S PRINCIPES DE STATISTIQUE
— l'expérience est l'investigation d'un phénomène modifie par l'expérimentateur (1). Or, si nous examinons le processus statistique, pouvons-nous dire qu'il est un procédé d'observation! A proprement parler, le statisticien n'observe pas ; il se borne à utiliser des observations faites par d'autres, sous sa direction, ce qui exclut le caractère d'attention personnelle se trouvant à la base de l'observation scientifique.
Cette raison ne paraît cependant pas entièrement décisive. Il suffit d'étendre un peu le sens du mot « statisticien », et d'y comprendre les agents du relevé, pour répondre à l'objection; d'ailleurs, les agents employés aux observations statistiques n'agissent que d'après l'impulsion et selon les méthodes de l'organisateur de la recherche, leur travail est simplement une projection du sien. Mais il y a, semble-t-il, une meilleure raison de préférer le mot de relevé à celui d'observation. Comme forme de l'investigation scientifique, l'observation doit pouvoir considérer tous les aspects extérieurs des choses auxquelles elle s'applique. Or, il n'en est pas ainsi dans l'observation statistique : elle peut relever seulement certains caractères des faits, ceux susceptibles d'être exprimés sous une forme numérique. Tous les autres lui échappent ou, tout au moins, ils ne peuvent prendre place dans les colonnes de nombres dont sont formées les publications statistiques. Aussi, ne peut-on faire la statistique des actions immorales, mais seulement celle des actions déclarées immorales par la la loi, les infractions qui, parvenues à la connaissance de la justice, ont été l'objet d'une décision coulée en force de chose jugée (2).
(1) CLAUDE Bernakd. Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (première partie, chap. 1).
(2) Non seulement les actes immoraux, mais même les délits dont les auteurs sont restés inconnus, ne sont pas compris dans la statistique.
LE HELEVÉ STATISTIQUE.