CHAPITRE XI
§ 264. L'observation des altérations des structures sociales f[ui accompagnent l'altération des fonctions sociales fournit une vérification des idées générales que nous venons d'exposer dans le dernier chapitre; nous y retrouvons des preuves de Fanalogie des organismes sociaux et des organismes industriels. Dans les uns comme dans les autres, il se fait une métamorphose à la suite du changement qui fait passer ces organismes de la vie errante à la vie sédentaire; dans les uns comme dans les autres, il se fait une métamorphose à la suite du changement qui fait passer des organismes d'une vie où l'appareil interne, autrement dit d'entretien, joue le rôle principal, à une vie qui exerce l'appareil externe, ou de dépense; dans les uns comme dans les autres se fait une métamorphose inverse.
Chez un grand nombre d'invertébrés, annelés et mollusques, le jeune passe par une phase primitive durant laquelle il se meut en tous sens activement. Bientôt il s'attache à un habitat fixe; il perd ses organes locomoteurs et ses appareils directeurs, et acquiert les organes dont il a désormais
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besoin pour s'approprier les alimeats qae le milieu lui fournît, et son sjslèiae d'entretien s'agrandit rapidement. Le passage de la larve à l'état pariait chez les insectes nous a familiarisés avec nne transformation d'un genre iopposé. Entourées de substances alimentaires, la phalène oa la mouche à venir développent à peu près exclusivement leur appareil d'entretien; elles n'ont que des membres rudimentaiiw ou n'en ont point da tout^ et ne possèdent que des s&as rebtîveme&t imparfaits. Après avoir subi une croîsfianœ énorme let accumulé beaincoup de matériaux plastiques, elles se mettent à élaborer leurs organes exieroes avec leur iqipareil réigulateur propre» tandis que leurs organes de nutiition dimione^ d'imponUince; de la sorte, ces ittsectes se mettent <en état d'entrer aciiveinent en rapport avec les êtres environnants.
La seule chose coramnne à ces %&ares opposés de onétamoipbose, ipie nous ayons & cansîdéirer^ c'est que les deux fmds systèmes d'appareils destinés à accomplir leapedi* cément les adtes eHérieurs et les actes intériems s'effa* cent 0a «'accusent d'après la vie que l'agrégat mène, âass doute, faute de types sociaux défiais qui soient fixes par hérédité, nous ne pouvons ixttstater que tles anétamorphnses sociales soutiewaent des lektieBS aîasi définies avec les ebafogenients de vie produits dans un ordre défini, maÎB l'anaiogie peroM d^admettre ce que nous avons en 4^k des raisons de ocmclure : à savoir, que les appareils ertenniB «it inlernes, avec leurs appareiis régulateurs, s'aocroiâniM <m dimiuuercnit chacun sékm ^ue ra4Stivilë sociale devient plus «ailitaiHe on pUn indostriette.
§ 265. Avant d^xaniner cpielles sent les casses des métauiorpbos^, oiiservoss ee «qm les enptebe. le viens de
faire entendre que, lorsqu'une société ne tire pas une structure spécifique d'une lignée de sociétés ancêtres qui ont mené une vie semblable à la sienne, elle ne saurait subir des métamorphoses d'après un mode et dans un ordre précis : les effets des influences ambiantes l'emportent sur ceui des tendances héréditaires. Il convient de présenter ici la réciproque, à savoir que, lorsque plusieurs sociétés issues d'une autre ont suivi des carrières semblables, il en résulte un type si bien réglé dans le cycle de son développement, de sa maturité et de sa décadence, qu'il résiste aux métamorphoses.
On peut citer comme exemple les tribus non civilisées ; elles montrent peu de tendance à modifier leur activité sociale et leur structure sous l'influence des changements des conditions extérieures : elles périssent plutôt que de s'adapter. Gela arrive même chez des variétés humaines supérieures, par exemple chez les tribus arabes nomades. Les Bédouins modernes nous offrent une forme sociale qui, autant que les faits nous permettent d'en juger, demeure essentiellement la même depuis plus de 3000 ans, malgré le contact de civilisations adjacentes ; il y a des preuves que chez certains Sémites le type nomade s'est si bien imprimé, même dans l'antiquité, qu'il trouve son expression dans la religion. C'est ce que prouve l'injonction rëchabite : a Vous ne bâtirez point de maison, vous ne sèmerez point de grain, vous ne planterez point, et vous n'aurez point de vigne, mais vous vivrez toujours sous la tente; » enfin M. E.-W. Robertson indique que < l'une des lois de l'ancienne confédération nabatéenne défendait, sous peine capitale^ de semer du blé, de bâtir une maison, de planter un arbre... C'était un principe admis et incontesté chez le nomade qu'il fallait réduire le pays qu'il
envahissait à l'état de désert et de pâturage... Cette conduite lui semblait un devoir religieux. »
Le changement de l'état nomade à l'état sédentaire, em* péché par la persistance du type social primitif, rencontre aussi d'autres obstacles.
€ Un coin de terre porte rarement plus d'une récolte, nous dit le lieutenant Latter en parlant des tribus montagnardes des bords du Kuladyne (Arracan) ; les années suivantes, on choisit d'autres endroits de la même manière, jusqu'à ce que toutes les terres à l'entour du village soient épuisées; alors la tribu part pour un autre pays, y élève de nouvelles habitations, et y recommence la même pratique. Ces migrations se font environ tous les trois ans, et c'est par là qu'on calcule de longues périodes de temps; ainsi un Toungtha dira que tel ou tel événement s'est passé il y a tant de migrations. > Cela est vrai de toutes les tribus montagnardes del'Inde. Évidemment cette pratique, causée en partie parla turbulence transmise par les ancêtres, Test en partie aussi par l'état rudimentaire de l'agriculture, parce que les moyens manquent qui permettent de rendre indéfiniment fertile le sol d'un pays où la population est dense. Cet état intermédiaire entre la vie nomade et la sédentaire est commun dans toute l'Afrique. On remarque que « la société en Afrique est une plante herbacée, sans tige solide et durable; qui croît avec vigueur, qui décline rapidement, et qu'on peut brûler entièrement chaque année sans diminuer en rien sa fécondité générale. » Reade raconte que les naturels de l'Afrique équatoriale changent continuellement le siège de leurs villages. De même, Thomson dit que chez les Béchuanas <c les villes sont souvent assez considérables pour contenir plusieurs milliers d'âmes; et cependant un caprice du chef suffit à les déplacer tout comme un camp d'Arabes. » Un
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semblable état de eboses existait dans TEorope primitive : des familles et de petHs groupes de chaque tribu éra%raic9it pour passer d'une partie du territoire de la tribu à un autre. Ainsi la transition qui mène des villages len^raires de chasseurs comme les Indiens de l'Amérique du Nord, et des campements temporaires de horde& pastorales, aux société agricoles sédentaires, est graduelle; la peuplade reprend fréquemment son genre de vie eA ne. l'abanàernue^ définitivement qu'avec lenteur.
Lorsque nous étudiions les métamorphoser sociales qui suivent les modifications de Factivîté sociale, nous ne devons pas oublier les résistances au ehangesnent que le tfype social bérédiitaîre présente, ni celles qui provîe&nent de la persistance d'une partie des anciennes eondÂtions. Ea outre, nous pouvons prédire on retour en arrière si les anciennes conditions se mettent de nouveaa à prédesnkier.
§ 96&. Les transformations du type militani en type industriel, et de ^industriel au militant,, ont en ce Uionheni pour nous un intérêt capital. Nous avons surtout, i noter comment le type imlustriel, partieUemadi développé danfr un petit nombre de cas, rétrograde vers le type militant si des conflits intematicuanoa reviennent & éclater.
Lorsque nous avons oranparé ces deux types sociaux, nous avons vu comment la coopération obligiatoîre q/àe Tactivité militaire nécessite contraste avee la cocfération qui inqpose une activité: industrielle développée^ nous axons vo aussi que, lorsque lasystème régulateur coercilif^ propre au premier, accssèd'êtreaussirigide, le système régulateur non co^citif, propore au seeoiul,. commence à se produire à mesure que l'industrie fleurit à l'abri de la guerre. Le grand moofeiaenit libéral qui a transformé toutes les disposi-
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lions politiques de l'Ângleiarre pendant lalongue période de paix qui a commencé en 4815 en fournit on exemple. Nous en trouvons un autre en Norwège, où l'absence de gnenres et le développement des institutions libres ont mardié parallèlement. Hais un point réclame notre attention : c'est Fexamen des faits qui prouvent que le retour aux habitudes belliqueuses redéveloppe le type militant de stmctcnre.
Sans însisler sm* les faits que nous présente l'histoire ancienne ni la chute den fms répétée, de la république néerlandaise naissante, qui est devenue une monarchie sous rinfluence rétrograde de la guerre, ni sur le renversement du gouvernement pariementaire au profit du gouvernemeni despotique, résultat des guerres du Protectorat en Angleterre, ni sur les effets qu'ont eus, en France, les guerres de conquêtes^ qui ont changé la République en un despo* tisme militaire , il nous suffira de considérer les faits des dernières années. Depuis l'établissement d'^nn régime cen*^ tralisé plus fort en Allemagne grâce i la guerre, un régime plus coereitif s'est organisé ; nous le voyons dans la manière dont Bismarck traite les pouvoirs ecclésiastiques ; dans la théorie de Moltke d'après laquelle la sûreté du pays, qu'il faut préserver d'une attaque venue du dehors, et où il faut maintenir Tordre au dedans,, eiige que le budget de l'armée ne dépende point cTun vote du Partemeul ; enfin dans les mesures prises récemment pour centraliser l'autorite que TÉtat exerce sur les diemins de fer allemands. Ea France, nous voyons le chef de l'armée devenu le chef de l'État, l'état de siège né de la guerre maintenu dans plu» sieurs parties du pays, et la conservation des mesures restrictives de la liberté sous un gouvernement qui se dit libre. Mais les changements du même genre subis récemment par la société anglaise fournissent les exemples les plus frap-
pants, parce que le type industriel s'est plus développé en Angleterre que sur le continent, et qu'il y a plus à faire pour rétrograder.
Les guerres qui ont eu lieu et les préparatifs en vue de guerres possibles ont concouru à produire ces changements. D'abord, depuis Tavènement de Louis-Napoléon, point de départ de ce changement, l'Angleterre a eu la guerre de Crimée, la guerre suscitée par la révolte de l'Inde, la guerre de Chine, et les guerres plus récentes et moins sérieuses d'Afrique. En second lieu, et surtout, nous avons assisté au r ^développement de l'organisation militaire et du sentiment militaire, sous l'influence du redéveloppement qu'ils recevaient ailleurs. Chez les nations comme chez les individus, une attitude menaçante engendre une attitude défensive ; c'est une vérité qui n'a pas besoin qu'on la prouve. Tout ces motifs ont donné lieu chez nous à l'augmentation des dépenses pour l'armée et la marine, la construction de fortifications, la formation d'une armée de volontaires, l'établissement de camps permanents, la répétition des manœuvres d'automne , et la construction de bâtiments militaires dans tout le royaume.
De tous les signes qui marquent ce retour au type militant^ nous devons mentionner d'abord le réveil des fonctions déprédatrices. Un appareil destiné à l'action défensive, et propre aussi à Toflensive, ne manque jamais de la mettre en jeu. C'est ainsi qu'à Athènes l'organisation militaire et navale, qui s'était développée pendant la lutte avec l'ennemi étranger, ne tarda pas à s'employer pour l'agression ; c'est ainsi qu'çn France l'armée républicaine victorieuse, qui s'était formée pour repousser l'invasion,, ne tarda pas à devenir un instrument d'invasion; c'est ce qui arrive d'ordinaire, et il en est de même pour l'Angleterre. En Chine,
dans rinde, en Afrique, dans l'Archipel indien, le gouvernement anglais trouve des raisons (l'agresseur n'en manque jamais), pour étendre son empire, sans recours à la force si c'est possible, par la force si c'est nécessaire. Après l'annexion des îles Fidji, cédées volontairement, parce que les indigènes ne pouvaient faire autrement, voilà qu'on propose encore de prendre possession des îles Samoa. On accepte par voie d'échange un territoire soumis à certaines obligations par un traité, puis on ne tient nul compte de ce traité, et l'on y trouve un motif de faire la guerre aux Achantis. A Gherbro, les conventions du gouvernement anglais avec les chefs indigènes introduisent le désordre partout ; l'Angleterre y envoie des troupes pour mettre fin aux troubles, et aujourd'hui elle allègue la nécessité d'étendre sa domination sur un plus grand territoire. Même chose encore à Pérak. Un résident, placé auprès d'un prince indigène pour donner des conseils, devient un résident qui dicte des ordres ; il élève au rang de sultan le candidat le plus souple au lieu de celui que préfèrent les chefs indigènes ; il provoque des résistances qui fournissent un prétexte à l'emploi de la force ; alors il trouve nécessaire d'usurper l'autorité. Sa proclamation est déchirée par un indigène : un de ses serviteurs tue l'indigène, et à son tour le résident est tué. Alors, sans rien dire du meurtre de l'indigène, on pousse des cris de vengeance pour le meurtre du résident, et une expédition militaire établit sur place Tautorité britannique. Que ce soit pour mettre à mort les Karens qui résistent aux inspecteurs qui veulent pénétrer sur leur territoire, ou pour demander aux Chinois de venger la mort d'un voyageur anglais sur quelqu'un, en vertu de la doctrine qu'un voyageur anglais doit être sacré partput où il lui plaît de pénétrer, le gouvernement de la Grande-Bretagne ne man-
Spencer. II. — 12
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que jamais de prétesie >pour soulever des éifSéreikls ^i soient imaliàre à oonquête* La'Chambpeides oomoEiiines^eitla paresseiseiiDûntrent animées du mêinesfiprît. Pea^nJ;]tQfi«débat relatif à l'achat du canal de Suez, le premienmÎDistre, £gdsaDt alln&ion à ranneioian possible de iFiÉgjipte, âisait fne lefpeupde aurais voulait :1a conser^valionfàe TeinpiseihntaDnîéfue et « ne s'alarmerait pas de le voir s'élendre ». L'on 0fi9i\rait ces paroles d'applaudisaemeitfes. TxbA vàDemmeat, un journal, qui prêche chaque semaine )la jprqpagaticm^e la M ichràtienne par des espéditioiis de ilihnaliers, -soutenait ,qu'il était temps d'effacer le Dahomey «de la carte, et s'écriait : « Prenons Ouidah, et que Jês isauffages <viewtnent. le reprendre. »
A présent que nous. avcMffi observé (Oe vedouor du développement de la force armée et ce réveil de l'expiât idépuédatenc» nous pouvons r^amarquer une chose qui mous îoitéirefifie principalement,. à sautoir le retour vers le Lype militant dans nos institutions en général, l'extension de Ja joentralisalion et de la réglementation. D'^ord nous l'obsûrvons dans k gouvernement lui-rméme : ies fonctions des cours martiales relatives aujL .désastres de .mer sont .usurpées .par l'adminifrtriition centrale de la imarine; un iminîstre demaurant à Londres limite d'autorité les pouvoirs, du ^uvernedoaent d^ l'Inde; enfin les corps administratifs des comtéi^ désireux de se décbai;gâr d'une part des .fardeaux qui pèsent sur leur localité, en la. rejetant sur l'ensemble de la nation, cahaudonnent en même .temps jine partie >de Jeur pouvoir. L'autorité militaire tend iusurper parloujt la place de l'^Atonité civile : il y a des chefs nûlitaires tde lapolice.métE€poLitaina et de la police provinciale ; des militaices £en^)lifi&ent des emplois dans le conseil des travaux et .dans Ae département de l'industrie ; les inspecteurs des .chemins de fer sont des
militaires ; enfin certains corps wuBicipaux des provinces nconment des iniyors et des ci^pdtaines à de petits emplois eivils dont ib disposent. Le résultat iinévîtable de oi^ chaagemeots, c'est que le laagage de radmioîstration a£&raie plMs Vau^toribé et respecte moins les droits des particuliers^ Nous reconnaissons l'esprit de ce système idans la plam U TapplicatÀM des lois sur les maladies contagieuses, lois qui émanent d^s miniôtères de la guerre et de ia marine, qui feulent aux ipieds Les garanties de la liberté individuelle assurées par la eonsiituiion, et qui sont appliquées par une police centrale affiranchie de toute responsabilité envers Id^ autorités locales. Un eaprit semblable a dioté les pxtescrîp*tions sanitaires, qui depuis plusieurs années preniMnt de l'extension, et ont divisé le pays en plusieurs centaines de districts confiés à des médecins payés par le gouvernemânt central et somuis à sa surveillance. L'organisation de la profession médicale a subi elleniième un changement anv logae : on ne tolère plus que des conporations iadépen-dantes donnent des diplômes ; on veut unifier ce service €ft adopter un seul mode d'examen. L'administration de la loi des pauvres s'est centralisée davantage ; la liberté d'action des conseils d'administration a été peu à peu réduite par les <Nrdpes du conseil de gouvernement local. Bien plus^ les cen* tires régulateurs de Londres ont absorbé les fonctions des centres régulateurs provinciauK, mais en même temps ceuir d ont usurpé les fonctions des compagnies industrielks locales : dans beaucoiip de villes, les ^nunicipalités se «oot ûtites distributeurs du gaz et de l'eau, et Ton inaiste aujour'd'bni pour que l'on ifasse la même chose à Londres; et, chose assez significaUve, le prôneur de cette idée esl un partisan enthousiaste de l'esprit militaire. Ge n'est pae tout : les autorités publiques <sont devenues entfiepre&ettrs
de bâtiments. La construction de maisons de petite dimension, n'étant plus rémunératrice pour les particuliers à cause des frais que la loi impose, les municipalités s'en chargent dans les villes de province. A Londres, le conseil métropolitain ayant proposé que les imposés payassent tant pour bâtir des maisons destinées aux pauvres dans le district d'Holborn, le secrétaire d'État a dit qu'il fallait payer davantage ! C'est encore poîir la même raison que les télégraphes, appareil qui s'est développé comme partie de l'organisation industrielle, sont devenus une part de l'organisation gouvernementale. Un autre exemple de la tendance qu'ont les appareils gouvernementaux à s'accroître aux dépens des appareils industriels, c'est le zèle qu'on a mis à plaider en faveur du rachat des chemins de fer par l'État, qui n'est ajourné pour le moment qu'à cause de la perte que la nation a subie par suite de l'achat des télégraphes. Nous voyons jusqu'où va cet esprit de centralisation, quand nous jetons les yeux sur les projets d'exercer la philanthropie par la force : on fait appel à la puissance de l'État pour améliorer la conduite du peuple ; on ne veut pas voir que les restrictions apportées à la conduite des individus par des règlements anciens, abolis récemment comme des mesures tyranniques, avaient été inspirées par des motifs semblables à ceux d'aujourd'hui. On veut rendre les gens sobres en les empêchant de boire, en restreignant la liberté qu'on a eue jusqu'ici d'acheter et de vendre certains articles. Au lieu d'étendre le principe propre du régime industriel, qui veut qu'on cherche des remèdes prompts et à bon marché aux maux, grands ou petits, que les citoyens s'infligent les uns aux autres, les législateurs étendent le principe qui veut qu'on les prévienne. Les arrangements introduits dans les mines, les manufactures, les vaisseaux, les
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garais, les boulangeries, et même les cabinets d'aisances des maisons privées, sont réglés par la loi et soumis à la surveillance de fonctionnaires. Veut-on porter remède à Taltération des denrées , ce n'est pas au moyen d'une punition prompte et certaine qui frappe la violation d'un contrat, c'est par la surveillance d'analyseurs jurés. Les Anglais ne seront plus obligés de payer les services qu'ils recevront^ de l'argent qu'ils auront gagné par un travail effectif, ainsi que le veut la loi de la coopération ; ils les recevront sans les mériter par un effort proportionné : sans avoir rien fait pour cela, tout Anglais aura à sa disposition des bibliothèques libres , des musées locaux libres , etc., aux frais du public ; on prendra sur l'épargne des plus dignes de quoi donner aux moins dignes qui n'ont point épargné.
On admet tacitement que Tautorité de l'État sur les citoyens n'a pas de limite assignable, hypothèse propre au type militant, et en même temps on ajoute une foi absolue au jugement de l'État, foi qui est encore un caractère propre au type militant. On lui abandonne lé soin de veiller sur la santé du corps et sur celle de l'esprit^ sans élever le moindre doute sur sa capacité. Après avoir lutté des siècles pour détruire une puissance qui imposait aux hommes ses doctrines au nom de leur prétendu bonheur éternel, on invoque aujourd'hui une autre puissance qui impose ses doctrines aux hommes pour leur prétendu bien temporel. On croyait jadis que la contrainte en matière d'enseignement religieux se trouvait justifiée par le jugement infaillible d'un pape ; on suppose aujourd'hui qu'elle trouve sa justification en matière d'instruction séculière dans le jugement infaillible d'un parlement ; et voilà comment, sous peine d'emprisonnement pour ceux qui résis-
182 PRINCIPES DE âOCIOLOGIB
lefirt, Ym éedblk une édtieatioA vmwMB m fond , mas-*'
taise dans la former, et mauvaise enfin daiiis Tordre.
ïi est mévitabld que ce retour ei^ ayrîère atec le système sœial de la contrainte^ qui aecompârgn^ le wt(mr ters le type militant, n'aille pas sans un cbdngemeiit de sentimeists qui lui corresponde. Au fond, le torisme soutient la puis^ sanee de l'Élat contre la liberté de Viffiditid» ; et Tcsseoce du libéraliSiïie est de lutter pour U liberté de Tindivvto contre la puissance de l'État.. Au li^ que^ daraol. la période de paix, la liberté individuelte^ s'est tromvée éteiH due pat l'abriiticm des incapacités r)&ligieuaeSy l'élablidse^ meut da libre éebangey la suf^reseioii de» restrictions de lapresse^ etc. ; oit a vu, deptiis cfue le m<ii»vemeiit de «eeul a commencé, 4e parti, qui avait réalisé ces changements^ rivaliser avec le parti opposé pour multiplier les ada»mâ« tratioBS de l'État,, qui diminuent la liberté individuelle. On peut voir d'une façon décisive y dans Faâaira du caaal de Suez;, à quel point on a négligé les principes d'un gouv^neiKienl lU)re, et combien ce changement se trouve directe*^ ment lié aux sentianents que l'action militante favorise. Le mînistôre a fait là une démarche quî^ poor ne rien dire dee £raie> engage la nation dans des complications sérieuses; il s'y est pris de manière que les représentants du pays n'eus* sent que de nom et point en réalité le pouvoir de le ren* verser ;. au lieu d'une protestation contre ce mépris des principes constitutionnels , il a recueilli des applandissemeats unanimes. Il s'est excusé en alléguant des nécessités militaires, et tout le monde a accepté cette excuse. La rapidité de l'action du centre coordinateur qui dirige les opérations (^Eansives et défensives exigeait, disait-on , qu'on laissât le Pifflement dans l'ignorance de ces négociations et qu'on suspendit par conséquent Taotorité du pays. Le sentiment
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général ,. Fépondaiit à ee prétendu; besoin àe conserver les eonipiébes de Ism couToane britannique, ne 3& bornai pas à {vardonaer : il se r^ouit haotemen&de ce rettdirraa régûne ndilaîre;
§ %1^ NatisreUeinent, lesimétamorpfaosesrsoeiales se^ccmir pKqaent éa«s^ chaq!i& cas desteffet^de eaisse» spéciates^quûne sont jamais deux fois les mêmes^ et die» »^esi trovvent mascpiéesu Quand le dé3iQsk!)ppement soeiai) s'opère) rapidement les chasfemente die^stamcture qui acxsampagflentl'acenMssemeni d« maeie.ss^eQinpUGpieni dschangenente de sfiruftHnire fû ré^flteni. de b micuiificalioa da t^pe. En oiMve,. il est dîftfidle de dégaesxr tes fail», par fa laiaon foelear dftux grands STalttinas d'otganes ,. cem d'entretîea et ceux de- Uaelâoii exléiiesre^ se: dérelioppent sisnultanémesi. C'est ce qui aciLTe- dons le sQJet <pi nous occupe.. Le redévetoppement d'appareils propres à. l'action exAerne,. qme nous venoMia^ite dlécriffe^ et te retour au système social oompatible a^c cas appareils y n'ont pas avrété; le développement des app»r reîl& d'entretiiea et èa systèine sociai qu'ils fapvoffiâeat.. De ]à résvltenl de» eiiangesienta opposési à cevx que noue ^tenons dt'énamérer. D'»ne part le réveti de l'ésptit ecclésiaâr tîcpie^ dont le principei cardinal esÊ IfaffîrmalîaB dtt: TautoH ftté^ est en harimonie srree ce r^iil tcer» le type^ militant; d^afiitre port, l'angnMevlatbni des divisions dans FÉgIiae\ l'aEâanalion pbis »)uvent répétée^ dti jugement iiidi(vid«el<y et le relâchement dm dogmer, sont « harmioaie »^ee te mouive^ ment contraîrev Ta(Ddis<<pie le noweai&systèmedi'éducaiiaii, fMT tend à reprodiâre L'uniformité d'on réj^ment,. reçoit à diaqiie ¥oèe da Parkment nn peu plua ée rû^té^ lesaur cittM sjsièmes d'éduGataon des» écries publiques et des uni^ ^«rgilés devienœat ptas pl^Uqire» et inoiu ufiifiMrmes.
D'une part, TÉtat intervient dans l'emploi du travail, ce qui n'est point du tout d'accord avec lé principe de la coopération volontaire ; d'autre part, on ne va pas jusqu'à renoncer à la politique du libre échange, dont l'évolution indus* trielle étend l'empire. C'est que, tandis que l'ancien système régulateur de contrainte a été aboli partout où il est devenu intolérable, il se redéveloppe partout où la gêne qu'il cause n'a point encore été sentie.
Ajoutons que l'immense transformation que les chemins de fer et les télégraphes ont causée subitement, ajoute à la difficulté de suivre la marche des métamorphoses sociales. Dans le cours d'une génération, l'organisme social a passé d'un état semblable à celui d'un animal à sang froid, pourvu d'un appareil circulatoire médiocre et de nerfs rudimentaires, à un état semblable à celui d'un animal à sang chaud, pourvu d'un système vasculaire complet et d'un appareil nerveux développé. C'est à cela plus qu'à toute autre cause que sont dus les grands changements d'habitude^ de croyance, de sentiments, qui caractérisent notre génération. Evidemment, l'évolution rapide des appareils distributeur et internoncial est venue en aide à la fois au développement lies deux organisations industrielle et militante. D'une part, elle a facilité immensément les fonctions productives; d'autre part, elle a favorisé la centralisation, qui est le caractère du type social exigé par les actions offensives et défensives.
Mais, en dépit de ces complications qui masquent la métamorphose, si nous comparons la période comprise entre 1845 et 1850 avec celle qui s'est écoulée depuis cette dernière année jusqu'à ce jour, il est impossible de ne pas voir qu'avec l'accroissement des armements, la fréquence des conflits, et le réveil du sentiment militaire, la réglementation coercitive s'est accrue. Si la liberté de l'individu 6'est
trouvée agrandie nominalement par l'extension du droit de suffrage, elle a été réellement amoindrie de diverses ma-* nières , tant par les restrictions qui font respecter des fonctionnaires toujours plus nombreux créés pour cela, que par les impôts obligatoires qu'on lève pour assurer à tous, à leurs frais, des avantages que chacun devait jadis s'assurer de lui-même. Incontestablement, il y a là un retour vers la discipline coercitive qui domine la vie entière lorsque le régime militant est prédominant.
Les métamorphoses sociales nous révèlent donc , autant que nous pouvons les suivre, des vérités générales qui s'harmonisent avec celles que nous découvre la comparaison des types. Chez les organismes sociaux, comme chez les organismes individuels, la structure s'adapte à la fonction. Dans les uns comme chez les autres, si les circonstances provoquent un changement fondamental, dans le mode d'activité, il en résulte peu à peu un changement fondamental dans la forme de la structure. Dans les deux cas, il y a retour à l'ancien type, s'il y a retour aux anciennes fonctions.