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VI. — LES GRANDS MOYENS DE TRANSPORT : LES CHEMINS DE FER

98. Certaines industries, nous l'avons dit, par leur caraotère même et par leur nature, intéressent plus que les autres la collectivité et tendent inévitablement à prendre la forme de monopoles. Or, l'État et les pouvoirs locaux sont portés à les monopoliser pour leur compte, ou à les faire exercer sous leur contrôle. Ce qui, dans la vie de TÉtat, existe pour les chemins de fer existe aussi, dans la vie locale, pour les distributions d*eau, pour les moyens d'éclairage, de transport, etc. Ce sont des industries où, très souvent, la concurrence n*est pas possible, n'est point avantageuse pour la société.

La question des chemins de fer^ les systèmes de construction et d'exploitation des voies ferrées ont donné lieu à d'innombrables études. Nous ne ferons qu'effleurer ce sujet. On a construit, dans le monde entier, 800.000 kilomètres de lignes ferrées ; l'on a eu recours, dans tous les pays, aux systèmes de construction les plus différents et aux modes d'exploitation les plus variés. De 1830 à nos jours, en beaucoup moins d'un siècle, la terre s'est presque toute couverte de voies ferrées. L'Amérique et l'Europe sont déjà traversées, en tous sens, par des chemins de fer ; l'Australie a de grandes lignes; l'Asie sera d'ici peu traversée d'un bout à l'autre par le Transsibérien ; l'Afrique ne tardera pas à posséder une ligne ferrée qui réunira Alexandrie et Gap-Tovrn. Ce sont là des progrès à peine vraisemblables, quand on songe que ceux-là vivent encore, qui se souviennent d'avoir entendu Thiers affirmer, en plein Parlement français, que la France ne pourrait jamais construire 6 lieues de chemins de fer par an. Que de choses il craignait et que de choses on craignait dans ce temps-là! Il n'y avait pas assez de fer, disait-on, pour construire les lignes les plus importantes ; la fumée de la machine à vapeur ruinerait les campagnes; les étincelles y mettraient le feu ; les petits centres seraient

ruinés... Célèbre est le conseil que donnait à Stephenson ]*éminent sir Astley Cooper : il ne devrait jamais tenter de généraliser sa découverte, vu qu'il en résulterait d'immenses dommages. 11 suffirait, disait Cooper, qu'une vache se mtt en travers de la voie pour perdre un train. Tant pis pour la vache, disait Stephenson. L'objection de la vache se repré* sente pour toute nouveauté dans le monde.

D'aprèslesplus récentes statistiques concernant les voies ferrées, l'Europe possédait, à la fin de 1900^ 285.524 kilomètres de chemins de fer; l'Amérique 402.703; l'Afrique 18.467; l'Asie 60.725; TOcéanie 18.732 (1). Les États-Unis ont, à eux seuls, plus de chemins de fer que toute l'Europe. Travail gigantesque qui n'a pu s'accomplir sans de grands sacrifices d'une part, sans d'immenses dépenses de l'autre. Aucune guerre n'a jamais tué tant de soldats que la construction des chemins de fer n'a coûté d'individus; l'exercice même de cette industrie présente, chaque année, toute une série de risques et un grand nombre d'accidents. Les

1. D'après la statistique pubUée dans le Bull. S. L. C. de juin 1902, saivant les données les plas récentes, voici, à la fin de 1900, quel était l'état des chemins de fer dans les principaux États :

Longueur. Superficie. Habitants. Longueur.

des lignes pour parmyriam.

en kilom.

en kil. carrés

millions

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