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CHAPITRE III

§ 278. La plupart des lecteurs auront peut-être trouvé étrange que nous ayons commencé l'exposé des relations domestiques par Texamen des phénomènes les plus généraux de la perpétuation d'une race. Mais ils reconnaîtront combien nous avons eu raison de prendre comme point de départ des considérations purement physiques, quand ils auront vu que, parmi les sauvages les moins avancés, les relations entre les sexes ne diffèrent guère de celles qui existent parmi les animaux.

Les mâles des mammifères qui vivent en société luttent d'ordinaire entre eux pour la possession des femelles, et les hommes primitifs ressemblent sous ce rapport aux mammifères qui vivent en société. Hearne nous dit à propos des Chippeouayens : c Chez ce peuple, il a toujours été d'usage que les hommes se battent pour les femmes auxquelles ils sont attachés. » D'après Hooper, cité par Bancroft, un Toski qui désire la femme d'un autre se bat avec son mari. Lichtenstein dit à propos des Boschismans : « L'homme le plus fort enlève quelquefois la femme du plus faible. » Nar-

cisse Peltier, qui fut retenu en captivité par une tribu australienne de Queensland depuis l'âge de douze ans jusqu'à vingt-neuf ans, rapporte que les hommes a se battent souvent à coups d'épieu pour la possession d'une femme )». Comme résumé des récits concernant les Indiens Dogribs, sir John Lubbock écrit : c En réalité, les hommes luttent entre eux pour la possession des femmes, absolument comme les cerfs- »

Cette pratique n'existe pas seulement pour les hommes. Peltier nous rapporte que, dans la tribu dont nous venons de parler, chaque homme possède de deux à cinq femmes, et que celles-ci se battent entre elles pour savoir qui l'aura, c Elles s'arment de lourds bâtons et se frappent à la tête jusqu'à ce que le sang coule. » Enfin ce trait du caractère féminin est conforme à celui que nous rapporte Mitchell. « Après une bataille^ dit-il, il arrive souvent parmi les tribus indigènes de l'Australie que les femmes des vaincus passent de leur propre gré aux vainqueurs. » Gela nous rappelle la lionne qui assiste tranquillement au combat entre deux lions et s'en va avec le vainqueur.

Nous trouvons ainsi au début un état où la famille, telle que nous l'entendons, n'existe pas encore. Dans les groupes d'hommes mal unis tels qu'ils sont originairement, il n'y a aucun ordre établi ; rien n'est défini, rien n'est organisé. Les relations entre hommes et femmes ne sont pas mieux que les rapports d'homme à homme. Dans les deux cas, les seuls guides sont les passions du moment, sans aucun frein que la crainte des conséquences. Examinons rapidement les faits qui démontrent que les relations entre les sexes n'ont pas été à Torigine réglées par les institutions et les idées que nous avons l'habitude de considérer comme naturelles.

§ 379. Diaprés Spormaa, riroîaa des iMiniiies et des feinmeg di^ns la tribu des Bosebismans consiste unique- Himt < dans 1« consentemeat des parties et la consommation dn mariage. > Keatisg nous dit que ebez les Cbippeouais il n'existe amune eérémosie nuptiale. Hall rapporte la BSbâuie A&m de& Esquimaux , Bancroft des Âléoutes y Bre^t des Araouaks, Tennmit des Yeddabs. Les habitants de la basse Californie, dit Bancroft, « n'ont aucune cérémonie nuptiale» et auieua mot dans leur langue pour éésiguec le mariage. Ite sf accouplent, comme tes oiseaux et les bétes, selon leur caprice. »

Même àam le& pays ou Ton trouve une cérémonie, elle consiste le plus souvent dans uib eommencement forcé ou ^otoiiÉaire de la vie en commun. Généralement, c'est une maûi^nîse; violente de l'homme sur la femme, une capiuxe; b captiu:& &ile, le mariage est cottclu. RaBô quelques cas, Fhomie et la femme ajlntmefit un fett et. s'asseo^nt à côté ; dans d'autres cas, par exemple ebes les Todas,, Vunioa est étiablie quand: la jevtae épouse a rempli « quelque petite fonction domestique i> ; dans A' antres, par ei^emple chez tes- natuarel» de la Noorelle^Gutiiée^ « la tommes dofioe à son faimr un peu; de tabac et des feuilles de bétel.. ^ — c Loirscpie les Navajos, dit David, désirent se* marier, ils s'assoîient des ùmm côtés d'uoti panier fait pour contenir de l'eau, et rempli i'aifûk ou d» quelque autre alimefiA. Ils en mangent, et par ee seul fait ils deviienneat mari e(( femme. » Ne trouvonsnous pas la même chose dans la fi^malité de k confar^ reati& chez* les anciens Romains, à savoir le mariage constitué* par Taete' de manger ensemble: d'un, gâteau? Ces indir entions, diaprés lesquelles la cérémonie nuptiale primitive^ était, simplement ua commeacemeaiL formel de la vie en commun, supposent une époque antérieure où la

iMe ea coomittn commençait saii& oérémoiûe préalable.

D'aîUenES les liesB deraestique» résultanc de eette cérémonie sonl si faibles et souvent de si peu de durée, qu'ils Qd^.consiiiaenL guère ua progrès. Gbes les Ghippeouaîs^ « le dÎYoree consiste simplem^it à àotmer à la femme une bonne ' volée et à la mettre à la porte. :» Le Pericoi (de la basse Galibmie) c prend autant de femmes qu'il veut; il les fait travailler comme ées esclaves, et quand il est las de Tune d'elles, il la chasse. » De même, d'après Sontbey, quand an Tupi < était las d'une femme, il la cédait à un autre, et il en prenait autant qu'il voulait, d Selon. Bonv^ick, « c'était une nouveauté chez, les Tasmani^ts et une habitude coa«traire à leurs traditions que de ne pas changer de fbmme. » Aa dire de Yule, c ohos les Kasias, le divorce est si fréquent qu'on peut à peine faire à leurs unions l'honneur de Icsr aippeler mariage. » Mém^e des peuples aussi avancés que les Malayo-Polynésiensr fournissent des faits* analogues. Daos \» Mmvélh-Zâande de Thompson, nous lisons que < les^ lM>mmes étaient censés avoir divorcé avec leurs femmesquand ils les avaient renvoyées. 9 Enfin ëIMs, confirmant te' fBpport de Kook, dit qu'à Tahiti « le lien du mariage était lenpu dès que l'un des deux conjoints le désirait ». Qq) peut ajouter que cette rupture- facile des lien» du mariage Bf est pas le privilège des hommes. Là où tes femmes en ont le pouvoir, comme «hez les Kasii^, dont nous venons de parler, dles mettent cavalièrement teurs maris à la porte quand iteteur déplaiseal. Eoûn Herrera nous dit que la même chose aiQttt lieu: chez quelques anci^nes tribus mexicaines.

Ces faits, auxquels nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres, naus montrent assez clairement que tes relatioofSc matrimoniales, comme tes relations politiques, sont lé résultat d^une évolution gradaelte, et que primitivemenf il.

n'y avait point trace des idées et des sentiments qui, chez

les peuples civilisés, constituent la sainteté du mariage.

§ 280. Une autre preuve de l'absence de ces idées et de ces sentiments, c'est l'existence dans les sociétés grossières de pratiques qui nous répugnent au plus haut degré.

Chez certains peuples non civilisés et à demi civilisés l'hospitalité veut qu'on fournisse aux hôtes des épouses temporaires. Herrera nous dit à propos des Gumanas que « les chefs avaient autant de femmes qu il leur plaisait, et qu'ils cédaient les plus belles à l'étranger qu'ils recevaient chez eux )). Les sauvages donnent aussi leurs femmes et leurs filles. Dans ce nombre, sir John Lubbock compte les Esquimaux, les Indiens de l'Amérique du Nord et du Sud, les Polynésiens, les nègres de l'Est et de TOuest, les Arabes, les Abyssiniens, les Cafres, les Mongols, les Tutzkis, etc. Sparman rapporte que la femme boschismanne peut avec la permission du mari aller où il lui plaît et s'unir à n'importe quel autre homme. A propos des Esquimaux du Groenland, Egede, d'après une citation de sir John Lubbock, dit expressément : « ceux-là sont regardés comme ayant le meilleur caractère et le plus généreux, qui prêtent leurs femmes à leurs amis sans chagrin ni regret. »

Nous plaçons sur la même ligne que ce relâchement du lien conjugal le sentiment qui s'exprime par l'indifiTérence qui attache peu ou point de prix à la chasteté des jeunes femmes. D'après Bastien, on promenait, dans le Benguela (Congo), les jeunes filles de tous côtés avant le mariage, afin de gagner de l'argent en les prostituant. Nous apprenons par Herrera qu'il existait une coutume identique chez les Mexicains : & Quand les jeunes filles avaient atteint l'âge nubile^ les parents les envoyaient au dehors pour gagner

leur doty et en conséquence elles parcouraient ]e pays en déboutées, jusqu'à ce qu'elles eussent amassé assez d'argent pour se marier. » Bancrofl nous dit que les anciens habitants de l'isthme de Darien « n'attachaient aucune idée infamante à la prostitution ; c'était une maxime chez les dames nobles que refuser rien de ce qu'on pouvait leur demander c'était une conduite de bas étage. » Les Andamèaes aussi pensaient que la politesse exigeait ce genre de condescendance. Des sentiments maritaux tout aussi étranges se retrouvent chez quelques peuples actuels, ou ont existé chez des peuples disparus. Â propos des Arabes Assanyehs, chez lesquels le mariage lie les époux pour un certain nombre de jours de la semaine, ordinairement quatre, Petherick nous dit que, pendant la négociation préliminaire, la mère de la future refuse d'obliger sa fille à observer la chasteté requise par le mariage au delà de deux jours par semaine. D* autre part, il existe chez les hommes un sentiment correspondant : le mari, qui permet à sa femme de fouler aux pieds toutes les obligations matrimoniales pendant les jours de liberté, considère une intrigue de sa femme avec quelque autre homme comme un compliment fait à son propre goût. Certaines tribus de Ghibchas de l'ancienne Amérique centrale manifestaient des dispositions analogues. Non -seulement ils n'attachaient aucun prix à la virginité chez leurs jeunes femmes, mais , si celles-ci étaient encore vierges, « ils les trouvaient malheureuses de n'avoir inspiré aucun amour aux hommes, et par conséquent ils les dédaignaient comme des femmes de rien. »

Si les sauvages sont dépourvus de ces idées et de ces sentiments qui règlent les rapports des sexes parmi les peuples civilisés, nous trouvons chez eux des idées et des sentiments aussi fortement imprimés, mais d^une nature tout à

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£ût Q|^sée; Les Cbocbouaps de la Colombie pensent « que^ c'esl le plus gr^d déshonnenr pour nne famille de doimer une femme en mariage' sans la faire payer », et de mêmev. eh^ les Modoes de la Californie, « les enfants d'une femme' qui n'a rien coûté a son mari sont considérés comme des bâtards et traités ayec mépris. » D'un autre côté^ nons^ lisons ààû^YAieokuta de Bnrton que « les hommes initiés à la: manière de pensée des Orientaux savent bien que la monogamie leur inspire généralasient l'horreur et le dégoût ». Nous pourrions hésiter à croire ce témoignage s'il n'était pas eonfirmé par eelui de Livingstone tondiant les négresses des bords du Zambezi, qui se montraient choquées en apprenant qu'en Angleterre un homme n'a qu'une femme, et par celui de Ba^ley, qui nons^ dit avec quel dégoût un d^f de Ceylan parlait de la monogamie des Yeddahs«

§ 381. NouS' voyons encoce plus clairement que les rela^ lions régulières entire les deux sexes sont le produit de L'évolution, et que lest sentiments suc lesquels elles soni; fondées se sont iail jour igraduellemeait , (spaand mm& remarquons le peu de cas qu'un grand nombre de peuples! non civilisés et à demi civilisés font des restrictions iut^ posées aux peuples civilisés par les liens du sang.

Ch£2 les sauvages y, certaines, relations entre les: sexes, que nous eondamnonis comme criminelles au. plus haut pcnnt^ sont assez fréquentes. Heame nous, dit des Chippeouayens que beaucoup d'eMre eux cohabitent quelquefoia avec leur mère, et qu'ils épousent fréquemment leurs sœucs et leurs fiUesr. BancreÛ» citeua paesd^e de Langsdorff où. la même coutume est attribuée aux. Kadiaks. De mêjne, Heler noua dit que ches les Karcn& de Tenaasevim « les mariagesr entre frère et sœur, encre pèr«; et fille, so«l assez fréquems^y

RAPPOfITS PRIMITIFS ENTRE LES SEXES îl»

nèffl&éesMS jmm. » A ees faéis reeneillk &bl Amérique et es Asie^ wo^m pemons ea a^oniter nu aulr» observé «i Afrique. D'afirès- Bastien, les fois da cap GoMake el da Gab(H)^ afin de maûitesir la pureté ém. saBg ro/yal, ont Thablinde d'époosesr leurs filles adultes, et les> renies se mar rient avec leurs ftls< aiaés.

Des peuples^ plus iioflibreux nous fourmssaït des exemptes d'iseesie d^uae nature moins choquante. D- aiprès Gla«iiigero^ k mariage entre frère et sœur n'était paâ défendu ebe^ les Panachais. Piedrahila nous dit que les habilants d»' Gali « épousaient leurs mèees et quelques seigneurs leurs smm:s ». Torquefliutda rafqporle que « dans le district de la Nouvelle-Espagne oxk trouva <|uatr6 ou cinq cas de mariage avec des soutrs. i Dans le Péro«, les Ineas établi^ mt dès les: temps tes plus reculés Tobligation stricte pour k'bériÉîm' du roj^aume d'épouser sa sœur aînée, légitime du eké poternel et maternel. « De ménie^ Ëlliâ nou& dit que diez les babitants des îles Sandwich , les isariages entre proches parents sost fréquents dans la famille royale, des frères et d«s sœurs se mariant souvent entre eux. » En déerivant. \e& eoolumeS' des Malgaches, Drury dit que c les parests les plius proebea se mariait entre eux^ mênae tes frères et les sœors, s'ils n'ont pas la même mère. » Nous trouvons des exemples analogues ches tes peuples anciens de l'ancien monde. « Les mariages de plusieurs Ptolémées„ dit Wilkinson , prouvent suffisamment que la restriction (fleiaiiwe au maniage ^ea «dbe sœur uHérine) n'élail pas dbsewèe en Egypte. » Même nos fnropres ancêlres seandîames permettaient les incestes de eeltoi espèce, il est dk 4bm la Heùmkrùufk^ Saga que Nîosd épousa sa propre seMir, OL car cete »'était pas défecfida^ » pav la loi éi ¥analanA

On peut alléguer que quelques-unes de ces unions sont contractées avec des demi-sœurs (par exemple celle d'Abraham avec Sarah), que de tels mariages avaient lieu parmi les Cananéens, les Arabes, les Egyptiens , les Perses, et qu'ils provenaient de ce qu'on n'admettait pas la parenté dans la ligne masculine. Mais, en supposant qu'il en soit ainsi dans certains cas, quoique évidemment cela ne soit pas dans d'autres, nous y voyons une nouvelle preuve que nous n'avons pas le droit d'attribuer à l'instinct primitif, la défense de se marier entre proches parents; car les expressions mêmes qui défendent le mariage avec des sœurs utérines, et non avec des sœurs consanguines, impliquent nettement que l'on connaissait ordinairement la parenté par les mâles, mais qu'on n'y faisait pas attention.

Une autre preuve que les sentiments analogues à ceux qui chez nous restreignent les instincts sexuels ne sont pas innés, c'est le fait étrange qui se passe chez les Veddahs, au rapport de Bayley. Leur coutume € sanctionne le mariage d'un homme avec sa sœur cadette. Epouser une sœur aînée ou une tante serait, d'après leurs idées, un inceste, une union à tous égards aussi révoltante à leurs yeux qu'aux nôtres, aussi en dehors des usages et aussi inadmissible que le mariage avec la sœur cadette était convenable et naturel. C'était, en réalité, le mariage d'accord avec les convenances. 3>

§ S82. Si les faits nous indiquent une relation générale entre les formes les plus élémentaires, de la vie sociale et les relations les plus grossières entre les sexes, ils ne démontrent pas que le progrès social et l'avancement progressif vers un type plus parfait de vie familiale soient uniformément connexes. Nous rencontrons diverses anomalies.

Beaucoup de peuples appartenant aux races les moins avancées ont pour caractère de nous présenter des unions peu stables; et cependant les misérables Veddahs, dont l'état social est un des moins développés, contractent des unions exceptionnellement durables. Bailey écrit : « Le divorce est inconnu chez eux... J'ai entendu un Veddah dire : La mort seule sépare le mari d'avec la femme. » Sous ce rapport, il y a une grande différence entre eux et leurs voisins les Cingalais, qui leur sont supérieurs sur beaucoup d'autres points.

Nous ne voyons pas non plus que la diminution des relations incestueuses soit dans un rapport constant avec l'évolution sociale. Ces unions répugnantes que nous avons remarquées chez les races les plus grossières de l'Amérique du Nord existent aussi parmi les familles royales dans des royaumes africains d'une grande étendue, tandis que des mariages moins choquants sont communs aux sauvages et aux peuplades à demi civilisées.

On prétend que le type de vie familiale où une seule femme a plusieurs maris se rencontre chez quelques-unes des tribus grossières, telles que les Fuégiens ; mais il n'est nullement commun chez les plus grossières, tandis que nous le trouvons chez des peuples relativement avancés, dans l'île de Ceylan, dans le Malabar et le Thibet. Et la coutume contraire, d'après laquelle un seul mari a plusieurs femmes, presque universellement admise et pratiquée par les sauvages, existe non-seulement dans des sociétés à demi civilisées, mais s'est maintenue dans des sociétés passées et présentes, dont la structure sociale est considérablement développée.

Il n'y a pas non plus une connexité aussi étroite qu'on aurait pu le croire entre le relâchement sexuel et l'abaisse-

m nmaPEs de i^aoLOGis

ment général, moral oa asocial ^ et réctproqucaneat. Les relations entre les hommes et les {èmmes dans les îles Aiéo«tiennes sont des plus grossières. Néanmoins Gook dit 4t ces insulaires : a €e sont les gens les plus paisibles, les plus inoffensifs f^e j'aie jamais reACOOirés. Et, ^uant k lliennêteté^ ils pourraient servir ie modèk à la aalioa la plus civilisée de la terre. » D'autre part, -tandis que diet \m Thlinkits les hommes, dit-on, « traitent leurs fammes et teurs enfante avec heauoovp d'affection » et ^ue les feounes montrent a de la réserve, de la modestie et de la fidélité conjugale » , on omis assure que ^s peuplades sont adonnées au vol, au mensonge, d'une cruauté <excessiv;e; qu'elles mutilent leurs prisonniers par pur caprice ^ ^uent leurs esclaves. Il en est de même des Baehassins (Bediusmas) : tandis qu'ils sont en buiie au mépris, c car ils mentent tous et commettent des meurtres avec indifiEârenée », leurs femmes sont modestes et « presque universellement des épouses fidèles. » Nous rencontrons une semblable anomalie quand nous comparons entre elles des sociétés plus avancées. A la lecture des récits de Gook sur les Tabitiens, qui avaient non-seulement porté les arts et les institutions sociales à un développement considérable, mais qui donnaient encore des preuves d'une bonté extraordinaire, nous sommes étonnés de l'extrême iasooctance de ce peuple pour les restrictions aux instiucts sexuels, InversemuBit, des cannibales perfides, altérés de sang, les Fidjiens, qui oommetlent <ks atrocités telles que Williams n'osait pas, di(-il, les raconter, nous montrent une grande supériorité dans les relations entre les sexes : Erskine<^nstate que « la vertu des femmes atteint un niveau élevé si nous considérons qu'il s'agit d'un peuple barbare. » En outre, contrairement à ce que aous pourrions at-

tendre, nous trouvons un grand relâdiement sexuel sdus certains rapports, joint i mie grande rigidité sous d'autres. Chez les Koniagas^ « une jeune fille peut, saas s'attirer aucum blâme, avoir les relatioiis les plus libres avec les iiommes; mais, dès qu'elle appartient à un seul homme, il esl de so» devoir de lui être fidèle. » H^rera bous dit que chez les Gumanas € les jeunes filles... attaclmient peu de poix à leur virginité, mais que les femmes mariées... vivaient chastement » De même, F. Pizarre dit que chez les Péruvi^u c les femmes du bas peuple étaient fidèles à leurs maris... Avant leur mariage, leurs pères ne se souciaient piœ de savoir si leur conduite était bonne ou mauvaise, et ce n'était pas une hqnte pour elles » (d'avoir des mœurs déréglées). Les maris chibcbas eux-mêmes, que nous avons vus plus haut si étrangement indifférents, ou plus qu'indifférents à la chasteté des femmes avant le mariage, sont, dit-oA, a néanmoins très-sensibles à leur infidélité. »

Les faits ne nous permettent donc pas de conclure, comme nous l'aurions fait naturellement, qu'il y a une connexité uniforme et constante entre les progrès dans les formes des rapports sexuels et les progrès de l'évolution sociale.

Néanmoins, en considérant les faits dans leurvonsemble, nous voyons que la marche progressive vers un type social plus élevé concorde avec la marche progressive vers un type plus élevé des rapports sexuels. La vérité de cetie observation devient incontestable quand on compare les états extrêmes. Les groupes infimes des hommes primitifs, qui sont, dépourvus de toute organisation politique, sont aussi dénués de toute organisation domestique : les rapports des sexes et ceux des parents avec les enfants ne diffèrent guère de ceux qu'on remarque chez les animaux. Au contraire, toutes les nations civilisés, caractérisées par des

institutions sociales définies, cohérentes et régulières , le sont aussi par des institutions familiales définies, cohé* rentes et régulières. Il est donc hors de doute que, malgré des anomalies , le développement de ces deux institutions concorde d'une façon générale.

Nous laissons là cet examen préliminaire avec les inductions qu'on peut en tirer, et nous allons suivre aussi loin que possible les traces de la marche progressive vers des formes plus élevées de la structure familiale. Nous pouvons nous attendre à trouver que la genèse de chacune de ces formes dépend de la situation delà société, leur cause déterminante étant la conseryation de la société par elle-même dans les conditions données. Si nous prenons comme point de départ des relations tout à fait irréguliéres entre les sexes, les premières coutumes que nous trouverons établies seront nécessairement celles qui favorisaient le plus la survie de la société, non pas parce qu'on les jugeait telles, mais parce que les sociétés dont les coutumes étaient moins appropriées à ce but avaient disparu.

Mais, avant de considérer les diverses formes des relations entre les sexes, nous devons examiner une question préliminaire : D'où viennent les personnes unies? — Appartiens nent-elles à la même tribu ou à des tribus différentes? ou bien sont-elles en partie dans le premier cas, en partie dans le second?

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