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III. — Le relevé considéré sous le point de vue de l'espace

79. A proprement parler, l'espace est sans bornes. Au delà de l'univers sensible nous pouvons concevoir une étendue sans mesure assignable, car après un objet on peut toujours supposer qu'il en existe un autre. L'espace dépasse donc les bornes de l'univers et est inconnaissable en luimême ; la seule réalité sous laquelle il nous apparaisse est l'étendue des corps situés dans l'espace et les relations de leurs distances.

Si telle est la notion philosophique de l'espace, nous pouvons en conclure que les divisions d'après lesquelles nous situons les corps et les phénomènes sont artificielles dans leur essence et que nous pouvons les faire varier selon que le sujet de nos études l'exige. Des géomètres ont pu imaginer une géométrie à quatre dimensions, bien que nos sens ne perçoivent que trois dimensions des corps; il serait aussi légitime pour le statisticien d'adopter des mesures de l'étendue appropriées à ses conceptions propres, sans s'inquiéter si elles sont ou non d'un usage courant. Mais, en pratique, on n'a pas à recourir à des mesures nouvelles, celles existantes suffisent à tous les besoins. On peut tracer parmi elles plusieurs catégories.

ORGANISATION DU HKLEVÉ STATISTIQUE

a) Divisions politiques et administratives. Elles sont des plus usitées dans un grand nombre de domaines explorés par la statistique. Ce sont tout d'abord l'Etat, l'unité politique par excellence, puis la province, département, comté, quel que soit le nom qu'on lui donne, ensuite des divisions administratives plus réduites : cercle, district, arrondissement, canton, etc., enfin, l'unité administrative primaire, la commune.

b) Divisions économiques. Si les divisions politiques conviennent à une foule de recherches statistiques, il existe des investigations qui réclament une base différente, tant pour l'organisation des recherches que pour la présentation des résultats; lorsque le caractère d'une statistique est nettement économique, on se demande pour quelle raison on continue à lui appliquer des divisions d'ordre politique. Ainsi, dans les statistiques agricoles, il semblerait plus sage d'utiliser la division, existante et non à créer, de régions agricoles, plutôt que de s'en référer à une localisation des faits basée sur une conception étrangère au but de la statistique.Tous les pays présentent de vastes divisions agricoles, par nature de terrains, qui répondent mieux que toute autre à une statistique de la production et de l'élevage. Dans les statistiques industrielles, les divisions sont moins nettes et dès lors moins facilement utilisables. Un bassin industriel n'est pas nettement délimité comme peut l'être une région agricole. Cette formule a été employée pour la grande industrie charbonnière et métallurgique, mais elle n'a pas de sens en ce qui concerne les agglomérations urbaines, si fécondes en industries, ni en ce qui regarde les régions de petite industrie. Nous avons, en Belgique, le bassin de Charleroi, du Borinage, du Centre, de Liège, mais il n'existe pas de dénomination semblable pour le Brabant ni les Flandres. Bien que cette division par bassin soit séduisante en théorie, elle n'est pas susceptible d'être utilisée en pratique dans tous les cas. Il faut se borner à en souhaiter l'usage dans des cas spéciaux.

Enfin, on peut concevoir aussi des subdivisions du territoire, ayant un caractère 'économique, basées sur des relations démographique s. Telles sont celles qui subdivisent la population entre les centres urbains et les régions rurales, entre les grandes villes, celles de moyenne importance et les petites villes, ou simplement répartissent une population en tenant compte du nombre d'habitants des localités où elle vit. Ces divisions sont importantes dans les recherches économiques et sociales ; la démographie les utilise dans le but de déduire, des nombres ainsi groupés, des considérations d'ordre économique.

c) Divisions naturelles. Elles traduisent, sous une forme schématique, l'influence des milieux. Elles sont de mise dans les pays présentant une grande superficie, mais non dans des Etats resserrés dans d'étroites limites. A ce point de vue, on peut distinguer entre les régions de plaines et de montagnes, entre les côtes et l'intérieur, entre le Nord et le Midi, entre l'Est et l'Ouest, entre une des régions quelconques et le centre, entre la campagne et la forêt, entre les bassins fluviaux.

On aperçoit immédiatement la richesse des aperçus auxquels on peut se livrer en faisant ainsi varier le point de vue auquel on se place : aussi les divisions de l'espace intéressent-elles la statistique non seulement dans la phase de la réunion des données, mais aussi dans celles de la présentation et de l'interprétation. Dans un pareil système, l'unité d'observation serait la commune, puis on grouperait par régions les communes présentant des caractères analogues.

80. Quelle est la relation systématique existant entre le relevé et les divisions conventionnelles ou naturelles dont il vient d'être question f Nous l'avons exprimée en disant que le relevé doit être aussi étendu et aussi particularisé que possible. Aussi étendu qu'il se peut, en ce sens que les phénomènes à relever doivent l'être partout où ils

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se produisent; en Jes observant partout, on est certain de n'omettre aucune des qualités qu'ils présentent et d'obtenir une mesure exacte de leur fréquence. Aussi particularisé qu'il est possible, afin que les détails s'aperçoivent; qu'ils ne se fondent pas dans une masse peu homogène, sans précision et sans originalité. Les bornes politiques de l'Etat limitent le relevé par en haut, comme l'étendue de la commune ou de la plus petite division administrative le limite par en bas. Les opérations statistiques de grande envergure s'arrêtent à l'Etat. Pratiquement on n'a jamais été plus loin. Ce que l'on désigne du nom de statistiques internationales ne mérite pas ce nom dans l'acception où on le prendrait en parlant du relevé. Ce n'est point un relevé unique, décrété par une réunion d'Etats, s 'étendant simultanément aux territoires appartenant à plusieurs gouvernements, exécuté d'après des instructions uniformes, publié sur un plan unique. Les statistiques internationales sont simplement des compilations de statistiques nationales, réunies et mises bout à bout, non sans hiatus, et présentant dans leur ensemble toutes les lacunes des statistiques particulières, en y ajoutant les défauts résultant du manque d'uniformité dans les définitions et des différences dans l'exécution et la mise en œuvre. Ces statistiques sont internationales de nom, nationales de fait. Il est donc permis de dire que l 'Etat forme actuellement la limite extrême d'extension des investigations statistiques.

Se trouverait-on encore dans les limites du relevé direct si, au lieu de porter sur l'Etat entier, les statistiques s'arrêtaient aux limites d'une province, ou d'un groupe de provinces ou de divisions analogues? On pourrait être tenté de répondre affirmativement en considérant que le relevé direct embrasse toutes les unités comprises dans une définition générale. Or, une définition pourrait limiter à une province unique les phénomènes à observer. La raison de décider la négative est que, dans un cas semblable, la limitation de l'observation à une seule province quand

le phénomène peut être relevé dans plusieurs ou dans toutes, est arbitraire et serait contraire à la règle suivant laquelle le relevé doit être aussi étendu que possible. On quitterait le domaine du relevé direct pour entrer dans- celui de la monographie.

La limite inférieure de l'observation statistique est la plus petite division administrative, la commune. Les divisions économiques et naturelles sont toujours plus étendues que la commune. C'est la vie économique la plus étroitement localisée qui fournit parfois le plus de données intéressantes et c'est en l'observant qu'on se rapproche le plus de la réalité et de la vie. Pour l'étude démographique, nous n'apercevons pas dans tous les cas le même intérêt de choisir la commune comme unité d'espace, parce que la plupart des faits relatifs à la population demandent, avant tout, de vastes ensembles où disparaissent les caractères accidentels, mais pour certaines questions, il n'est pas inutile de pousser jusqu'à là le soin du détail. Ainsi en est-il, par exemple, de la densité de la population : l'existence d'une grande ville suffit à augmenter beaucoup le coefficient de la densité de la population dans un canton ou arrondissement administratif. Dans un même arrondissement administratif — celui de Bruxelles — on notait, en 1912, des différences dans la densité de la population allant de 208 à 28,641 habitants par kilomètre carré dans les différents cantons de milice. La moyenne pour l'arrondissement administratif (967), ne donne aucune idée des différences énormes qui se remarquent dans les parties dont elle se compose.

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