l'émission des billets de banque
02. L'émission des billets de banque constitue, elle aussi, 4ine entreprise publique. Ce n'est pas le cas de rapporter ici toutes les discussions entre les partisans des banques
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d*émission d'État et ceux qui veulent réduire Taction de l'État à un simple contrôle (1). Quelque opinion que Ton professe sur ce sujet, tout le monde est d'accord pour soutenir que l'émission ne peut être laissée aux mains de l'industrie privée. En ce moment, la liberté d'émissioi^ n'existe véritablement dans aucune partie du monde civilisé. Dans les États-Unis, on a la liberté de créer un nombre illimité de banques d'émission; mais les billets de ces banques sont soumis à des lois plus restrictives que celles des pays d'Europe, trop restrictives peut-être. Or, quand l'État ne fait pas directement l'émission (et, dans le plus grand nombre des cas^ il est dangereux qu'il la fasse), il intervient comme tuteur du crédit et de la richesse sociale. L'État peut donc exercer directement l'industrie de l'émission; c'est ce qu'il fait en Suède et en Russie. La Banque Royale de Suède est la plus ancienne banqued'émission, en Europe : depuis 1668, elle fonctionne sous la surveillance directe du Parlement suédois. Son capital étant de 30 millions, elle peut émettre des billets jusqu'à, concurrence de cette somme : le reste doit être couvert par un dépôt intégral de monnaie ou par du papier sur l'étranger. Son émission est donc fort limitée et les conditions spéciales où se trouve la Suède en rendent le fonctionnement facile. La Banque de Russie, au contraire^ est sous la dépendance directe du Ministre des Finances ; elle est liée de trop près à toute l'administration financière de TEmpire. Reconstituée en 1860 sur l'ancienne Banque du Commerce instituée en 1817, elle est aujourd'hui réglementée par les statuts de 1894. Le capital de fondation de la banque est de 50 millions de roubles, versés par le Trésor : les fonds de réserve de 5 millions de roubles ont été constitués par les bénéfices mêmes. Les pertes, qui ne peuvent être couvertes par les ressources propres de la
1. Cf. sur ces questions : Nim, Essai sur les variations du taux de V escompte^ Paris, 1899, et les nombreux ouvrages de Vioiibs, Nobl. Satous, François, Courcbllb Serbdil, Maclbod.
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Banque, sont mises à la charge du Trésor auquel aussi les bénéfices sont dévolus. Les bénéfices du Trésor russe oscillent entre 8 et 9 millions de roubles par an (1).
Ce sont là les deux seules véritables banques d'émission en Europe. Ailleurs, TÉtat, sous forme de taxe sur la circulation ou de participation, prend une partie des bénéfices.
On ne peut nier que l'État, qui exproprie tous les citoyens du droit d'exercer l'industrie de l'émission des billets, au profit d'une société (Banque de France en France, Banque Nationale de Belgique en Belgique, etc.) ou de quelques rares institutions (comme en Italie, oCi se trouvent la Banque d'Italie, la Banque de Naples et la Banque de Sicile), ait non seulement le droit, mais aussi le devoir de participer aux bénéfices qui résultent, en grande partie, d'une expropriation. Ainsi, les monopoles qui touchent aux moyens de communication ou de transports ne sont, en général, concédés qu'à la condition que l'auteur de la concession participera aux bénéfices, au-delà d'une certaine limite.
Or, comme l'impôt sur la circulation des billets est irrationnel dans les pays de banques libres, puisque la circulation ne représente point une richesse existant par ellemême; comme il est toujours nuisible, sous le régime du monopole ou du privilège, de soumettre les institutions d'émission à de fortes contributions qui finissent par ne grever que la grande masse des consommateurs de crédit, ainsi est-il logique et même moral, à tous les points de vue, que, sous le régime du monopole ou du privilège, l'État participe aux bénéfices. L'État représente la collectivité, q'est-à-dire, dans ce cas, ceux qui, en vue de l'utilité générale, ont renoncé à l'industrie de rémission en banque. Si cette industrie rapporte des bénéfices qui surpassent
1. Cf. l'étude de E. Pleskb, gouverneur de la banque d'État de Russie, dans Val. mob., vol. IV.
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notablement lassiette moyenne des produits industriels, il ^st nécessaire et il est moral que TÉtat y participe.
Quelle que soit leur forme, les impôts ont le désavantage d'être très lourds pour les consommateurs de crédit, très onéreux pour l'industrie, peu pour les actionnaires des banques. Par un simple acte de transfert très facile à opérer sous le régime du monopole ou du privilège, tous les impôts prévus sûrement sont répartis entre ceux qui recourent au crédit des banques. Au contraire, la forme de participation •déjà introduite par quelques Élats, et que l'on tend de plus en plus à préférer, a le fort grand avantage de ne peser que très faiblement sur les consommateurs de crédit. Supposons un régime de banque dans lequel les bénéfices, jusqu'à40/0du capital verso, aillent entièrementaux actionnaires; de 4 à 6 0/0, pour deux tiers à l'État et pour un tiers aux actionnaires, et de 5 et au-dessus, pour quatre •cinquièmes à TÉtat et pour un cinquième à peine aux actionnaires. Il arrive, dans ce cas, que l'État prélève énormément plus que ce qui représente les bénéfices dérivant du monopole, et la banque ne peut préalablement reverser sur les consommateurs un fardeau qu*elle ne connaît pas. De là semble évidente la grande supériorité des systèmes qui, au lieu de frapper la circulation de lourds impôts, que la banque rapporte ou non de gros profits, préfèrent, dans une certaine mesure, faire participer l'État à ses bénéfices.
93. Quand donc rémission des billets reste libre (et ce fait ne se produit dans aucun pays), l'État n'a pas plus de raison de frapper la circulation fiduciaire qu'il n'en a de frapper la circulation métallique; si la circulation fiduciaire se substitue en partie à la métallique, c'est qu'elle est moins coûteuse : en relever le coût artificiellement équivaut à en diminuer ou en annuler les bénéfices. La chose est d'autant nuisible que c'est la masse des consommateurs -de crédit, c'est-à-dire la masse du public, qui profite de toute diminution. Dans le cas, bien plus fréquent, de mono-
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pôle ou de privilège accordés à des sociétés particulières, la question comporte une étude faite à un point de vue tout différent. Dans ce cas, TÉtatqui représente les intérêts collectifs, exproprie les citoyens d'un droit — Texercice de l'industrie et de rémission — et il concède ce droit à un se ui ou à un petit nombre. Comme il s'agit d'une véritable expropriation, d*une limitation qui a lieu par suite d'une nécessité historique, ou pour cause d'utilité publique, il est bien naturel qu'il existe un droit corrélatif, et que, toutes les fois que l'industrie monopoliste ou privilégiée donne des bénéfices très élevés, à cause de sa position spéciale, l'État, qui a accordé le monopole, doive y participer.
Il ne faut pas oublier que toutes ou presque toutes les grandes banques d'émission ont obtenu leur privilège ou leur monopole à la suite de faveurs concédées à l'Etat, c'est-à-dire en vertu d'une transaction véritable intervenue entre eux. A présent encore, les banques à monopole ou privilégiées sont obligées de rendre gratuitement, en échange des concessions qui leur sont accordées, une série de services ou de prestations. Mais si, malgré tout, cette industrie est hautement avantageuse, il est bien naturel et équitable que celui qui a concédé le droit de monopole ou de privilège et qui, par le fait, a exproprié les citoyens d'un droit qu'ils possédaient déjà, restitue à ceux-ci une partie au moins des bénéfices considérables que rapporte à ces institutions leur situation extraordinaire. Mais frapper la circulation, comme matière d'impôt eon^/an^ par elle-même, et non point les bénéfices de banque, quand ils dépassent une certaine limite, équivaut presque toujours à frapper les consommateurs de crédit, et non point ceux qui ont obtenu une concession de l'Etal et qui sont, par là même, obligés à une contribution fixe ou variable. Quand l'impôt est léger, il finit par se répartir sur le taux élevé de l'escompte, sur les bénéfices de la banque et sur la somme totale des opérations faites par la banque. Même dans ce cas, il est puéril de croire que l'impôt soit payé par les bénéfices du capital
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seulement; mais, maintenus dans certaines limites, les préjudices sont moins grands. 11 n'en est pas ainsi dans le cas opposé.
11 est bon de se rappeler que rien, mieux que le crédit, ne rend prompte et facile la transmission des charges. Si les transactions se faisaient toutes en argent et se payaient toujours au moment de réchange, il n*y aurait pas de pertes ; la valeur du produit et du service n'aurait d'autres limites que celles que lui confère sa nature ; le crédit, au contraire, en stimulant les activités et en leur permettant de se développer dans une sphère bien plus vaste que l'échange, répartit entre tous ceux qui tiennent leurs engagements jusqu'au bout, les pertes provenant de ceux qui ne tiennent pas leurs promesses de paiement. Quand donc l'impôt sur la circulation dépasse certaines limites, les banques reportent la charge qui leur est imposée sur ceux qui usent de l'escompte. Dans certains cas, les banques pourraient diminuer leurs profits; mais quand les bénéfices de banque sont descendus jusqu'au taux courant des profits, il est impossible de les diminuer encore sans dommage et même sans la ruine de l'établissement. En d'autres termes, il s'agit d'un remède héroïque que l'on peut adopter dans des cas exceptionnels, mais jamais dans les circonstances ordinaires.
La circulation des banques n'est nécessairement en rapport ni avec les opérations qu'elles font, ni avec leurs profits. Il arrive que la circulation s'augmente de toute la charge des billets détruits et de ceux conservés grâce à la confiance même qu'inspire le numéraire. La seule circulation utile aux banques est celle représentée, comme contre- valeur, parle portefeuille et par les prêts. La Banque d'Angleterre, outre qu'elle est le véritable banquier de l'État anglais, opère, contre une légère indemnité, le paiement des intérêts de la dette publique; elle verse à l'État de 230 et 250 millions sterling par an, maigre somme, quand on songe à la masse de ses opérations. La Banque de France paie, chaque
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année, une contribution égale au produit du huitième de Tescompte de la circulation productive, sans que cette contribution puisse être inférieure à 2 millions. En Italie, les banques d'émission ont été assujetties à des contributions énormes; avant 1891, elles payaient 1,44 par centaine de lire de circulation! Et même à présent qu'elles fournissent beaucoup moins, elles versent une contribution double de celle de la Banque de France, qui est une institution très puissante avec plus de 3.500 millions de circulation ! On comprend bien que l'État, en concédant le monopole ou le privilège de l'émission, ait part aux bénéfices ; mais on ne comprend pas que^ par des charges énormes, il en vienne à annuler les bienfaits du crédit.
94.' Il existe quelques services publics, comme les roules ordinaires, dont on ne peut assurément laisser le soin à rindustrie privée; celle-ci serait insuffisante ; d'autres, dont se charge la collectivité pour des raisons d'ordre ou de sûreté, comme le monnayage; d'autres qui, tout en ayant un caractère spécial, comme la poste et le télégraphe, ne peuvent, parce qu'ils tendent nécessairement au monopole, voir leurs services assurés économiquement que par TÉtat; d'autres, qui ont un caractère encore plus incertain, comme les chemins de fer et les téléphones. Les raisons pour lesquelles le service postal et le service télégraphique sont toujours régis par TÉtat, dans les pays civilisés actuels, n'ont pas besoin d'être exposées tout au long; ce sont des raisons de bon ordre, d'exactitude, de. sécurité. La transmission de la parole écrite, par le moyen delà poste ou du télégraphe, doit être garantie contre tout abus possible. Le secret postal et télégraphique est, sans doute, mieux gardé par les employés responsables de l'État que par des compagnies particulières intéressées plus ou moins directement dans
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des vues de spéculation. La nature même de ces sejrmes les fait pencher vers le monopole; dans aucun pays civilise, des monopoles aussi délicats que la poste et le télé« graphe, qui intéressent la vie de la nation entière, ne aoat livrés aux mains des sociétés privées. 11 en est presque partout pour les télégraphes, à Tintérieur de chaque natioa; dans certains pays, les téléphones sont directement administrés par l'État. L'importance de ces entreprises publiques devient de jour en jour plus grande^ avec raccroi»sement des échanges, avec la multiplication des relations internationales, avec le développement de toutes les formes de l'activité économique.
11 y a à peine un siècle, écrire une lettre constituait daiiA chaque famille un événement; le style épistolaire étaîA soigné de telle sorte que, quand on publie d'anciennes lettres, nous y trouvons une idée de la lenteur et delà gravité avec lesquelles elles étaient généralement conçoear^ Sur l'origine et sur le développement du service postal, oa a écrit de nombreux travaux. Il est inutile que nous remontions jusqu'à l'antiquité. Si Ton devait faire l'histoire de toutes les institutions et de tous les services publics, on finirait par se perdre dans un labyrinthe de notices qui n'ont souvent qu*une médiocre valeur pour la nouvelle manière dont on en traite (1). L'État, pour des motifs d'universalité, de bon ordre et de régularité a donc assumé la charge du service postal^ sous forme de monopole, dans tous les pays civilisés.
Maintenant, la poste est, par-dessus tout, un service éconon^ico-social, en ce sens que, tout en rapportant un revenu
1. Sur les postes cf. Joyce. History of the Post Office, Londres, 1893; — Bblloc, Les postes françaises^ Paris, 1886; — Von Stepuan, Gesckichte der Pretissichen Poste, Berlin, 1859; — Vbrbdarius, Das liuch von der Weitposl, Berlin, 1894; — G. Birkbech Hill, Life of Sir Rowland Hill, Londres, 1895; — Lbwins, Her Majeslifs Mails, Londres, 18C4, et surtout Bainbs, Forly Years of the Post Office, Londres, 1895 et les grandes publications faites pour le 25* anniversaire de l'Union postale.
presque partout, ce n'est pas en vue d'en tirer un revenu par le moyen du monopole que TÉtat la établi. Le service postal est, par sa nature, un monopole; il répond à un besoin ressenti par la grande masse de la population. Enfin, l*Etat procure le bon marché beaucoup plus sûrement que ne le ferait l'industrie privée. La véritable organisation des postes ne date que de quelques siècles; l'organisation, sous sa forme actuelle, est un fait moderne. Bien plus, c'est dans ce siècle que les postes ont pris Ténorme développement qu'elles ont aujourd'hui. La poste ne s'occupait tout d'abord que du transport des correspondances; le transport des valeurs s'est fait bien plus tard. Dans le transport de la correspondance, on avait deux critères présents à l'esprit : le poids et la dislance (1). En Angleterre, en Allemagne, en Italie, la poste ne s'est développée que quand certaines règles de simplicité dans les tarifs, de précisions dans les règlements postaux, se sont substituées aux anciennes, qui rendaient tout développement impossible. Par exemple, tant que le poids et la distance ont été les deux critères qu'il fallait combiner dans les tarifs, l'échelle de ceux-ci en était venue à s'allonger nécessairement d'une façon démesurée ; l'on cherchait le plus possible à ne pas écrire, ou à recourir à d'autres moyens qu'à la poste, pour faire parvenir sa correspondance. La simplification des moyens, l'introduction, tout d'abord, de feuilles de papier postal timbré (dans le royaume de Sardaigne, en 1818, puis dans le royaume de Naples), feuilles ou cartons sur lesquels
1. Ea France, par exemple, une lettre payait, en 1676, 2 sous pour moins de 25 lieues, 3 sous de 25 à 60 lieues, 4 sous de 60 à 80 lieues. Si la lettre pesait plus d'une once, elle payait 4 sous pour moins de 25 lieues, et 10 au-delà de 80. En 1793, le gouvernement révolutionnaire accrut énormément les tarifs postaux : une lettre payait 4 sous pour un même département, 5 à moins de 20 lieues, 6 sous de 20 à 30 lieues, 7 de 30 à 40. etc. Une lettre, qui allait au delà de 180 lieues, payait quinze sous et davantage. C'était un système lourd et des plus compliqués, qui eut pour effet d'empêcher presque tout développement dans ia correspondance.
on avait appliqué un timbre, comme sur les cartes postales anglaises ou américaines de nos jours, tous ces moyens, qui ont précédé Tusage et la diffusion du timbre d'affranchissement, furent les premières causes de transformation.
Mais il y en eut une autre plus importante ; la suppression de l'échelle des distances, suppression qui, dans le principe, paraissait absurde : il ne semblait pas logique qu'une lettre dût payer la même somme, pour aller à 10 kilomètres, qu'une autre pour aller à 1.000. Et cependant ce fut cette modification si simple et, en apparence, absurde, qui, en simplifiant le service postal, lui donna le plus grand développement. Substituer un tarif unique aux divers tarifs proportionnels, gradués ou différentiels a été la véritable cause du grand développement de la poste.
En 1837, Sir Rowland Hill proposa cette réforme qui eut un si grand écho dans le monde entier. 11 s'agissait de réduire les tarifs et, même temps, de simplifier le service. La plus grande simplification venait de Tabolition des tarifs de distance : à l'intérieur du royaume et pour n'importe quelle distance, on payait toujours, pour des lettres ne pesant pas plus d'une demi-once (grammes 15,55) quatre pence, ce qui fait 40 centimes. Auparavant, on payait, en moyenne, de 70 à 74 centimes, de 7 pence à 7 1/2. La réforme de Sir Rowland Hill fut introduite à titre d'essai (la politique expérimentale, aurait dit Léon Donnât) en décembre 1839. L'auteur de la proposition n'était ni ministre, ni homme politique : c'était un simple particulier. L'effet immédiat fut tel que la réforme fut aussitôt introduite définitivement. Bien plus, la taxe de la lettre simple de 15 grammes 55 fut réduite à 1 penny, c'est-à-dire à 10 centimes. En même temps, on supprima la franchise parlementaire, en vertu de laquelle les députés pouvaient recevoir gratis 15 lettres par jour et en écrire 10.
En 1839, avant la réforme, on écrivait, en Angleterre, 78 millions de lettres seulement; en 1840, on en écrivit 169 millions; 227 en 1845; 410 en 1855. Aujourd'hui, le
Bcmbre des lettres expédiées chaque année ne se compte plus par millions; depuis un quart de siècle, il a dépassé le milliard et il est tout près, maintenant, de 2 milliards.
La poste offre un très grand intérêt pour le développement de la vie sociale. De là vient qu'on doit, autant que possible, la considérer non comme un moyen de proBt, mais bien plutôt comme un service public. C'est en Angleterre que l'État tire de la poste le plus grand bénéfice financier, environ 100 millions par an. En général, dans les pays d'Europe qui ont une population serrée et un vaste développement des voies de communication, la poste nous présente aujourd'hui une activité remarquable. Rien que dans les pays nouveaux, surtout en Amérique et en Afrique, elle présente un passif qui, en 1900, monte au maximum de 25 millions dans les États-Unis, de 5 dans l'Argentine, de 2,5 dans le Mexique (1). La rapidité des moyens actuels de transport par terre et par mer a permis un immense développement des relations et a, en quelque sorte, amené la véritable unification du marché. Uaes triplex, dont Horace voulait que fût cuirassé le cœur des premiers navigateurs, sert plutôt, maintenant que la navigation est relativement si sûre, à la construction des bâtiments.
Dans tous les pays civilisés, la poste est un service public monopolisé, dont les tarifs n'ont aucun caractère fiscal, mais sont presque partout assez pesants. La législation tend encore à réduire le plus possible les tarifs postaux (2).
95. Dans tous les pays civilisés, la poste ne se borne pas, aujourd'hui, au simple service de la correspondance; ce serait très peu pour une organisation si puissante. Si le service de la correspondance reste sa tâche capitale, bon nombre de services accessoires prennent, tous les jours,
1. Eq 1960, la poste a procuré à TÉtat un béDéfice net de 99 millioDS «D Grande-Bretagne, de 62,2 en Russie, de 68,7 en France et en Algérie, de 15,7 en Espagne, de 1,6 en Italie, etc.
2. Cf. BoucARD et JèzB, Finances, vol. l^', pp. 591 et suivantes.
une plus grande importance. Ces services accessoires sont, par exemple, en Italie : l"" les petits paquets; 2"* la transmission des valeurs par mandats-poste, mandats-carte et lettres de crédit ; 3<» le recouvrement pour compte de tiers 'en Italie et à l'étranger; 4° les abonnements aux journaux italiens et étrangers; 5* les caisses d'épargne; 6« le paiement des coupons de rente de la Dette publique, au porteur ou à vue; 7* la légalisation (pour le compte des ministères des Affaires étrangères et de la Justice, et des présidents des tribunaux, selon le cas) d'actes passés hors du royaume et d'actes passés à l'intérieur, afin de leur donner valeur dans d'autres circonscriptions judiciaires, et la légalisation des procès- verbaux et des sentences déjuges en conciliation. Tels de ces services sont limités, bien entendu, à Tintérieur du royaume, d'autres s'étendent aux rapports avec l'étranger. La majeure partie des États civilisés ont donné la môme extension à leurs services postaux et en ont encore créé quelques-uns, de nature très différente.
Outre le service des correspondances, la poste en a donc organisé d'autres qui ont véritablement le caractère de services de banque. Les mandats-postes et les mandatscartes servent au transport des valeurs : c'est là un service pour lequel on recourait jadis aux banquiers, contre des droits peu élevés. (Encore maintenant, dans nombre de contrées, les établissements d'émission délivrent gratuitement des valeurs de change.) Mais, en recevant les économies et en leur payant un intérêt, la poste rend un service qui semble appartenir exclusivement à la banque. Puisque l'État est contraint à son tour, en Italie, de prêter, par l'entremise de la Caisse des Dépôts et Prêta, la somme qu'il a reçue en dépôt, on trouve bien là les deux opérations fondamentales desbanques : le dépôt etl'escompte. En Autriche, la poste impériale a un service de banque non moins important : celui des chèques^ payables dans tous les bureaux de l'Empire (1). Le mouvement postal est un indice sûr du 1. Sar la très grande importance que peut avoir cette institation au
mouvement des affaires, dans chaque pays; c'est^ pour le moins, un indice de très grande valeur, de sorte que les statistiques postales ont une véritable importance économique et commerciale.
Puisque, dans bien des États, la poste recueille l'épargne populaire, il est nécessaire qu'elle l'emploie. Par suite et pour d'autres raisons non moins importantes (garde des cautionnements, des dépôts judiciaires, etc.)« de grandes institutions d'État se sont fondées^ dans nombre de pays sur le type de la Caisse des Dépôts et Consignations de France, de la Caisse des Dépôts et Prêts d'Italie, etc.
Ces institutions sont généralement séparées du Trésor d'une manière très nette, et fonctionnent sous le contrôle de l'autorité législative : elles ont presque partout une grande importance et un maniement de fonds en général gigantesque pour leur importance, mais limité par la loi quant à l'emploi à en faire (titres d'État et dans quelques pays titres de localités et prêts qui leur sont faits, etc.).
Actuellement, le développement postal et télégraphique est devenu plus facile par l'augmentation des rapports internationaux et des conventions qui se font tous les jours, même avec les États les plus éloignés. Les conventions internationales, postales et télégraphiques, qui ont créé un grand office à Berne, lequel agit comme clearing kouse (chambre de compensation) entre tous les États, ont rendu singulièrement facile le mouvement des communications. U Union postale universelle a été fondée en 1874 et constitue un seul territoire pour l'échange réciproque de la correspondance entre les bureaux de poste des pays adhérents. Développée par la suite dans des conventions successives, elle constitue un des plus grands événements de l'histoire civile, et a donné naissance à la plus grande union qui ait jamais existé dans le monde, entre 1.075 mil-
point de vue social, cf. Walras, La Caisse d'épargne postale de Vienne, dans A. de E, P, de mars 1898.
lioDS d'habitants, dispersés sar 102 millions de kilomètres carrés. Non seulement V Union postale de Berne agit comme un puissant bureau d'information, mais elle règle, en grande partie, les relations postales entre les différents États et surtout elle agit, nous venons de le dire, à la façon d'un grand clearing house.
NOTE
En 1898, d'après TOffice internatioQal de Berne, on a expédié, sur tout le territoire de TUnion, 20.408 millions de correspondances; 50 millions de lettres et paquets, avec valeurs déclarées de 48.471 millions de francs; 388 millions de paquets; 36 millions d'ordres de recouvrement pour un montant de 2.269 millions de francs et enfin, 2.100 millions de numéros de journaux servis par abonnement postal.
Mais les divers pays d'Europe ont participé à ce mouvement d'une manière très inégale.
11 nous parait bon d'indiquer le nombre des lettres et des cartes (pour le dedans et pour le dehors) et la valeur des mandats postes (pour l'intérieur), dans quelques-uns des principaux pays.
Nombre Nombre Valeur des mandats
des lettres des cartes postes pourrinténeor en millions en millions de fr.
France 682 49 789
Allemagne 1 664 478 7.703
Autriche 432 160 1.231
Hongrie 105 46 614
Grande-Bretagne . . 1.893 336 1.276
Russie 201 50 »
États-Unis d'Amérique 2.687 527 891
Italie 137 67 865
Il faut bien comprendre que le mouvement des mandats-postes est un indice de médiocre importance; les pays dont le système de banques est plus développé, comme les États-Unis, l'Angleterre et la France, recourent bien plus aux banques qu'aux bureaux de poste.
Le? lettres ordinaires, dans certains pays modernes, ont atteint le total de 3 milliards, comme aux États-Unis; dans la Grande-Bretagne, ils en ont déjà dépassé 2, lait remarquable, si l'on tient compte de la population; l'Allemagne, si merveilleuse jdans son développement, se tient à peu de distance de la Grande-Bretagne. Dans les pays plus puissants, comme les États-Unis, au moins 7 à 8 milliards de lettres et autres objets de correspondance passent, chaque année, par lesbureaux de poste.