résultat en émettant cegenre de monnaie, dans des proportions calculées de façon à neutraliser les causes de variation qui peuvent se produire quant au degré ou quant à la mesure (1).

L*absence de tout élément de calcul ou, tout au moins, la nécessité qui s'impose de calculer d'après des donnéestoutes variables, fait comprendre comment nombre d'économistes en sont venus à considérer ce problème comme insoluble.

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