CHAPITRE XII
tfÉS^fiHTB? ET RÉdOMÉ
§ StIM. Si ïem faiseût de Téttide des anatogks» de FocgamÂiAlîoa» tndiividiieUe et de l'orgamsaAk)]! sœiele ua s«jel sj^ialy on pourrail la powfter daiâ pladieur» dîreetioiâ.
Oa poureait nuMiiIrer des exeinples de la mérité gàiénte d'après; lâiqMlte, aussitôt qu'un appareil touche â sa perfection, il devient naoins susceptible de se mod^er et eessede grandir. L'animal fini^ modelé dans tous ses détails, résiste au changement par la somme des forces qui cnt donné à ses parties leurs formes respectives, et la société finie fait de même. Dans l'un et l'autre cas le résultat final est la rigidité. Chaque organe de l'un, chaque institution de l'autre, devient plus cohérent et plus défini à mesure que l'ensemble approche de la maturité, et il oppose un plus grand obstacle aux changements réclamés soit par l'augmentation de volume, soit par la variation des conditions.
Ensuite on pourrait s'étendre sur le fait général que, dans les organismes individuels comme dans les organismes sociaux, après que les appareils propres à un type se sont pleinement développés, une lente décadence ne tarde pas à
ftÉâEftVES ET R^QHÉ fgî
eommencer. 0& ils pourrait, sans doute, pas en donner une preuve salisfaiiKmtey puiaqne dans les ancieimea sociétés » dont Factmlè était esseAtieitenseiit miUfanile, la di^olmtiofi sereiate ef^érée p«r bu conquête empêchait ]emf% eycted &e chaofeiifettis de m eomplséter, et puisque bes sociétés meh demes parcourevt leurs cycles. Mais les parties secondaires des sociétés modernes, surtout durant ces derniers tetnps que le dévek)|^nïeBt local s'est peu eomptiqué du dé^felop* pement général,, en fourniraient hk preuve. On pourrait montrer que beaucoup d'anciennes villea qui gardaient des corporationiiy et qut rendffiemt kurs règletweni!» fudustrîels toujoiors plus nombreux et plus rigouveirs> Mt dépéri ïmtement et cédé: \e p^^ à des villes où l'absence de classes pmilégièes laissait tonte liberté à rinutastrie : ranfique ap^ pareil rigide a vu sa fonction usurpée par un appareil nou^ Veau plus souple. Dans tonte institution privée ou publique, on pourrait signaler la raultipKcation incessante d'usages et de règlements, tous introduits pour adapter les actions ani nécessités du moment , mais qui rendent impraticable Fadaptation à l'avenir. Enfin Ton pourrait conclure qu'une même destinée attend foute société, qui, pour s'être adaptée complètement aux circonstances présentes , a perdu la faculté de se réadapter aux circonstances de l'avenir : elle finira par disparaître, sinon parce qu'efle succombera sous la violence , au moins pares qu'elle dédînera , incapable qu'elle sera de lutter avec des sociétés plus jeunes et plus modifiables.
Avec tm peu d'audace à spéculer, on pourrait aller jusqu'à soutenir qu'il existe une analogie entre les opérations reproductives dans les deux ea^. Chei les sociétés primitives, qui se mulliplîent d'ordinaire par scission, mais que la conquête réunit de temps en temps par fosiow, groupe à
groupe, après quoi une nouvelle scission s'opère, on pourrait reconnaître une analogie avec ce qui se passe dans les types inférieurs d'organismes, qui se multiplient par scissiparité, mais qui renversent de temps en temps cette opération par une espèce de fusion que les naturalistes appellent conjugaison. On pourrait montrer ensuite que dans les deux cas les plus grands types, une fois devenus stationnaires, se propagent par dispersion de germes. Les organismes adultes fixés émettent des groupes d'unités semblables à celles dont ils sont eux-mêmes composés, qui vont s'établir ailleurs, où ils se développeront sous forme d'organismes semblables, de même que les sociétés émettent des colonies. On pourrait même dire que, de même que l'union du groupe germinal délaché d'un organisme, avec un groupe détaché d'un organisme de même espèce , est une condition essentielle ou, au moins, favorable au développement vigoureux d'un organisme nouveau , de même aussi le mélange des colons issus d'une société avec d'autres venus d'une société parente de la première, est une condition, sinon essentielle, au moins favorable à l'évolution d'une nouvelle société plus plastique que les anciennes d'où les unités unies par le mélange étaient sorties.
Ne nous engageons point à la suite de ces idées aventureuses, et laissons la comparaison au point où nous Tavons conduite dans les derniers chapitres.
§269. Cette comparaison a justifié, à un point qu'on n'aurait pu prévoir, l'idée proposée par les philosophes et que le langage populaire faisait supposer.
Naturellement, nécessairement même, il est arrivé que cette idée a pris d'abord des formes grossières. Jetons les yeux sur quelques-unes d'entre elles. Dans la République de
Platon, nous voyons Socrate affirmer, sans le reconnaître suffisamment, que « les États sont comme sont les hommes, qu'ils sont les produits des caractères des hommes ; » il soutient que, « s'il y a cinq constitutions d'Étals, les dispositions des esprits individuels sont aussi au nombre de cinq. » Corollaire absurde d'une proposition rationnelle. Dans ce livre, il est parlé dé la division du travail comme d'un besoin social ; mais elle y est considérée plutôt comme une chose à établir que comme une chose qui s'établit d'ellemême. La conception qui inspire partout cet ouvrage, est celle qui prévaut même encore de nos jours : que l'on peut donner à la société telle ou telle forme artificiellement. Platon soutient qu'il y a entre le citoyen et l'État une ressemblance telle que des facultés de l'un on peut déduire les qualités de l'autre ; aux croyances que nous venons de mentionner, à savoir que les États sont les produits a des caractères des hommes », qu'ils sont « comme sont les hommes », il ajoute que ces États, avec des caractères déterminés de la sorte, peuvent encore déterminer les caractères de leurs citoyens. Mais ce qui montre principalement la fausseté de l'analogie que Platon prétend exister entre les individus et l'État, c'est qu'il compare la raison, la passion et le désir dans l'homme avec les conseillers, les auxiliaires et les commerçants dans l'État. L'analogie qu'il admet, il rétablit non point entre les parties mutuellement dépendantes de l'organisation corporelle et les parties mutuellement dépendantes de l'organisation politique, mais plutôt entre celles-ci et les facultés coopérantes de l'esprit. L'idée de Hobbes, à un point de vue seulement, se rapproche davantage de la conception rationnelle. Comme Platon, Hobbes considère l'organisation sociale non point comme naturelle, mais comme factice : il fait de la notion de contrat social
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l'origioe des instiiutiûos goaveraeKieiitales, iafiource d'où le pouvoir souverain tire une autorité irrévocable. L'analogie telle «qu'il la comprend ne peut mieux s'exprimer que dans sas propres termea. c £a effet, dît-il, c'est l'art qui a créé ce grand Léyujhajh qu'on appeUe du nom de République ou d'ÉTàT, en latin Ciyitas^ qui eâtntn homme artificiel, encodre que d'one staUire et*d'iine foiroe pkis grande que celles de IHiomme naturel, à la protection et à la défense duquel il est destiné; ou la souveraineté est u«e âme wcé" ficielle qui 4onae la vie et les mouvements à tout le ùox^$; ohles magistrats et les autres fonctionnaires de l'ordre judiciaire soDjt des articulations artificielles; du la récompense et le châtiaient, lian ^qni rattache au siège de la souveraineté les articulations et îles meuibres qui se meuvent ^pour remplir leurs fon<^tioa&, «ont les lUerfs^ qpi font la aiême chose dans le corpg «naturd^ etc. » Chez Hobbes, la couk paraison porte an ^somme sur les appamU des deux organismes« et eUe «est pkis aisée à déf^dre que celle de Platon, qui oppose la structure de l'un aux tfoactàinw de l'autre. Mais les analogies invoquées par Hobbes «oat fausses; et i'^nalogie générale qu'il y voit avec Batoa «est fausse anasi, puisqu'ils admettent qu'il y a une anale^e enire l'organisation d'une société et l'organisation d'un hr»nme, c'est^à-dirre (une andlogie beaucoup trop spéciale. Comte, q«û aat venu plus Aard et qui \ivait à une époque où les .biologistes avaient déjà révélé en grande partie les principes généraux de l'organisation, Comte a reconnu ^que les appareils sociaux ne i&ont ;pas des produite d'une wéation ariifici^, mais des produite d'ua développement graduel : U a évité les erreurs de ses devanciers; sans comparer l'Mganisme social à aucune espèce d'orgaoîsme individuel, il a «implem^t soutenu que les principes de
RÉSERVES £T lUÊSUMÉ W
rorgankatioii étaieat conuBuais aux deux genres. Il r€)gai\ëe chaque époque du progrès social 'Camme un priodutit <des époques préeédeotes.; el il recoauait que l'évolutÂM des ^j^pareÂls marche du ^éoéral au spéciaL Poujrtani il n'a pas eutièrement échappé à l'eireur priœkiAre «pu vdi dans les institutions des ai^rangements artificiels; en effets il avait Tinconséquence de prétendre qu'on devait réorganiser sur-le-champ les sociétés conformément -aux principes de 'la philosophie positive.
Répétons une fois de plus qif il tf existe pornft d'analogies entre le corps politique et 'le corps vivant, sauf ceHes que nécessite la dépendance mutuelle des parties que ces deux corps présentent. Quoique nous ayons, dans les chapitres précédents , comparé la structure cft les fonctions sociales à la structure et aux fonctions du corps himrain, «ous ne l'avons fait que parce que la structure et les fonctions du corps humain fournissent les exemples les mieux connus de la structure et des fonctions en général. L'organisme social, discret au lieu d'être concret, asymé4;rique au lieu d'être symétrique, sensible dans toutes ses imités au lieu d'avoir un centre sensible unique, n'est comparable à aucun type particulier d'organisme individuel^ animal on végétal. Tous les genres de créatures se ressemblent en ce que, dans chacune, les éléments qui la composent a^ssent en commun au profit de Fensemble ; et ce caracftère , commun à toutes, l'est aussi aux sociétés. En outre, chez les nombreux types d'organismes individuels, le degré de cette coopéralioa marque le degré d'^évoluticai; ^t «celte vérité générale se montre aussi dhez les organismessociaux. Encore une fois, jpour accomplir une coopération crois- "Ëante, les êtres de tout ordre montrenit des organes ^d'iine complexité croissante destinés à transmettre l'on à l'Antoe
leur influence; voilà un earactère général des organismes vivants auquel les sociétés de tout ordre opposent un caractère analogue. Le seul point eommun que nous reconnaissons entre les deux genres d'organismes, c'est que les principes fondamentaux de l'organisation sont communs à l'un et à l'autre *.
§ 270. Maintenant laissons là cette prétendue analogie entre l'organisation individuelle et l'organisation sociale. Je me suis servi des analogies péniblement obtenues, mais seulement comme d'un échafaudage qui m'était utile pour édifier un corps cohérent d'inductions sociologiques. Démolissons l'échafaudage : les inductions se tiendront debout d'elles-mêmes. Nous avons vu que les sociétés sont des agrégats qui croissent; que dans leurs divers types on trouve une grande variété dans le degré de croissance réalisée; que des types de grandeurs de plus en plus considérables résultent de l'agrégation et de la réagrégation des types de dimensions plus petites; enfin que cet accroissement par fusion, joint à l'accroissement interstitiel, est ropération par laquelle les grandes nations civilisées se sont formées.
Avec l'accroissement de volume dans les sociétés marche l'aecroissement de structure. Chez les hordes errantes primitives, point de dissemblance fixe de parties. Quand elles s'accroissent pour former des tribus, il se produit ordinairement quelques différences, tant dans les pouvoirs que
i. Si je répudie avec énergie l'idée qu'il existe une analogie spéciale entre Forganisme social et Torganisme humain j'ai une raison pour cela. J'ai publié dans la Westminster RevieWj en janvier 1860, une ébauche de l'idée générale que j'ai exposée dans les onze, chapitres précédentâ. Je rejetais alors l'idée de Platon et de Hobbes, qu'il y a une ressemblance entre l'organiiration sociale et le corps humain ; je disais que « rien n'autorise à l'affirmer ». Ce qui n'a pas empêché des critiques de l'article en question de m'attribuer l'idée que je condamnais expressément.
dans les occupations de leurs membres. Quand les tribus s'unissent, des différences plus nombreuses [s'établissent, gouvernementales ou industrielles, c'est-à-dire que la société entière se divise en fractions hiérarchisées, et que des contrastes se fixent entre les parties adonnées à des occupations difiérentes dans des localités différentes. Ces différenciations se multiplient à mesure que la complication sociale fait des progrès : elles vont du général au spécial. C'est d'abord la grande division entre les gouvernements et les gouvernés; puis, eiUre les gouvernants, des divisions qui les séparent en chefs politiques, religieux, militaires; et, entre les gouvernés, d'autres divisions qui les séparent en producteurs de substances alimentaires et en artisans ; puis encore des divisions subordonnées à celles-ci au sein de chacune d'elles^ et ainsi de suite.
Passant du point de vue des appareils à celui des fonctions, nous remarquons que, tant que toutes les parties d'une société sont de nature semblable et ont des fonctions semblables, on n'y voit guère de dépendance mutuelle, et Tensemble que forment ces parties ne constitue guère un tout vital. A mesure que ces parties prennent des fonctions différentes, elles deviennent dépendantes Tune de l'autre, au point que le coup qui blesse l'une d'entre elles cause un dommage aux autres; enfin, dans les sociétés très-développées, le dérangement d'une de leurs parties cause une perturbation générale. Cette différence entre les sociétés rudimentaires et les sociétés avancées vient de ce qu'une spécialisation croissante de fonctions s'accompagne dans chaque partie d'une incapacité de remplir les fonctions des autres parties.
L'organisation de toute société commence par l'établissement d'une différence entre la partie de cette société qui
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sottUe&t les relations , ordinairement hostiles , avec les sociétés environnaBles* el celle qui se consacre à procurer à re&seinbleles nécessités de la vie; aux premières périodes du développem^ent social, il n'y a rien de plus que ces deux sections. Plus tard, une division intermédiaire s'élablit qui sert à transmettre les produits et les influences d'une partie i l'autre. Enfin, à toutes les périodes subséquentes, l'évolution des deux premiers systèmes d'appareils dépend de révolution de ce système additionnel.
Tandis que le caractère de Tappareil d^entretien d'une société est déterminé par le caractère général du milieu inorganique et organique, les diverses parties de cet appareil se différencient Tune à l'égard de l'autre pour s'adapter aux conditions de lieu; après que cette première différenciation a spécialisé et localisé les inductions primaires, les industries secondaires qui en dépendent se forment d'après le même principe. Plus tard, à mesure que les sociétés deviennent de plus en plus compliquées et que l'appareil distributeur se développe, les parties consacrées à chaque eH)èce d'industrie, primitivement éparses, s'agrègent dans les localités les plus £avorables; enfin les appareils industriels localisés, à la différence des appareils gôuvernementaux» s'accroissent indépendamment des divisions primi* tives.
L'accroissement de volume qui résulte de la réunion de groupes en une masse, nécessite rétablissement de moyens de communication, aussi bien pour accomplir les actions d'ensemble offensives et défensives que pour échanger les produits. Successivement apparaissent des pistes à peijie reçonnaissables, des sentiers, des routes grossières, des routes très-bien tracées; et dans la mesure où ces voies faciblent les transactions, la transition commence par l'échange
direct et finit par le commerce devenu la lonetion d'une classe distincte des producteurs; de cette classe sort, avec le temps, un système mercantile cmai{>tet de distributeurs de gros et de détail. Le mouvemeni des articles d'échange que cet appareil produit, commence par un flux et un. reflux lent en certains endroits et à de longs intervalles, pour devenir des courants rythmiques, réguliers, rapides; e&ûn les matériaux destinés à Tentretien distribués çà et là, de peu nombreux et de grossiers qu'ils étaient, deviennent nombreux et compliqués. La sûreté de la transmission devenant plus grande et la variété des produits transmis augmentant, la dépendance mutuelle des parties s'accroît en même temps au podnt de mettre chaque partie en état; de remplir sa fonction beaucoup mieux.
A la différence de l'appareil d'entretien, produit par réaction envers les railieiix organique et inorganique , l'appareil régulateur se développe par réaction, ofl^ensive* et défensive, avec les sociétés environnantes. Dans le& groupes primitifs qui n'ont pas de chef, Tautorité temporaire d'un chef est le résultat d'une guerre temporaire; de longues hostilités donnent lieu à l'institution d'un chef permanent; peu à peu, de rantorilé militaire sort l'autorité civile. La guerre habituelle, qui réclame une coopération rapide des parties, exige la subordination. Les sociétés oii il y a peu de subordination disparaissent et laissent seules debout celles où la subordination est considérable; par là s^établissent des sociétés où Thabitude entretenue par la guerre, survivant pendant la paix, crée un assujettissement permanent des individus au gouvernement. L'appareil régulateur centralisé qui se développe de cette manière, est dans les premiers temps Tunique appareil régulateur. Mais dans les grandes sociétés, qui deviennent principalement
industrielles, un appareil régulateur décentralisé, propre aux organes industriels, s'ajoute au premier; et celui-ci, d'abord fort subordonné à l'appareil primitif, s'en rend à la longue réellement indépendant. A la fin, il se forme, pour les organes de distribution aussi, un appareil directeur indépendant.
Premièrement, les sociétés peuvent se ranger en quatre classes, simples, composées, doublement composées* triplement composées; depuis la plus inférieure jusqu'à la plus élevée, la transition passe par tous ces degrés. On peut encore diviser les sociétés, mais avec moins de netteté, en deux groupes, les militantes et les industrielles; l'un de ces types, dans sa forme complète, est organisé d'après le principe de la coopération forcée, tandis que l'autre, dans sa forme complète, est organisé d'après le principe de la coopération volontaire ; l'un a pour caractère non-seulement un pouvoir central despotique; mais aussi un empire absolu de l'autorité sur la conduite de l'individu; l'autre a pour caractère non-seulement un pouvoir central démocratique ou représentatif, mais aussi des restrictions à l'autorité sur la conduite de l'individu.
Enfin nous avons remarqué comme conséquence que le changement survenu dans les fonctions sociales prépondérantes amène une métamorphose. Lorsqu'un appareil industriel considérable se crée dans une société où le type militant n'a pas pris une forme assez rigide pour l'empêcher, il s'y introduit des adoucissements aux règles coercitives qui sont le caractère du type déprédateur, et les appareils de ce type perdent de leur force. Réciproquement, lorsqu'un système industriel très-développé a donné naissance à des formes sociales plus libres, le retour des fonctions offensives et défensives amène un retour vers le type militant.
§ 271. Maintenant, pour résumer les résultats de cet examen , faisons remarquer tout ce qu'il nous a fait gagner en nous préparant à de nouvelles recherches.
Les faits nombreux que nous avons examinés concourent à prouver que l'évolution sociale est une partie de l'évolution en général. Comme les agrégats évoluants en général, les sociétés nous présentent une intégration, à la fois par simple accroissement de masse et par fusion et refusion de masses. On y voit d'innombrables exemples du changement qui part de l'homogénéité pour aller à l'hétérogénéité; qui va de la tribu simple, dont toutes les parties sont semblables, à la nation civilisée, où les dissemblances structurales et fonctionnelles défient Ténuméralion. Avec l'intégration en progrès marche Taccroissement de la cohérence : le groupe nomade qui se disperse, qui se divise, que nul lien ne retient uni; la tribu dont les parties deviennent plus cohérentes par la soumission à un homme qui domine les autres; le groupe de tribus unies en un plexus politique sous un chef et des sous-chefs; ainsi de suite jusqu'à la nation civilisée assez consolidée pour subsister dix siècles et plus.
En même temps, nous observons un autre caractère, la netteté définie de formes. L'organisation de la horde primitive est vague; lé progrès fait naître des arrangements sociaux fixes qui deviennent de plus en plus nets; les coutumes passent à l'état de lois qui, en gagnant en fixité, deviennent plus spécifiques dans leurs applications aux divers ordres d'action; enfin toutes les institutions, d'abord confusément entremêlées, se séparent pas à pas, en même temps que chacune accuse en elle-même plus distinctement les structures qui la composent. Ainsi se vérifie partout la formule de l'évolution, puisqu'il y a
progrès vers un volume plus grand, une cohérence, une multiformîté et une précision plus grande.
^ Outre ces vérités générales, notre examen a découvert des vérités plus spéciales. En composant les sociétés entre elles, dans leurs degrés ascendants, nous avons vu nettement certains faits cardinaux de leur développement, de leurs appareils, de leurs fonctions, des systèmes d'organes, d'entretien, de distribution, de régulation, qui les composent, des relations de ces oignes aux conditions ambiantes et aux formes dominantes des activités sociales mises en jeu; enfin des métamorphoses des types causés par des changements dans les activités. Les inductions auxquelles nous aboutissons^ constituant une ébauche grossière d'une sociologie empirique, suffisent à montrer que dans les phénomènes sociaux il existe un ordre général de coexistence et de séquence; et que par suite les phénomènes sociaux forment l'objet d'une science qui peut se ramener, en partie au moins, à la forme déductive.
Dès lors, guidés par la loi d'évolution en général, et en conséquence guidés aussi par les inductions que nous venons de formuler, nous sommes préparés à aborder la «synthèse des phénomènes sociaux. Nous devons commencer par ceux d'entre eux qui sont les plus simples, ceux que présente révolution de la famille.