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IV. — Les procédés et les organes du relevé

81. Pour introduire de l'ordre dans un exposé nécessairement complexe, nous avons indiqué, dans les paragraphes précédents, quels sont les phénomènes à comprendre dans le relevé et les conditions auxquelles ils doivent satisfaire

OlïGANISATION DU HELEVÉ STATISTIQUE

pour pouvoir être isolés de ceux qui restent en dehors de l'opération statistique. Les limites de temps et d'espace ont aussi été analysées dans leurs caractères généraux. Ce qui précède pourrait constituer la préparation théorique du relevé ; la phase exposée dans ce paragraphe peut être considérée comme la préparation pratique. Elle répond à la double question que voici : de quelle nature sont les documents à utiliser pour le relevé? Par quels moyens arrivet-on à connaître les faits compris dans la sphère des observations? Elle embrasse l'examen de deux groupes de problèmes : les moyens matériels (bulletin, questionnaire, etc.) et les moyens personnels (agents du relevé).

A. — ■ Le bulletin ou questionnaire.

82. Tout relevé statistique ne nécessite pas l'emploi ni d'un bulletin ni d'un questionnaire. La distinction établie plus haut entre le relevé automatique et le relevé réfléchi reprend ici toute son importance. Dans le relevé continu, la nature des faits à observer est déjà indiquée par les dispositions législatives ou administratives en vertu desquelles le relevé s 'exécute ; presque toujours, ces mêmes dispositions prescrivent la façon dont les faits doivent être annotés, consignés dans des registres ou des formules dont la forme est arrêtée d'une manière fixe. Le statisticien n'a pas à s'en occuper directement; il les utilise telles qu'il les trouve. Bien entendu, si, à l'expérience, ces documents sont jugés peu ou mal utilisables par la statistique, on pourra les modifier de manière à donner satisfaction à des réclamations légitimes. Mais ceci est l'exception. En thèse générale, le statisticien est forcé, dans ce domaine, de se contenter de ce qu'il trouve. Il serait désirable qu'un accord s'établît toujours entre les organes administratifs et scientifiques, afin que le fond et la forme des documents du relevé automatique répondent à toutes les exigences scientifiques et notamment que le point de vue mathématique ne soit pas éli-

miné des considérations se rapportant à cet objet. C'est une cause de graves mécomptes et l'occasion de pertes de temps et d'argent inappréciables.

Conçoit-on, par exemple, que l'indication de charges financières à mettre en relation avec le nombre probable de bénéficiaires et l'âge de ceux-ci puisse être arrêtée dans sa forme sans des études préalables à confier à un actuaire? La chose peut paraître inimaginable, mais il en a été parfois ainsi. D'informes tableaux, décorés pour la circonstance du nom de « statistiques », continuent à être remplis avec application par des légions de commis, sans que la science ou même une pratique éclairée puissent espérer en retirer jamais le moindre avantage.

Parmi les documents, dressés dans un autre but, utilisés par la statistique néanmoins, citons les registres de l'état civil, les états dressés en matière de justice criminelle, les documents tenus par les agents du service des douanes et des accises, les registres de population là où ils existent et sont tenus avec soin. On peut aussi se baser sur ces documents, non pour les utiliser exclusivement, mais pour y trouver le point de départ de recherches plus étendues : tel fut le cas, en Belgique, lors du recensement de l'industrie et des métiers au mois d'octobre 1896, où l'on se servit des registres de population pour connaître — en l 'absence d 'un recensement général des professions — le nom, l'adresse et l'industrie exercée par les patrons comme par les ouvriers; un bulletin détaillé était ensuite remis à ces personnes.

Tous les documents officiels ne méritent pas la même confiance, et dans un même document il se trouve des données méritant moins de créance que d'autres. Il appartient à la critique, dont les principes seront exposés plus loin, d'opérer la ventilation nécessaire entre les différentes données. L'origine officielle du document ne doit pas aveugler le statisticien. D'ailleurs dans un même registre se trouvent confondues des données dont l'origine

ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE

est très différente : les unes pourraient être certifiées par le fonctionnaire qui les a recueillies, les autres sont simplement reçues à titre de déclarations faites par les- intéressés, sans aucun contrôle par le fonctionnaire qui les reçoit. On en trouve des exemples dans la statistique commerciale où il y a quantité de données dont les unes réunissent des garanties presque absolues, tandis que d'autres présentent un aléa excessif.

83. Pour le relevé réfléchi, organisé dans un but déterminé, l'instrument de l'observation doit être fabriqué de toutes pièces : c'est le bulletin ou questionnaire. On donne ce nom au document destiné à recevoir les réponses des personnes comprises dans le relevé. Le comptage des unités et l'addition des données numériques contenues dans les réponses données au bulletin permettent de former les masses statistiques qui figurent dans les tableaux de présentation.

Le mot bulletin est d'habitude employé pour désigner le document dont on fait usage dans les recherches de grande envergure faisant partie du relevé direct. On dit un bulletin de recensement, non un questionnaire de recensement... Le mot questionnaire a un sens plus étendu, il se réfère à un document détaillé, comme on peut en employer dans un relevé s 'adressant à un nombre restreint de personnes; on dit, de préférence, un questionnaire d'enquête. Toutefoisla distinction ci-dessus, basée sur l'usage, n'a rien d'absolu.

Le bulletin employé dans les relevés étendus est de deux sortes : le bulletin collectif et le bulletin individuel.

On appelle bulletin collectif le document destiné à recevoir des réponses se rapportant à plusieurs personnes formant une collectivité familiale, économique, ou simplement constituant une réunion de fait.

Dans un recensement de la population on peut employer le bulletin collectif, remis au chef de la famille, afin que celui-ci y porte toutes les indications relatives aux personnes

vivant avec lui. Au lieu de la famille, on peut adopter, comme mesure collective, le ménage, qui n'implique pas que les personnes vivant ensemble soient unies par des liens de parenté. En Belgique le document du recensement de la population est un bulletin de ménage dans lequel toutes les personnes faisant partie du ménage et ayant leur résidence habituelle dans la maison, y compris celles qui sont momen tanément absentes, doivent avoir consigné leur nom de famille, leur prénom, le degré de parenté avec le chef de ménage, leur état civil, profession, fonction ou situation, etc. Il y a, en plus, un bulletin spécial personnel utilisé pour l'inscription des personnes qui, sans avoir leur résidence habituelle dans la maison, s'y trouvent accidentellement au moment du recensement, et un bulletin spécial collectif destiné au relevé des personnes réunies dans les pensionnats, casernes, établissements charitables, etc.

L'Italie avait adopté pour son recensement, en 1881, le bulletin de famille, principalement parce que le bulletin individuel propre à chaque membre de la famille se serait adressé à un trop grand nombre de personnes ne sachant ni lire ni écrire. En 1901 ce pays a substitué le bulletin individuel au bulletin de famille.

Le bulletin individuel ne doit recevoir que les indications relatives à une seule personne. Il est en usage dans presque tous les pays, mais il est presque toujours accompagné d'autres bulletins ayant le même caractère que le bulletin collectif. En France, bien que le bulletin individuel soit l'instrument principal du recensement, il y a aussi un bulletin par famille et un bulletin par maison. De plus, certaines catégories de population doivent être comptées à part, comme les lycées, les séminaires, les hospices, les asiles d'aliénés, etc.

84. Le bulletin collectif ou de famille a été adopté, au début de l'ère des recensements, dans presque tous les pays et il est encore usité dans quelques-uns de ceux qui sont

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parmi les plus avancés en fait d'organisation statistique. Dans un état social qui ne comporte pas un développement général de l'instruction, il s'impose afin de ne pas multiplier inutilement les difficultés : dans la famille on a chance de rencontrer quelqu'un sachant écrire et pouvant répondre aux questions du bulletin de ménage, ou l'agent recenseur peut écrire lui-même les réponses qui lui sont données verbalement. Dans l'Inde anglaise le bulletin collectif est l'instrument du recensement. M. Gait, commissaire pour le dernier Census, a exposé avec détail les raisons qui, dans l'Inde ont fait préférer le bulletin collectif au bulletin individuel ; il indique, outre les raisons précédentes, l'utilité qu'il y a, au cours de la revision, à comparer entre elles les réponses données par les différentes personnes composant un même ménage; il y ajoute une raison d'ordre matériel, à savoir que les bulletins individuels auraient formé un volume beaucoup plus fort que les bulletins de ménage.

Lors du recensement de 1881, l'Italie avait adopté le bulletin collectif à raison du manque général d'instruction et aussi pour encourager les communes à établir des registres de population basés sur les bulletins collectifs. Cette attente a été complètement déçue, alors qu'en Belgique les registres de population sont tenus dans toutes les communes avec le plus grand soin; pour renouveler les registres de population, il faut nécessairement se baser sur le recensement effectué au moyen du bulletin collectif de ménage.

Le bulletin collectif a beaucoup perdu de sa faveur à raison de ce fait que, dans la suite des opérations statistiques il ne peut être utilisé directement sans de nombreux inconvénients. Aussi, dans les pays qui ont conservé le bulletin collectif le complète-t-on en faisant transcrire sur des fiches les indications relatives à chaque personne, individuellement, comprise dans le bulletin de ménage. Il en a été ainsi aux Indes, où, lors du dernier recensement, on a dû confectionner plus de 315 millions de fiches indivi-

duelles. Depuis 1876, on a renoncé, en Belgique, à procéder au dépouillement des bulletins de ménage par voie de pointage et l'on a chargé les agents recenseurs de reporter sur des fiches individuelles toutes les indications relatives aux: personnes figurant sur le bulletin collectif. C'est par lu comptage des fiches qu'on détermine actuellement le nombre de personnes de chaque catégorie. Evidemment, la transcription des données sur fiches exige du temps et de l'argent, mais ces inconvénients sont compensés par la sûreté plus grande des résultats : en combinant, par exemple, les couleurs et les profils des fiches, on arrive à une précision qu'on ne pourrait atteindre avec le procédé du pointage. La confection des fiches est comprise dans la rémunération des agents recenseurs. La dépense n'est pas très lourde dans des pays comme l'Inde, mais s'il fallait appliquer ce système dans un pays à hauts salaires la dépense s'élèverait à un chiffre inacceptable.

85. Cette dernière considération a engagé les statisticiens à substituer au bulletin collectif le bulletin individuel. En principe, les indications contenues dans ce bulletin sont relatives à un seul individu, de telle façon qu'elles constituent elles-mêmes des fiches, sans que l'on doive procéder à la transcription des données du bulletin collectif.

Théoriquement, l'introduction de la fiche individuelle est une amélioration sur le système suivi auparavant, mais ce genre de bulletin ne peut être employé utilement que dans les pays où le niveau général de l'instruction est suffisamment élevé. Il n'est pas sans présenter d'ailleurs certains inconvénients : ainsi, l'uniformité extérieure des bulletins est une source d'erreurs dans le classement; si les différentes catégories de personnes pouvaient être distinguéesau moyen de la couleur du bulletin, on aurait beaucoup moins de classements défectueux, mais il ne peut être question de charger l'agent recenseur de répartir les bulletins de différentes sortes ; ce système comporte-

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rait, de plus, une grande part d'arbitraire, chacun utilisant le bulletin qui lui aurait été remis plutôt que de réclamer, en cas d'erreur, un bulletin différent, approprié à la situation réelle (1). On ne peut non plus, sur le bulletin originaire, substituer aux réponses ellesmêmes des signes conventionnels qui facilitent la lecture, comme on le fait lorsque les fiches sont directement confectionnées par le service statistique. Enfin, souvent, l'écriture est illisible, les bulletins sont maculés, d'un maniement difficile et désagréable, les noms sont incorrectement orthographiés, etc.

Tous ces inconvénients, qui sont réels, n'empêchent pas le bulletin individuel de l'emporter sur le bulletin collectif au point de vue de la fabulation.

Le bulletin individuel est strictement propre à une personne seule dans les relevés démographiques. Dans les relevés économiques, il faut un peu étendre les questions qu'il comprend; ainsi, à un chef d'entreprise, on pourra demander non seulement les renseignements qui le concernent personnellement, mais encore ceux qui se rapportent à son entreprise : nombre, s«xe, qualité des ouvriers et employés, force motrice utilisée, etc. Ces données ne se rapportent pas strictement à la personne même, mais à l'entreprise dirigée par l'auteur du document; elles permettent d'établir un contrôle entre les réponses individuelles données par lesouvriers d'une part et le chef d'entreprise d'autre part.

86. Comme exemple de bulletin individuel, nous reproduisons, ci-après, le modèle de bulletin employé en France, lors du recensement général de la population effectué le 4 mars 1906.

(1) Royaume de Belgique. Ministère de l'Industrie et du Travail (Office du Travail). Jiccetisement de l'industrie et du commerce, 1910. Introduction, p. XXI, col. II.

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