Molkte, Storia délia guerra del i
nale, créer ces conditions de sûreté intérieure et extérieure qui permettent l'expansion de la richesse. Certains insistent encore sur ceci, que les grandes victoires militaires ont eu pour effet, sinon toujours, du moins très souvent, de réveiller chez les vainqueurs un tel esprit de progrès, une si grande énergie, que la répercussion s'en fait sentir aussi sur la vie économique de la nation. La vraie grandeur de l'Angleterre date de ses victoires sur Napoléon; la vraie grandeur de l'Allemagne, de ses victoires sur la France. Ces raisonnements sont accueillis avec une extrême réserve; ils sont, en effet, moins la conséquence d'un vaste examen des phénomènes de la vie sociale, que l'expression de l'état d'âme d'un peuple victorieux.
Môme en France, en Angleterre, en Italie, des écrivains éminents sont tombés dans des apologies de la guerre qui contrastent avec l'esprit des temps modernes. Joseph de Maistre, dans son livre célèbre : De la guerre et de la. paix, l'avait déclarée divine par elle-même, par la gloire mystérieuse qui l'environne et parla fascination qu'elle a sur les grandes âmes. Victor Cousin, un idéaliste, disait carrément que toute la vertu d'un peuple est sur les champs de bataille. Chateaubriand, non moins pénétré de sentimentalisme, faisait l'apologie de la guerre comme d'un bienfait de l'humanité. Même de profonds observateurs, comme César Balbo, comme A. de Tocqueville, n'ont point échappé à cette fascination de la guerre. Balbo considérait comme une erreur philosophique et morale dédire, dé façon absolue, que la guerre est un mal et la paix un bien. Tocqueville a dit que, seule, la guerre élargit la pensée d'un peuple et élève son âme. Proudhon, en dépit de ses tendances anarchiques, a été le plus grand apologiste de la guerre. qu*il considère comme un phénomène plus profond et plus sublime que notre vie morale et auquel on ne peut pas même comparer les créations gigantesques de Tindustrie. La guerre était, pour Proudhon, l'expression la plus inconvertible de la conscience collective.
Il est difficile d'apporter en cette matière une ^aude sérénité de jugement, puisque tout un ensemble de traditions et d'intérêts pèse sur notre âme. On peut seulement constater que, d*un côté, nos sociétés industrielles, où la richesse est plus grande, out un plus grand besoin de la paix, et que, d'un autre côté, les habitudes de la vie moderne ne sont pas les plus aptes à développer Tesprit de la guerre. Au point dé vue financier, c'est à nous de faire observer que les dépenses militaires augmentent d'une manière continue dans tous les États civilisés de l'Europe, comme aussi dans ceux qui sont hors d'Europe ; qu'elles sont la principale cause de l'accroissement des dettes publiques, lesquelles, à leur tour, ont déterminé l'accroissement des impositions. Dans les pays les plus pauvres, ce fait a influencé quelquefois défavorablement la production de la richesse.
NOTE
Quand le Czar, ea 1898, iavita les puisBances européennes à la conférence en faveur de la paix, qui, depuis, eut lieu à La Haye, le Messager officiel de Russie faisait remarquer que les dépenses militaires absorbent maintenant une grande partie des recettes publiques :
• Les dépenses de maintien des armées en Europe se présentent comme suit :1a Russie 772.500.000 francs, l'Allemagne 675 millions de francs, la France 650.000.000 de francs, rAutriche 432.500.000 francs, ritalie 267.250.000 francs, la Grande-Bretagne 450.000.000 francs. Les six États réunis dépensent un total de 4 milliards 230 millions de francs. L'entretien du soldat rnsse est celui qui se fait à meilleur marché, il est de 772 fr. 50 par an ; celui dn soldat allemand, de 1.162 fr. 50; celai da soldat autrichien-hongrois de 1.175 fr.; de l'italien, 1.535 fr.; du français 1.633 fr.; de l'anglais 2.045 francs. Chaque habitant de la Russie sapporte 6 fr. de dépenses miUtaires ; d'Allemagne, 13 fp.; d'Autriche- Hongrie 10 fr. ; d'Italie presque 9 fr.; de France 18 fr. 25; d'Angleterre 12 fr. Le budget militaire du Danemark ne dépasse pas, il est vrai, 15.750.000 fr., mais c'est lÀ une somme des plus considérables pour ce pays. Si les pays de l'Earope voient constamment croître lears dettes, cela dépend de l'augmentation constante des dépenses mUitaires.
« Chacun peut se rendre compte de ce que coûterait une grande guerre éventuelle. La dernière guerre entre la Chine et le Japon a englouti un milliard 250 millions de francs. Dans le cas d'une guerre
200 LE PRIX DE REVIENT DE Lk DÉPENSE
europëeDiie, les dépenses monteraient à 6 milliards de francs, auxquels il faadrait ajouter les pertes incalculables d'hommes et de matériel ».
Et, après avoir donné cette note, le Messager officiel la faisait suivre de ces considérations ;
« Des dépenses aussi colossales ne peuvent certainement pas être productives. Elles épuisent les sources des revenus des nations, paralysent le fonctionnement des organes financiers du pays et arrêtent le développement du bien-être général. Les meilleurs esprits de tous les pays se sont appliqués, dans tous les temps, à trouver un moyen d'assurer la paix autrement que par l'augmentation des forces militaires, c'est-à-dire sur les principes du droit et de Téquité, en soumettant À l'arbitrage les conflits entre nations, de manière à mettre fin à cette théorie vraiment barbare, qui identifie la civilisation avec les perfectionnements toujours nouveaux apportés aux moyens de destruction. »
Certains auteurs opposent, bien À tort, l'esprit mercantile des Anglais à l'esprit militaire de quelques États du continent européen, comme rAllemagne et la Russie. Il faut cependant remarquer que l'Angleterre est le pays dans lequel les dépenses militaires ont été et soot les plus grandes ; qu'enfin, c'est le pays de l'Europe qui, pendant le xix* siècle, a fait le plus grand nombre de guerres.
Des données fournies par Bastablb {Finance, p. 68) il résulte que, de 1775 à 1857-58, les dépenses militaires se sont accrues de la manière suivante :
Grandi- Bretagnb
Dépenses ordinaires
Année 1775 en milliers de livres sterling 3.810
De 1861 à 1901, en 40 ans, les dépenses militaires de la Grande-Bretagne ont grandi de la façon qui suit :
Armée Marine Total
(en millioDs sterling)
1902 (prévisions) 90,0
(Guerre dq Transvaal) Idem,
En 1902-03, les prévisions étaient de 69 millions 6 pour Tarmée et de 31,2 pour la marine; soit 111 millions sterling en tout, dont une partie notable, représentent des dépenses permanentes.
FnA^GK
En France aussi, les dépenses militaires n*ont cessé de s'accroître ; elles ont surtout grossi depuis la troisième République.
Dépenses de l'armée Dépenses de la marine (en millions de francs)
Année 1889 393,6 155,5
Les pensions militaires ont été, en 1900, de 95 millions 9 pour Tarmée, et de 36 millions 6 pour la marine. Cf. VAnnuaire statistique de la France, de 1901, pp. 552 et 562.
Allbmaonk
Eu Allemagne, les dépenses militaires effectives ont éprouvé, en 30 ans, une augmentation extrêmement rapide, ainsi que les pensions militaires que nous indiquons en même temps :
Dépenses de l'armée
Dépenses do la marine
Pensions milit
(en milliers de mark).
Année
Ces chiffres ont été fournis par l'Office impérial de statistique, de Berlin.
RUSSIB
Le ministère des finances de Russie nous a mis en état de fournir les dounées relatives à la Russie pendant un siècle. Les dépenses sont indiquées ici en milliers de roubles :
Dépenses
ordinaires
Dépenses militaires
Guerre
. Marine
eitraordinaires
Totaux
•révisions) 325 639
États-Unis d'AmArioub
Les État8-Uni8 d'Amérique (pays fort vanté par quelques écrWains trop prompts comme un de ceux au monde qui sont les moins portés aux choses militaires) ont consacré, eux aussi, la plus grande partie de leurs ressources fédérales aux dépenses militaires. De 1791 è 1901, ils ont dépensé pour l'armée 5.681 millions de dollars, pour la marine 1.628 millions, et 2.797 millions pour pensions presque toutes militaires.
Voici quelle a été (en dollars) l'augmentation des dépenses :
Guerre
llariD«
Pensions
Nous avons évité de signaler les années de guerre; et néanmoins, on ne peut nier l'évidence de l'augmentation.
Le budget fédéral des États-Unis est formé en grande partie de la dette publique et des dépeases militaires.
Italib
D'après la publication officielle : Il bUancio del regno (Tllalia negli ezercizj finanziatn dal i86% al 1899-9900. Rome, 1901, les dépenses militaires effectives ont été :
Guerpc Marioe * (en milliers Je lire)
Eu 1902 03, les dépenses militaires prévues étaieut, pour la guerre, de 275 millions, et, pour la marine, de 121. En réalité, les dépenses militaires sont beaucoup moins fortes qu'elles
oe le sembleDt. Le budget de la guerre contient aussi des dépenses pour la sôreté à Tintérieur, comme celles qui s'appliquent aux carabiuierSf lesquels, ailleurs, sont à la charge d'antres budgets, ou directement des administrations locales.
Lbs états sbcordairbs : les pktits états it les états icbuthbs
Les petits pays dépensent très souvent plus que les grands pour leur défense; les États appelés neutres ne dépensent souvent pas moins que les plus belliqueux. De toute façon, l'accroissement des dépenses militaires n'est pas moindre chez eux.
Peu après le milieu du xix* siècle, les dépenses militaires de la pacifique Hollande ont doublé^ d'après les données officielles du Ministère des Finances de La Haye :
Badget de U guerre Budget de la marine Totaux
(en milliers de florins)
1901 (prévisions) 23.000 16 500 39.500
Ainsi, en tenant compte de sa population, la pacifique Hollande dé- 'pense beaucoup plus que l'Italie, et presque autant que les pays les plus belliqueux de l'Europe.
En Belgique, d'après la publication officielle : Statistique générale des recettes et des dépenses f 840-95, pp. 203 et suivantes, les dépenses militaires, qui étaient de 29 millions en 1841 et de 26 en 1851, ont moDté à 42 en 1861, à 48 en 1871, à 51 eu 1881, À 83 en 1891. En 1901, elles étaient prévues pour 55 millions. Si l'on tenait compte de beaucoup de dépenses pour la sûreté publique et pour ks pensious, on verrait que la Belgique elle-même, dépense pour le moins autant •que ritalie, sinon davantage.
La Snède, — l'État qni a joui, le plus longtemps peut être des bienfaits de la paix présente, — a éprouvé, à son tour, en 30 ans, l'accroissement suivant, en ce qui concerne ses dépenses militaires :
Dépensée ordinaires Année 1870 en milliers de couronnes ; 16.359 » 1880 » » 24.604
En Suisse, le budget de prévision de 1892 portait les dépenses du iMinistère de la Guerre à 28 millions de francs.
Les dépenses de justice et de sûreté à rintérieur.
71. Toutes les dépenses qui n'entrent pas dans les deux précédentes catégories et qui ne touchent ni au recouvrement des impôts, ni à Texploitatiun des industries de l'État, ont pour but, en général, la justice, la civilisation et le bien-être. Dans certains cas, en somme, elles tendent à maintenir les institutions qui facilitent les rapports entre les citoyens; dans d'autres^ à répandre Tinstruction ou Téducation; dans d'autres encore, à créer, à Taide des travaux publics, de grandes voies pour le commerce, etc. Les dépenses en vue de la représentation à l'étranger, — maintenant surtout que, dans presque tous les grands États, le service consulaire revêt plutôt une apparence commerciale, — ont aussi le caractère de dépenses destinées à influer sur la richesse d'une nation.
On peut avoir les idées les plus variées sur la nature de l'Etat et sur ses attributions; on ne peut nier que deux fonctions lui soient essentielles : la sûreté à l'intérieur et la justice. La sûreté à l'intérieur est la première condition de développement, après celle du dehors : ni agriculture, ni industrie, ni commerce ne trouvent un développement possible là où la police fait défaut. Un pays, même mal ordonné, est préférable à celui où Tordre n'existe pas. S'il était possible, dans les temps passés, que chacun se défendit lui-même, aucun État moderne n'a considéré la sûreté à Tintérieur autrement que comme un service public, bien plus comme le principal de tous les services publics.
Aujourd'hui comme par le passé, l'armée a une grande fonction de sûreté à Tintérieur; mais elle ne peut être employée pour un tel but qu'en cas de révolte, de sédition, etc., jamais en temps normal. Il faut donc des organes spéciaux pour la protection de la sûreté intérieure. L'État a toujours la tutelle suprême de l'ordre public ; mais certaines fonctions sont par lui dévolues, souvent, aux organes administratifs inférieurs. Aussi, en Angleterre, en France, même en Italie et un peu partout, la sûreté à l'intérieur n'est pas-confiée à TÉtat seul, bien qu'il y ait la plus grande responsabilité.
La sûreté, dans les pays civilisés, consiste non pas seulement en services de répression, mais surtout en services de prévention : on cherche le plus possible à prévenir les désordres, les violences, tout ce qui rend la vie sociale plus difficile et moins sûre.
Dans tous les États, les dépenses de police se sont considérablement accrues (1) : certaines villes, comme Londres, Berlin ou Saint-Pétersbourg possèdent un nombre d*agents de la sûreté qui dépasse celui des combattants dans quelques-unes des plus fameuses batailles de la Grèce antique. C'est une nécessité plus qu'un besoin ; en supposant même une société plus cultivée et plus morale, les éléments inférieurs ou anormaux qui y subsistent, ne permettront jamais de réduire notablement les dépenses de sûreté. On disait à une certaine époque : Pour toute école qui s'ouvre se ferme une prison : c'est une phrase de rhétorique dont les faits ont démenti le sens. Beaucoup d'écoles se sont ouvertes, mais aussi beaucoup de prisons ; souvent les formes de la criminalité ont plus changé que son intensité réelle. De toute façon, si Tinstruction est un très grand bien auquel il faut beaucoup sacrifier, il n'en est pas moins vrai qu'elle n'est pas toujours unie à une grande élévation morale.
1. Lbroy-Bkaulibd, VÉéat modeime et ses fondions, liv. IH, ch. ii; Bastable, Finance^ liv. I, ch. iir.
Pendant bien des siècles, la justice et la sûreté ont été considérées, sinon dans les lois ou les coutumes, du moins et en pande partie, comme un fait individuel. Parfois, TÉtat a affermé à des compagnies privées le droit de police et de justice. Lb. Santa Hermandada^ qui poussait Sancho Pança à donner des conseils de prudence à Don Quichotte, ne fut pas une institution spéciale à l'Espagne. Aujourd'hui encore, dans les États-Unis d'Amérique, il existe des sociétés privées qui exercent des fonctions de police pour le compte des particuliers, dont elles défendent la vie ou les biens, moyennant une récompense spéciale, ou qui se chargent directement de découvrir les gens coupables de vol ou d'homicide.
Les dépenses de policeet de justice, qui n'avaient presque pas d'importance dans les budgets passés, en ont beaucoup, au contraire, dans les budgets de nos jours. A l'heure qu'il est, ces deux fonctions sont partout réservées exclusivement à l'État et aux pouvoirs publics; si, dans quelques cas, comme nous l'avons vu, certaines fonctions relatives à la sûreté publique ont été déléguées aux organismes inférieurs, et aussi certaines fonctions de justice, cela n'empêche pas que l'État ne préside toujours à l'une et k l'autre, et qu'il ne soit généralement admis que l'action individuelle est tout à faitinsufQsante.
Le commerce et la manufacture, a dit A. Smith, ne peuvent fleurir longtemps dans un État où fait défaut l'administration régulière de la justice, où les propriétés ne sont pas parfaitement garanties, où la bonne foi dans les conventions ne trouve pas l'appui de la loi. Et il ajoute que le commerce et l'industrie seront rarement florissants dans un État où le crédit du gouvernement n'inspire pas une certaine confiance (1).
Les dépenses pour le maintien de Tordre et pour l'exécu* tien de la loi sont donc des plus nécessaires ; il n*y a pas