VI PRÉFACE
que le monarque absolu est inaitre du bien de ses sujets, le caractère si longtemps accidentel de Timpôt, l'importance ancienne du domaine public, on conçoit que la science des finances ait eu tant de peine h se constituer.
Son avenir dépend beaucoup de la manière dont on la classe dans Tensemble des sciences,
M. Nitti considère la science des finances comme une branche de l'économie politique. C'est une idée que formulait déjà Rousseau (1) et que divers auteurs modernes ont adoptée (2); d'autres, peut-être plus exactement, regardent la science des finances comme une science indépendante, qui sans doute s'appuie sur l'économie politique, et qui aussi lui sert de support, mais qui doit en être soigneusement distinguée (3). Et, en vérité, il est difficile de ne pas donner raison h ces derniers. Comment se fait-il que l'économie politique, qui reconnaît n'avoir pas le privilège exclusif d'étudier la famille, la propriété, les transports, l'épargne, qui autorise la morale, le droit, la philosophie, l'histoire, à rechercher la solution de ces divers problèmes concurremment avec elle, prétende ramener à elle seule l'examen des problèmes financiers? Elle va cependant jusqu'à hésiter sur celle de ses diverses parties à laquelle les finances doivent être rattachées. On en fait tantôt un appendice de l'économie politique tout entière, dont cependant les divisions classiques prétendent contenir, dans leur ensemble, toutes les théories économiques; on en fait tantôt, au contraire, un chapitre de la consommation des richesses. En réalité cependant, dans la mesure où les problèmes finan-
1. Discours sur V Économie poiHiquCy daDs ses Œuvres^ éd. Musset- Pathay, t. V. p. 35.
2. Rau, VolkswirlhschafHehre, t. 1, §15; Wagaer, Lehvbuch der F/nanzwissenschaftj t. I, 3* édition, p. 8 et 12.
3. L. von Stein, Lehrbuch der Finanzwissenschaft^ 5* édit., p. 1 et sulv. ; Graziani, htiluzioni di scienza délie finanze, p. 19.
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PREFACE Vil
ciers se rattachent aux problèmes économiques. Us ont le droit de figurer à un égal degré dans toutes les parties de TécoDoniie politique : sans doute, on y étudie avant tout les dépenses de TÉtat et des collectivités, et leurs recettes qui sont, en majeure partie, des dépenses pour les particuliers. Mais les emprunts d'État ne rentrent-ils pas au premier chef dans la circulation, le domaine public dans la production, les traitements des fonctionnaires et les pensions de retraite dans la répartition ?
Ce ne sont là que des critiques de détail ; on peut en formuler de plus graves : il y a, dans la science financière, des parties très considérables qui n'ont qu'un rapport extrêmement éloigné avec l'économie politique : le budget et la comptabilité sont du nombre. Si la plupart des problèmes de cette science doivent être envisagés au point de vue économique, c^est qu'il n'y a pas d'étude à laquelle on puisse se livrer sans rechercher quelle solution elle comporte relativement au progrès des richesses. Le droit civil est-il uue branche de l'économie politique parce que les substitutions, le régime successoral^ les règles du partage judiciaire, la prescription, les privilèges et hypothèques, en un mot toutes les théories de ce droit, ont une influence sur les richesses? II n'en va pas autrement pour la science financière; parmi les innombrables problèmes qu'elle comporte, il n'en est aucun qui puisse sans danger et sans lacunes être envisagé au point de vue exclusivement économique.
Prenons, par exemple, Tun des principes les plus importants de la science financière, celui qui domine toute la raatière^des impôts^ et qui aujourd'hui est incontesté, si beaucoup de ses applications sont encore douteuses; nous voulons parler du principe de légalité. Est-ce à des considérations économiques qu'ont obéi, en le proclamant, la déclaration des droits de Thomme, les constitutions révolutionnaires et ceux des Etats modernes qui comme 1 Italie ou la Roumanie, en font encore aujour-