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II. — Diverses opinions en présence

21. D'après les diverses conceptions modernes, à quel sujet s'attache la statistique, qu 'est-elle comme objet de connaissance scientifique, quelles sont ses limites, quel est son contenu logique ? Ce sont les questions que Meitzen pose comme entrée en matière à l'un de ses 'Chapitres les plus remarquables et qu'à notre tour nous nous posons après la revue sommaire qui vient d'être faite.

Un premier groupe se présente à nous : celui d'Achenwall et de son école. Nous faisons abstraction pour le moment de son éloignement pour la donnée-chiffre, qui, du reste, diminua aVec le temps, pour ne considérer que le sujet attribué par cette école à la statistique. Ce sujet est l'Etat et ses propriétés remarquables. « La statistique est la connaissance approfondie de la situation respective et comparative de chaque Etat », ou encore: « l'ensemble de ce qui est réellement remarquable dans un Etat et en forme la constitution dans le sens général forme le domaine de la statistique ». L'important aux yeux d'Achenwall et de ses successeurs, c'est de préciser le sujet des observations de la statistique. Les questions de méthode, pour eux, sont accessoires. L'influence de l'école de Gottingen — nous l'avons dit plus haut — alla en diminuant, mais au cours de la première partie du xixe siècle, on trouve encore des auteurs de talent qui font abstraction du contenu de là statistique et de son essence, pour considérer uniquement le sujet de ses études. « La statistique, écrit Wappàus en 1859, doit encore aujourd'hui s'appuyer sur le concept d'Achenwall si elle ne veut pas perdre tout à fait le caractère de science positive. » D'après cet auteur, la statistique n'a pas un caractère phi-

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losophique, c'est une science positive qui comprend un complexus de connaissances subordonné à un but pratique précis. Ce but est la connaissance d'un Etat déterminé, concret, tel qu'il est dans la réalité. La statistique comprend la statistique comparative, laquelle conduit à une statistique scientifique quand elle est exprimée en chiffres pouvant se transformer en rapports, etc. La statistique de l'Etat serait la statistique spéciale. L'autre serait la statistique générale comparée, ayant un caractère philosophico-mathématique.

Dans cette conception, ce qui importe le plus à la statistique, c'est l'Etat. L'homme n'est pa.s au premier plan, il ne, vient comme sujet d'étude que, parce qu'il est partie intégrante et agissante dans l'Etat. La statistique alors se range parmi les sciences politiques et administratives.

22. Mais la statistique ne devait pas tarder à élargir ses frontières traditionnelles. Lorsque Quetelet, dans ses premiers travaux, faisait servir la statistique à déterminer ce qu'il y a de normal ou de plus fréquent parmi les caractères physiques et moraux de l'homme, il mettait en avant un principe fécond dont l'application méthodique devait orienter la statistique vers des voies nouvelles. Les mémoiressur les lois des naissances et de la mortalité à Bruxelles (1825), les recherches statistiques sur le Royaume des Pays- Bas (1828), son mémoire sur la constance qu'on observe dans le nombre des crimes qui se commettent (1830), les recherches sur la loi de croissance de l'homme (1831), les études sur le penchant au crime aux différents âges (1831), celles sur le poids de l'homme (1832), préparaient les deux volumes que Quetelet publia en 1835 avec le titre: (( Sur l'homme et le développement de ses facultés ou Essai de physique sociale ». En montrant que la loi des erreurs se vérifiait dans les qualités physiques et morales de l'homme, Quetelet ouvrait un vaste champ aux recherches des statisticiens fatigués de se cantonner dans les elescrip-

tions de l'école de Gottingen, dans un champ de recherches jalousement borné par la politique, l'histoire, la géographie et l'éthique. En même temps, ces travaux de Quetelet mettaient un terme à la vieille controverse entre les arithméticiens politiques et les disciples d'Achenwall, car si les recherches nouvelles inaugurées par lui étaient impossibles sans de nombreuses données numériques, elles ne pouvaient non plus avoir de signification sans les commentaires qui les accompagnaient. Ainsi se fusionnaient, dans une conception véritablement scientifique, les prétentions opposées des deux écoles. Du coup, le domaine de la statistique recevait une extension pour ainsi dire illimitée, en même temps que l'enseignement universitaire, si développé en Allemagne, prenait une direction nouvelle.

L 'orientation donnée à la statistique prit le dessus rapidement; au milieu du xix* siècle, écrit Meitzen, elle était devenue générale.

23. Parmi les auteurs qui développaient ce point de vue, nous en choisissons quelques-uns, à titre d'exemple, pour montrer comment la statistique est comprise par ceux qui adoptèrent les idées émises par Quetelet quant à l'objet de la statistique. Lexis considère comme appartenant au domaine de la statistique envisagée comme science, toutes les recherches qui se rapportent aux faits de la vie humaine qui peuvent être observés au moyen du relevé en masse, a La statistique, dit-il, a pour office propre de recueillir et d'étudier, d'après une méthode exacte, les faits de la vie humaine, pris en masse et de cette définition il suit déjà que la base de la méthode consiste dans le comptage des cas individuels d'un phénomène. Elle ne considère pas, comme l'histoire, l'individualité des événements, mais elle les enregistre seulement comme des éléments d'une masse, comme des unités d'un total. »

Del Vecchio exprime la même idée sous une forme concise : « La statistique moderne est une science positive, dé-

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terminée par son objet, qui est la société humaine et par sa méthode, qui consiste dans l'observation d 'une quantité de phénomènes homogènes et sur une grande échelle ou plus brièvement, comme disent d'autres définitions, dans l'observation en masse ».

Pour von Mayr, le domaine de la statistique scientifique comprend l'étude : 1" des masses humaines ; 2° des masses de faits humains et d'événements sociaux; 3° des masses d'effets d'actes humains et d'événements.

L'exposé de Rumelin est surtout remarquable. Il importe cependant de faire remarquer que dans la distinction entre les phénomènes sociaux et naturels, le statisticien allemand ne faisait que reprendre les idées émises par Dufau(l) vingttrois ans auparavant.

Rumelin part de ce principe que « le particulier est typique dans le règne naturel, individuel dans le règne humain». Comment des sciences, qui ont pour objet le règne humain, pourront-elles employer la voie de l'expérience 1 Tant qu'elles restent sur le terrain des observations isolées, soit du présent, soit du passé, elles ne peuvent guère dépasser la sagesse des proverbes. Pour leur tenir lieu de ces instruments et de cette épreuve que possèdent les sciences du règne de la nature, il faut que les sciences du règne humain en arrivent à l'observation méthodique des masses. Celle-ci consiste à étendre sur des groupes entiers d'individus comme un réseau d'observations qui contemplent et enregistrent, d'après une méthode unique, tous les phénomènes semblables. De là une science auxiliaire s'est formée qui a pour tâche « la découverte des caractères des communautés humaines par l'observation méthodique et le calcul des phénomènes semblables » ; et par communautés, Rumelin entend non seulement les groupes naturels d'individus comme les peuples, les Etats, les provinces, etc., mais aussi

(1) Dufau, Traite de statistique. Paris, 1840.

tous les autres cercles d'activité susceptibles d'un examen particulier, comme les relations politiques, économiques, sociales, religieuses, etc. (1). Cette science auxiliaire de toutes les science& expérimentales du règne humain, c'est la statistique.

Ces extraits pourraient être multipliés sans autre résultat que de lasser le lecteur et d'allonger sans utilité cet exposé. Tels quels, ils suffisent à montrer qu'au cours du xixc siècle la statistique a conquis un ordre de choses nouveau et que son domaine propre, ce n'est plus l'Etat et ses propriétés remarquables, mais l'homme lui-même, ce qui lui assure un champ d'action autrement vaste et intéressant.

24. Ce que nous venons de dire de Rumelin nous fournit naturellement l'occasion de passer à un nouvel exposé : celui des vues de l'école qui considère la statistique comme une méthode ou plus exactement comme une des sciencesde la méthode. Rumelin, on l'a vu plus haut, base son argumentation sur ce point essentiel : le cosmos ou le monde se présente à nous sous deux grandes faces : le règne de la nature et le règne humain. Les sciences de la nature comme les sciences de l'homme sont des sciences expérimentales, en ce qu'elles reposent en dernière analyse sur l'induction et l'observation, peu importe d'ailleurs que le procédé déductif y joue aussi plus ou moins son rôle. Mais ces deux grandes classes de sciences n'en sont pas moins fort différentes quant à leurs moyens d 'observation scientifique.

Les progrès des sciences naturelles s'expliquent par ce fait que, dans la nature, tout cas particulier peut servir de type, en sorte qu'un seul fait bien observé autorise déjà une

(1) Rumelin, Problèmes d'économie politique et de statistique. Trad. franç. de A. de Riedmatten. Paris, Guillaumin, 1806, pp. 88-05.

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induction, et qu'on n'y répète d'ordinaire l'observation que pour mieux en contrôler l'exactitude (1).

Cette thèse de Rumelin a rencontré, sinon des contradictions absolues — ce qui paraîtrait difficile — au moins des réserves. Wagner, dans son grand article Statistik, a fait remarquer qu'entre la nature et l'homme moral il n'y a qu'une différence de degré, non une différence principielle dans le système des causes. Ce système est plus compliqué chez l'homme, et dès lors il sera plus difficile de le démêler; mais il ressemble au système des causes constantes et accidentelles, tel qu'il agit dans les phénomènes non typiques de la nature.

D'où cette conclusion que l'emploi de la méthode d'observation de la masse sera moins aisé dans le premier cas, mais qu'il est nécessaire dans les deux (2).

C'est, par réaction, aller trop loin. Rumelin, dans sa première étude, publiée en 1863, avait déjà pris soin d'apporter un correctif à ce que son af firmation pouvait paraître avoir de trop absolu. « Notre assurance, dit-il, diminue déjà quand nous passons aux plantes et aux animaux qui subissent l'action de l'homme, et elle s'évanouit tout à fait quand nous entrons dans le domaine de l'âme humaine (3). »

Dans une seconde étude, publiée en 1874, Rumelin précise ses vues à cet égard et introduit une distinction importante entre la statistique et la méthode statistique. « La statistique, dit-il, est une branche des sciences sociales et on doit la considérer comme telle, peu importe la définition qu'on en donne. Par contre, cette méthode particulière de recherche, dont le trait essentiel est de compter et de classer la multitude des cas, fut bien d'abord mise au service de la statistique et, par suite, des intérêts de l'Etat; mais elle

(1) Rumelin, loc. cit., pp. 86-87.

(2) Lottin, loc. cit., p 256.

(3) Rumelin, Inc. cil., p. 87.

n'en est pas moins dans son essence et ses applications d'une portée beaucoup plus générale nullement limitée à ce cercle d'observations. Elle a, comme toutes les formes de méthode scientifique, sa place dans la logique. » (1)

L'ancienne logique ne connaissait que l'induction par laquelle elle recherchait les qualités qui appartiennent constamment à tous les individus, mais elle ne savait comment apprécier scientifiquement les éléments variables. Or, la méthode statistique a pour attribut essentiel de pouvoir, par l'observation scientifique et le calcul, caractériser les éléments variables des objets observés, pour les élever au rang de caractères utiles à la science. Elle révèle que des lois régulières gouvernent aussi ce domaine des variables, qu'il n'y a pas ici hasard ou arbitraire, mais seulement une plus grande complexité de forces et de causes (2).

« Et cette méthode, continue Rumelin, peut intervenir partout où les phénomènes observés présentent des- variables, ce qui se rencontre dans tous les règnes de la nature. Partout aussi un intérêt scientifique peut se rattacher à cette variabilité. On pourrait compter et assortir utilement suivant leur grosseur et leur forme, jusqu'à des grains de sable, et l'on ne saurait encore prévoir toute l'importance qu'une supputation exacte des variables peut acquérir dans les sciences naturelles (3). »

25. De ce que la statistique apparaît, sous certain aspect, comme une méthode, faudrait-il conclure que tout ce à quoi elle s'applique comme méthode rentre dans le domaine d'une science unique, à laquelle on donnerait le nom de statistique? Ce serait soutenir une opinion fort hasardée et qui, par ses conséquences, confine à l'absurde.

(1) Rumelin, loc. cit., p. 135.

(2) Ibid., p. 136.

(3) Ibid., p. 137.

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Portlock, en 1838, soutenait cette opinion : « On peut dire, écrit-il, que le « statiste » est celui qui recueille des faits, que la statistique consiste dans les faits ou les données relatifs à toute chose ou à toute science, naturelle ou politique; que la science statistique est la réunion et l'ordonnancement de ces faits (1). »

Cournot, dominé par la préoccupation des caractères mathématiques de la statistique, ne pense guère autrement : (( On entend principalement par statistique (comme l'indique l'étymologie) le recueil des faits auxquels donne lieu l'agglomération des hommes en sociétés politiques; mais pour nous, le mot prendra une acception plus étendue. Nous entendrons par statistique la science qui a pour objet de recueillir et de coordonner des faits nombreux dans chaque espèce, de manière à obtenir des rapports numériques sensiblement indépendants des anomalies du hasard, et qui dénotent l'existence des causes régulières dont l'action s'est combinée avec celle des causes fortuites (2). »

Nous n'entrerons pas dans le détail de l'examen de cette théorie, n'ayant pas ici à faire l'histoire des doctrines. Notons simplement que cette méconnaissance des caractères de la méthode et de la science contribua malheureusement à répandre au sujet de la statistique et de son objet les idées les plus fausses. C'est à elle également qu'il faut imputer les innombrables brocards dont la statistique fut l'objet durant de longues années.

Des vues plus sages se répandirent par la suite, notamment celle qui consiste à distinguer clans la statistique deux aspects : une science statistique qui s'applique aux phénomènes sociaux, une méthode statistique ayant pour objet

(1) An addrcss explanatory of the objrcts and adxantages of statistical enquéries. Belfast, 1838.

(2) Cournot, En-position de la thcork des chances et des probabilités. Paris, 1843, p. 181 .

l'étude des phénomènes variables, applicable aux sciences naturelles comme aux sciences sociales.

Cette pensée a été exprimée clairement par von Mayr, qui propose une double définition : celle de la méthode statistique, ou statistique au sens formel, qui est l'observation quantitative numérique complète des phénomènes sociaux et de quelques phénomènes d'un autre ordre; et ensuite celle de la science de la statistique, ou statistique au sens matériel, qui consiste en l'explication des conditions et des phénomènes de la vie sociale, qui, comme tels, se manifestent dans les masses sociales, explication basée sur une observation numérique en masse, exprimée en nombres et mesures.

C'est une opinion encore fréquemment admise aujourd'hui.

Elle donne une extension nouvelle à la notion de statistique : celle-ci devient double et s'étend non seulement aux communautés humaines, mais, de plus, comme méthode, aux phénomènes de l'ordre des sciences naturelles.

26. Cette conception double — méthode et science — préparait elle-même une évolution de la pensée scientifique quant à la nature de la statistique. C'est qu'on pouvait lui reprocher divers inconvénients. Le premier était de scinder l'unité de la science : la statistique apparaissait tantôt comme une suite de raisonnements tendant à l'explication de phénomènes d'une importance capitale, c'est-à-dire comme une science ayant son objet et son but propres, tantôt comme une série de procédés utiles, sans doute, à la connaissance scientifique, mais dont le rôle, surtout dans les sciences naturelles, restait accessoire et inférieur, somme toute, à l'induction.

Etait-il raisonnable, d'autre part, de désigner sous le même nom deux disciplines ayant un objet distinct et un but différent : la statistique — science expliquant les plié-

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nomènes, — la statistique — méthode accumulant seulement des matériaux?

Ou, s'il s'agissait d'une discipline unique, était-elle philosophique, cette conception d'une discipline à deux faces : science quand elle envisageait des phénomènes d'un ordre donné, méthode quand elle considérait d'autres aspects de l'univers?

Les logiciens et les mathématiciens se sont surtout attachés à considérer la statistique méthodologique et ils en ont fait une branche de la logique appliquée.

Un logicien allemand, Sigwart, a, le premier, développé ce point de vue d'une manière complète. Les jugements, dit-il, sont basés sur des perceptions par lesquelles les phénomènes sont décrits complètement et avec précision et situés dans le temps et l'espace. Là où cette description n'est pas possible, on y supplée par l'énumération statistique des phénomènes semblables en se basant sur la classification existante des objets considérés. La description des phénomènes individuels sert à les inclure dans les catégories déjà formées, mais par là on renonce à la description de l'individuel comme tel, car il est confondu dans un groupe d'unités semblables. Le caractère essentiel des relevés statistiques consiste en ce que les objet» particuliers ne sont pas énumérés et catalogués comme tels, mais qu 'ils constituent ensemble des totaux d'objets et de phénomènes semblables, en confondant les perceptions individuelles sous des rubriques distinctes. Ceci constitue la statistique descriptive qu'on peut considérer comme la première phase de la statistique même. La seconde phase consiste dans l'usage des résultats ainsi obtenus, dans le but de découvrir une loi.

Pour arriver à un pareil résultat, on a recours au calcul sous ses différentes formes. Les moyennes montrent l'existence de régularités empiriques; elles sont descriptives de leur nature et sont incapables d'exprimer une con-

trainte sans cette supposition que les circonstances qui produisent les cas variables sont constantes dans leur ensemble. Les conclusions statistiques sur la causalité sont fondées sur les variations des nombres et non sur leur constance. La statistique montre que les causes, connues par ailleurs, ont exercé leurs effets, qu'elles- n'ont pas été annihilées par d'autres, et elle donne une mesure de l'intensité de chaque force agissante, en rapport de toutes les autres. Mais il est impossible à la statistique de prévoir et de dire que chaque cas individuel qu'elle englobe dansses énumérations est soumis à la contrainte de la loi. Lorsque la loi est trouvée, l'analyse et la méthode inductive reprennent leur empire et la méthode statistique perd son intérêt.

Le statisticien russe Tchouprow base également le caractère logique de la statistique sur la nécessité de la connaissance de l'individuel et sur l'impossibilité d'arriver à cette connaissance autrement que par le moyen de la méthode statistique. Il distingue les sciences nomographiques qui fournissent les comptes généraux, des sciences idéographiques qui complètent les notions générales au moyen d'une série de données de faits, de connaissances concrètes, individuelles. Les sciences- idéographiques ne pouvant connaître l'individuel dans toutes ses manifestations, car le problème est sans limites, doivent recourir à un procédé de distribution des objets entre des limites relativement larges de temps et d'espace. « Combien d'objets d'un genre déterminé se comptent dans des limites plus ou moins larges de temps et d'espace », telle est la question fondamentale de la statistique, science idéographique, procédant par catégories. On renonce donc à caractériser les faits isolés, et, au contraire, on les réunit par groupes, ce qui est la méthode d'énumération par catégories des statisticiens.

Nous venons de voir que Sigwart avait aussi trouvé que le caractère essentiel du relevé statistique est l'omission

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des caractères individuels ou plutôt leur fusion en de vastes catégories ou totaux.

Une telle explication fournit une notion complète de la statistique méthodologique et présente la statistique comme une application de la logique, coordonnée, non subordonnée à l'induction.

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