CHAPITRE PREMIER
CONSERVATIO-N DE L'ESPÈCE
§ 279. Oo ne «aoraît se faire une idée complète des reia^ lions sociales sans en étudier la genèse; on ne saurait non plus se faire une idée complète des relaiioiis domestiques sans apprendre comment elles commencent : pour cela, nous devons remonter dans le passé aussi kûn que This** toire de l'homme le permet.
Il est inconiestable que, pour chaque espèce, il faut que les individus qui meurent soient remplacés par de nouveaui individus; sans quoi l'espèce dans soft ensemUe périrait U n'est pas moins évident que, si dans une espèce la mortalité est élevée, le chiffre de la reproduclion doit l'être aussi» et réciproquement. Enfin, puisque pour l'espèce humaine, aussi bien que pour toute autre, il faut qu'il existe oae proportion convenable entre la reproduction et la mortalité, il convient de porter d'abonl notre attention sur les Catits ré'-* vélés par les êtres vivants en général, pour ^bercfaer easuite
le sens des faits révélés par les êlres hamains, et pour nous
mettre en état d'en posséder la pleine intelligence.
§ 273. Partant de ce principe que la continuation de la vie de l'espèce est pour toutes les espèces la fin à laquelle toutes les autres fins sont subordonnées (car, si l'espèce vient à disparaître, toutes les autres fins disparaissent), étudions les divers modes d'après lesquels l'espèce réalise cette fin. La condition à remplir, à savoir que les générations successives atteignent leur efîectif complet, peut être remplie au moyen de procédés diversement modifiés, qui établissent un lien plus ou moins serré de subordination entre les membres existants de l'espèce et ceux qui les suivent immédiatement.
Les animaux inférieurs, qui n'ont que de faibles moyens de lutter contre les forces destructives du milieu, et des moyens encore plus faibles de protéger leur progéniture, ne sauraient conserver leur espèce que si l'adulte produit des germes d'individus nouveaux en quantité immense; de sorte que, sans protection et sans défense, tels que sont les germes, un ou deux d'entre eux échappe à la destruction. Évidemment, plus est grande la portion de la substance du parent qui se transforme en germes (et souvent c'est la plus grande partie de la masse du parent qui subit cette transformation], plus petite est la portion consacrée à la vie individuelle.
Le germe est d'ordinaire contenu dans un œuf; à côté de lui se trouve déposée une substance nutritive, qui lui sert à ^andir avant l'époque où commence sa lutte pour Texistence. D'une quantité donnée de matière consacrée par l'organisme parent à la reproduction peut sortir ou bien un grand nombre de germes pourvus chacun d'une petite