A. Smitr, Wealth of nations, liv. V
nation (1). Maintenant encore, les parlementaires montrent une grande facilité à voter des dépenses nouvelles, et il ne manque pas de gens pour exalter la prodigalité comme étant le système le plus capable de rendre les partis politiques populaires.
En réalité, il ne faut point considérer les dépenses publiques d'un autre œil que les dépenses privées. Elles répondent à des besoins permanents, inhérents à la vie sociale; on doit les juger d'après leur degré d'utilité. S'il était démontré que beaucoup de services publics peuvent être mieux régis par l'industrie privée et avec plus de profit pour la collectivité, les dépenses faites pour eux ne seraient pas justifiables. Au contraire, si l'État assume des services que l'industrie privée ne peut pas rendre^ ou qu'elle ne peut rendre qu'avec une perte de richesses ou avec désavantage, les dépenses faites pour eux sont j ustifiées par la convenance sociale.
51. Pour bien évaluer l'ampleur et l'importance des dépenses publiques et pour se faire une idée exacte de leur influence sur l'économie générale du pays, il faut avoir bien présent à l'esprit à quels objets elles se rapportent ; en d'aU' très termes, on doit considérer pour quels buts elles sont employées. Un pays, dans lequel une certaine somme de dé-
1. DaDs une lettre aa cardinal de Noailles, M^e de Maintenon raconte qu*un jour, exhortant le roi à faire des anmônes plus considérables, Louis XIV lui répondit : Un roi /ail Vaumône en dépensant beaucoup, J. B. Say remarque, non sans raison {Traité, liv. III ch. VI) : mot précieux et terrible qui montre comment la ruine peut être réduite en principes. Les esprits mêmes les plus profonds du xviii« siècle n'ont pas échappé à ces erreurs : jusqu^à Galiani^ toujours très spirituel, qui affirmait, à propos des grandes dépenses de la Cour de Napies : quidquid délirant reges, c*est de l'argent qui se dépense. Voltaire, parlant des dépenses folles de Louis XV, a dit qu'elles ne grevaient pas rÉtat, qu'elles servaient à faire circuler l'argent dans le royaume. Ces erreurs, — la ruine réduite en principes, comme le dit Say, — ont déterminé la réaction qui a si longtemps prévalu, selon laquelle il fallait considérer les dépenses publiques comme un phénomène de consommation, parfois comme une perte sèche pour la nation.
penses se fait en vue des choses militaires^ est dans une toute autre condition que celui qui dépense la même somme en vue de la civilisation et de la culture générale.
La défense de la liberté et de l'indépendance est, sans doute, la défense des deux biens suprêmes, et ici aucun sacrifice n'est de trop. Mais une nation, qui sacrifie à sa défense la majeure partie de ses ressources, n'est pas dans une situation très différente de celle d'un individu, qui vit entouré de sauvages et qui doit employer toutes ses éner* gies pour se défendre contre eux. A celui-là il ne sera permis de progresser ni eu richesse, ni en intelligence, sinon dans une mesure très restreinte. Sans doute, quand il s'agit de grandes agglomérations d'hommes, le cas est beaucoup moins grave, puisque, très souvent, à de grands sacrifices pour la défense correspondent des conditions de sûreté intérieure et de tranquillité qui sont les premiers éléments de développement.
Les dépenses publiques prennent des formes très variées (1).
Quant à leur forme^ elles peuvent être en nature OMen argent : les premières prévalaient dans le passé, alors que rÉtat payait fréquemment ses fonctionnaires et ses soldats avec des marchandises, des denrées ou des concessions de terres. Dans l'économie monétaire des États modernes, les dépenses publiques se soldent presque toujours en argent
Quant au temps dans lequel elles ont lieu, à leur durée et à leur continuité, les dépenses sont ordinaires el extraordinaires. Les dépenses ordinaires sont celles qui répondent à des besoins continus et se renouvellent à chaque exercice financier; les dépenses extraordinaires sont celles qui répondent à des besoins accidentels et variables. Les dépenses pour la justice, pour Tinstruction, pour l'armée sont, en général, des dépenses ordinaires; au contraire, celles pour un nouveau fusil, pour la construction d'un chemin de fer,