Profession
Si vous êtes patron, chef d'établissement, dans une profession agricole, industrielle, commerciale, libérale, ou ouvrier à façon travaillant chez vous, répondre aux questions suivantes :
a) Raison sociale, nom, adresse de l'établissement ou de l'entreprise que vous dirigez :
Rue , n°
Commune d Arrondissement d
b) Combien de personnes occupezvous actuellement, au total, dans cet établissent
(Ne pas comprendre les patrons, ni les ouvriers à domicile, les domestiques exclusivement attachés à la personne).
c) Etes-vous ouvrier à façon travaillant à votre domicile?
Sexe (m. ou f.)
Indiquer la colonie ou le pays étranger :
Si vous travaillez sous la direction ou au service d'autrui. comme ingénieur, employé, ouvrier, journalier, garçon, apprenti, domestique, etc.
(Les ouvriers à façon à domicile doivent s'inscrire dans la partie de gauche.)
a) Nom et adresse du patron, de l'entreprise, de l'administration qui vous emploie :
Rue
Commune d
b) Nature de la profession, de l'industrie, du commerce de votre patron ou de l'administration qui vous emploie :
c) Si vous êtes sans emploi :
Depuis combien de jours ?
Est-ce pour cause de maladie ?
, ..„„, I né Français? ou naturalisé Français?
3 Nationalité J Etes-vous J , v v 1 ( étranger ? de quel pays ?
Etes-vous : célibataire ? marié ? veuf ? divorcé ?
i. Etat de fa- ) Depuis combien d'années avez-vous été marié ?
mille. . . . J Combien avez-vous eu d'enfants?
' Encore vivants ? Morts (mort-nés non compris)?
5. Résidence. ! Habitez- vous dans la commune? Ou y êtes-vous de passage
Quelle est votre profession principale?
Si vous en exercez une autre, laquelle ? (Indiquer la profession, l'industrie, le commerce, sous une forme précise et détaillée; si vous n'exercez aucune profession, répondre néant et ne pas répondre aux questions suivantes).
Renseignements sur la profession ou l'industrie principale à la date du recensement.
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
En même temps que le bulletin individuel, principal instrument employé pour le recensement, le dénombrement de la population en ÏVance utilise deux bulletins collectifs : une feuille de ménage et un bordereau dressé pour chaque maison. Ce dernier document, en forme de chemise, doit contenir toutes les feuilles de ménage de la maison; il est dressé par l'agent recenseur d'après les résultats portés sur les feuilles de ménage, après enquête sur place, si c'est nécessaire, pour compléter le tableau. La feuille de ménage doit être remplie par les recensés eux-mêmes. Voici le modèle de la feuille utilisée pour le recensement de 1906 :
Feuille de Ménage
Ménage de M
Rue
Profession
Nombr de personnes composant le ménage (présentes ou absentes, mais non compris les personnes de passage)
Habitation. — Nombre de pièces destinées à l'habitation des membres du ménage :
(On comptera comme pièce tout compartiment d'une maison, destiné à l'habitation, séparé des autres par des cloisons allant jusqu'au plafond et pouvant recevoir un lit d'adulte.) Comprendre la cuisine, l'antichambre, les cabinets de toilette assez grands pour pouvoir contenir un lit, les chambres de domestiques, même séparées du logement, mais non les lieux d'aisances; ne comprendre les boutiques, ateliers, etc., que lorsque une ou plusieurs personnes y passent habituellement la nuit.
Liste nominative des membres du ménage :
Les noms doivent être inscrits dans l'ordre suivant : 1° le chef de ménage (père ou mère de famille) ; 2° la femme ; 3° les enfants; 4° les autres parents faisant partie du ménage ; 5° les domestiques; 6° les personnes étrangères à la famille.
Signaler ici les membres du ménage qui seraient aveugles et ceux qui seraient sourds-muets
1° Membres du ménage présents :
2° Membres du ménage absents :
On comprendra dans cette section les membres du ménage en voyage ou malades dans les hôpitaux, ou travaillant au dehors, mais on n'y comprendra pas les enfants placés chez une nourrice, les militaires, les élèves internes des établissements d'instruction publics ou privés, les individus en prison ou dans les hospices et asiles d'aliénés.
3° Hôtes de passage (voyageurs, militaires en permission, élèves internes on congé, etc.) :
Nom de famille
Prénoms
Age
Relation de parenté ou autre avec le chef de
t ménage.
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
87. La rédaction du bulletin ou questionnaire ne peut être isolée du programme général, ni de la mise en œuvre des matériaux. Le bulletin, par les questions y contenues, traduit la pensée présidant à l'enquête et a pour but de réunir les données à grouper dans les tableaux. Il y a une union intime entre ces trois phases du travail ; aussi est-il à souhaiter qu'elles soient l'œuvre de la personne chargée de la direction.
Les qualités essentielles du bulletin ou questionnaire, au point de vue de sa rédaction, sont les suivantes :
1° Le bulletin doit être succinct, il doit se borner à demander le strict nécessaire. Il ne suffit pas qu'une donnée soit intéressante pour qu'elle ait droit à prendre place parmi les questions à poser. Elle doit, de plus, fournir un élément essentiel en vue de l'enquête et cette donnée doit être susceptible de trouver place dans les tableaux statistiques. Si cette dernière condition ne peut être réalisée, il est inutile, en général, de poser la question, sauf s'il s'agit d'une question de contrôle. L'art ne consiste pas à multiplier les points de vue, mais à faire concorder toute chose vers un but unique, en tenant compte du caractère numérique des données. Les éléments trop difficiles à réunir ne doivent pas être compris au nombre des questions à poser. Il ne servirait à rien de les obtenir en un endroit si on doit y renoncer à un autre, de les faire admettre par les uns si les autres se refusent à y répondre. La brièveté est une des conditions du succès;
2° Il doit être clair, de façon à pouvoir être compris de tout le monde. Il ne faut pas perdre de vue qu'un bulletin statistique s 'adresse à des millions de personnes, dont le plus grand nombre ne possèdent qu'une instruction rudimentaire. Si les questions sont conçues en termes trop élevés, elles risquent de n'être pas comprises. Non seulement les recensés, mais aussi les agents recenseurs doivent comprendre exactement la signification des questions du bulletin, de
façon à donner les éclaircissement qui leur sont demandés ou à formuler eux-mêmes la réponse.
L'interprétation donnée à certaines demandes est parfois bizarre; à la question : « Travaillez-vous seul? sinon, combien employez-vous à présent chez vous de membres de votre famille? d'ouvriers salariés? », un bon nombre d'ouvriers à domicile, sans aide ni ouvriers, répondirent qu'ils ne travaillaient pas seuls, mais dans les locaux où d'autres personnes vaquaient à leurs occupations. Lors du recensement belge de 1910 (industrie et commerce), beaucoup d'ouvriers, au lieu de mentionner le nom de leur patron, sa profession et son adresse, comme on le leur demandait, répondirent en donnant le nom de l'administrateur délégué, du directeur-gérant ou même de l'ingénieur dirigeant l'entreprise ou la division à laquelle ils étaient attachés. D'autres, au lieu de mentionner la localité où ils allaient travailler, indiquèrent le domicile de leur patron, habitant une commune autre que celle où l'usine se trouvait établie;
3" Les demandes ne doivent pas pouvoir être interprétées de plusieurs façons;
4° Il sera simple et catégorique, en ce sens, qu'il ne comportera pas de réponses vagues, mais autant que possible des données chiffrées, ou des réponses par oui et par non ne se prêtant pas à des appréciations subjectives variables. L'idéal serait que la demande soit assez claire pour que chacun fût dispensé de recourir aux commentaires et aux instructions :
5° On n'oubliera pas, enfin, que tous les éléments du problème à résoudre doivent se trouver réunis dans le questionnaire. La statistique ne peut rien donner de plus que ce qu'où en a recueilli à son intention; comme le dit Pidgin, « le fleuve ne peut pas couler plus haut que sa' source ».
88. Au nombre des qualités du bulletin, on peut aussi compter la bonne disposition typographique des questions
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
posées. Le format du bulletin ne peut être ni trop grand, ni trop petit. Trop grand, le bulletin est difficile, à manier, trop petit il est incommode à classer. Si l'on veut faire servir le bulletin comme fiche, lors du dépouillement, on doit éviter qu'il contienne plusieurs pages ; si on ne peut se soustraire à cet inconvénient, il serait bon de disposer à gauche, vers le centre du cahier, une ligne de perforation, de façon à permettre de l'utiliser feuille par feuille en guise de fiche. Le meilleur bulletin est celui qui tient sur une page, imprimée d'un seul côté. Si l'on doit s'adresser aux recensés en deux langues, chaque côté de la feuille peut recevoir un texte différent.
La disposition typographique doit être surveillée très attentivement. En regard de chaque question il faut laisser une place suffisante pour permettre l'inscription des réponses par des gens peu habitués à manier la plume. Le questionnaire doit être ligné. Les questions de même nature seront rapprochées les unes des autres. Une séparation bien nette sera marquée entre les diverses questions. On utilisera, pour attirer l'attention, les caractères gras et italiques.
B. — Agents du relevé.
89. Avec le travail de rédaction du bulletin, comme avec celui de la préparation du plan et de la détermination des unités de lieu et d'espace, nous sommes déjà sortis du domaine de la théorie. Le choix des agents, les qualités qu'ils doivent réunir, les instructions à rédiger à leur usage, dépendent entièrement du domaine de l'expérience et de la pratique. Il ne faut pas croire que l'aspect théorique des problèmes fondamentaux de la statistique soit beaucoup plus abstrait que leur face pratique; tout au contraire, un statisticien vraiment averti des difficultés de sa branche, sera souvent d'avis que les problèmes les plus délicats sont ceux où il faut tenir compte de l'équation personnelle de l'enquêteur et du recensé.
Le bulletin est l'instrument matériel de la statistique; l'agent recenseur en est l'instrument personnel. Les deux sont habituellement interdépendants, mais quelquefois, on peut faire parvenir aux intéressés les documents statistiques qu'ils ont à remplir sans avoir recours à l'intermédiaire d'un agent. Ceci nous amène naturellement à considérer les méthodes générales adoptées pour la distribution de& bulletins ou questionnaires.
Pour cet exposé, il nous faut un peu dépasser notre cadre et dire quelques mots de certaines méthodes dont nous aurions dû parler à propos du relevé indirect. Une méthode fort simple, dont on a fait un grand usage aux Etats-Unis, consiste à envoyer aux personnes les plus qualifiées des questionnaires qu'elles sont priées de remplir : l'envoi et le retour des questionnaires se font par la poste, ce qui supprime toute intervention d 'un agent enquêteur. Le choix des personnes à qui l'on s'adresse n'est pas aussi difficile qu'on pourrait le supposer, pourvu qu'on puisse se guider sur un recensement général assez récent. D 'après le recensement belge de 1910, il suffit de réunir trente sous-groupes de la nomenclature sur 71 pour former un ensemble réunissant plus de 82 p. c. du personnel total et de la population ouvrière; en s 'adressant aux industriels les plus notables appartenant à ces industries on réunirait facilement des données intéressant une très importante fraction de la population industrielle. Mais cette méthode ne peut s'appliquer qu'à des enquêtes. En tant qu'elle porte sur des têtes choisies, elle n'appartient pas au relevé direct, lequel exige des investigations s 'étendant à toutes les unités, si minimes qu'elles soient. Elle présente encore un autre désavantage : c'est l'énorme déchet auquel elle donne lieu (1).
(1) En 187!), pour une enquête intitulée « Testimony of workingmen », le Bureau de statistique de Boston (Mass. U. S. A.) envoya six mille questionnaires à des ouvriers, mais l'enquête échoua tant il y eut peu de réponses. Une enquête sur le travail dans les prisons, organisée sur la même base,.
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
N'étant aucunement astreints à donner une réponse, les industriels en grand nombre s'abstiennent, par négligence ou pour tout autre motif, de faire parvenir leurs réponses au département de la statistique. Enfin, les réponses, plus ou moins rares, qui parviennent aux organisateurs de l'enquête sont loin d'offrir des garanties suffisantes d'exactitude et de sincérité.
On peut recourir à un autre système : s'adresser à des personnes choisies, mais au lieu de leur faire parvenir des questionnaires, les faire visiter par des enquêteurs appartenant à l'administration ou simplement délégués par celle ci (méthode des agents spéciaux). Ce procédé donne d'excellents résultats, mais l'application qu'on peut en faire est fort limitée : d'abord à raison des frais de voyage élevés qu'elle entraîne, ensuite à cause des délais fort longs qu'elle impose; les agents spéciaux d'ordinaire sont fort peu nombreux et il faut se résigner à laisser s'écouler de longs mois avant d'avoir réuni le matériel statistique (1).
Il est facile de voir que ces méthodes s'appliquent à des enquêtes ou relevés partiels. Par leur nature, elles ne peuvent convenir au relevé direct visant toutes les unités existantes à un même moment dans toute l'étendue d'un pays. Dans une contrée aussi exiguë que la Belgique, on compte 250,000 entreprises industrielles en activité : quel moyen d'obtenir 250,000 réponses volontaires à des questionnaires transmis par la poste, ou de faire visiter à domicile un pareil nombre de chefs d'entreprise?
90. Le relevé direct exige la nomination de véritables agents recenseurs chargés de recueillir les réponses de tous
donna quelque résultat après seulement que le Bureau de statistique eut expédié plus de trois cents lettres de rappel. (Pidgin, Practical statistics, p. 7. Boston, 1888.)
(1) Nous sommes entrés dans des détails plus étendus dans notre communication à l'Institut international de statistique sur la « méthodologie générale delà statistique du travail » {Bulletin de l'Institut international de statistique, t. 14, 4e livraison, 1905).
les intéressés ou de consigner dans les formulaires de l'enquête les données dont ils, auraient connaissance à raison de leurs fonctions. Les lignes qui précèdent indiquent sommairement une distinction essentielle entre le relevé automatique et le relevé réfléchi.
Dans le relevé automatique, les faits sont portés à la connaissance des autorités, sans qu'aucune démarche spéciale soit nécessaire à cet effet. Les statistiques des naissances, des décès, des mariages, des divorces sont constituées par la réunion des données inscrites aux registres de l'état civil ; il ne faut donc pas nommer d 'agents recenseurs pour s 'enquérir des faits, mais seulement organiser la transcription des documents dressés par l'officier de l'état civil. En Belgique, cette transcription se fait par les soins des administrations communales en utilisant des tableaux dressés par le département ministériel ayant la statistique générale dans ses attributions (1). En tant que chargés de la transcription des données qui sont ensuite travaillées par l'administration centrale, les agents des administrations communales remplissent une fonction qui appartient d'ordinaire aux agents recenseurs, mais à cela — et c'est un point accessoire — se borne l'assimilation qu'on peut établir entre eux.
Il n'y a de véritables agents recenseurs que dans le relevé direct.
Ce relevé peut s'étendre à toute la population, comme il peut se restreindre à toutes les manifestations d'un seul fait économique, politique, financier. Plus les faits sont complexes, plus leurs manifestations sont nombreuses, plus aussi augmente la difficulté de recruter des agents capables et attentifs. Moins favorisé que le savant qui, dans son laboratoire, a entre lui et l'objet étudié un seul intermédiaire, le microscope, le statisticien professionnel ne voit rien,
(1) « Mouvement de l'état civil et de la population en Belgique pendant les années 1876 à 1900 », par C. Jacquart. Bulletin de la Commission Centrale de statistique, t. XIX, p. 208. Bruxelles, Hayez, 1906.
ORGANISATION DU RELEVJÉ STATISTIQUE
n'observe rien par lui-même : des- milliers d'yeux voient pour lui, des milliers d'intelligences interprètent sa pensée, mais ce n'est pas — bien au contraire — un avantage ! -Pour remédier au manque d'unité, il faudra prendre de multiples précautions. Nous en avons déjà indiqué quelques-unes en parlant du bulletin : concision, simplicité, caractère précis des questions. Nous résumons ci-après celles qui sont de mise à l'égard des agents.
91. Selon la formule donnée par Grabaglio, les agents du relevé réuniront trois conditions : A, savoir, B, pouvoir, C, vouloir; le tout s 'appliquant aux données- statistiques dont il s'agit de réunir les éléments.
A. — Dans la première condition, nous pouvons distinguer des qualités propres à l'agent, et d'autres acquises à la suite des instructions rédigées par la direction du dénombrement. L'agent recenseur doit posséder une instruction générale suffisante; des qualités d'ordre, de conscience et de soin sont indispensables pour l'accomplissement de sa tâche. A une connaissance parfaite de la langue parlée par les recensés, — même des patois locaux — il joindra, si c'est possible, une connaissance non moins étendue de l'endroit où il a à remplir sa mission. La désignation, en qualité d'agents recenseurs, de petits fonctionnaires de l'Etat ou des communes, donne déjà des garanties au sujet de leur instruction ; leur nomination par les autorités communales, sous le contrôle du gouvernement, est prescrite en vue du choix de personnes connaissant parfaitement la localité. 1\ est recommandé de choisir les agents recenseurs parmi les fonctionnaires communaux, les instituteurs, les agents pensionnés. Le recensement belge de l'industrie et du commerce de 1910, prescrit aux administrations communales de désigner, pour effectuer le recensement, des agents instruits et capables, choisis autant que possible parmi les secrétaires communaux, les instituteurs, les fonctionnaires retraités ou d'autres personnes exerçant ou ayant exercé
des fonctions propres à faciliter l'accomplissement de leur mission (arrêté royal du ,15 décembre 1910, art. 17). Dans les grandes villes, à cause du nombre d'agents recenseurs à nommer, ces fonctions sont surtout confiées à des agents de la police. On a émis le regret, en France, que dans les grandes villes, le nombre des agents recenseurs soit tout à fait insuffisant (1). On a aussi tenté de recruter un corpsvolontaire de recenseurs, à qui des récompenses honorifiques seraient accordées; c'est le cas en Allemagne, mais la séduction qu'exercent les emplois officiels n'est pas la même dans tous les pays. S'il est permis d'exprimer une opinion assez paradoxale au sujet de la capacité intellectuelle à exiger des agents recenseurs, nous voudrions dire que les plus intelligents ne sont pas les meilleurs. Ce sont les plus soigneux et les plus attentifs qui répondent le mieux à ce qu'on en attend. Un homme très intelligent jugera peut-être inutile de prendre connaissance avec soin des diverses instructions et il sera tenté de substituer ses vues propres à celles de la direction ; on devra compter avec lui sur une équation personnelle très marquée. A l'occasion du dernier recensement aux Indes, on a observé que lesbulletins remplis par les simples agents recenseurs indigènes étaient dressés avec plus de soin que les réponses données par les Européens. Pour ceux-ci, le recensement était affaire de mince importance et toute réponse était bonne pour en finir avec une formalité aussi ennuyeuse; l 'agent recenseur indigène, au contraire, exerçant une fonction publique, l'a remplie en conscience, se conformant en tous points aux directives reçues.
Il appartient à la direction du recensement de donner des instructions suffisantes et surtout très claires aux agents recenseurs. Ce point mérite quelque développement et pour ne pas scinder ce qui a trait aux qualités personnelles des agents, nous en parlerons plus loin, au n° 92.
(1) Compte rendu du recensement de 1906, p. 3, note.
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
B. — L'agent doit pouvoir exécuter ce qui lui est commandé. Ceci suppose une sage discrétion du questionnaire. Ne faites pas poser par le recenseur des questions indiscrètes, ou heurtant les intérêts ou la conscience si vous voulez qu'il réussisse dans sa mission. Sa tâche, non plus, ne doit pas être trop lourde. Tous- les recensements limitent le nombre de bulletins à confier à un seul agent recenseur. Le maire, en France, doit désigner des recenseurs à raison de 1 par 100 habitants dans les campagnes, et 1 par 200 habitants dans les villes; les agents contrôleurs sont au nombre de 1 par 2,000 habitants.
C. — L'agent doit vouloir arriver à un résultat exact. On ne lui laissera pas émettre d'appréciations subjectives, de crainte des divergences de vues et des confusions. La négligence ou l'indifférence des agents est un écueil fréquent; l'organisation d'un contrôle minutieux avec la sanction du refus de l'indemnité si le travail est mal exécuté constitue un moyen d'action efficace. Il faut rémunérer équitablement les agents recenseurs, si l'on veut éviter le dégoût et l'indifférence. Dans certains pays, cette rémunération est à charge des communes ; ailleurs, elle est supportée par le gouvernement, comme tous les autres frais du recensement.
92. Dans les instructions aux agents, il ne s'agit plus de conceptions abstraites, mais de réalités. Nous plaçant résolument devant les faits, nous nous demanderons quelles difficultés rencontreront les agents recenseurs, s'ils trouveront dans les instructions les moyens de les surmonter et de quelle façon ils comprendront les règles tracées à leur usage. S'il nous est permis d'invoquer à ce propos notre expérience personnelle, nous dirons que dans les nombreux cas où nous avons eu à rédiger des instructions pour les agents d'une enquête, nous avons toujours procédé de la sorte : a) quelle est la nature des difficultés de fait que l'agent est exposé à rencontrer? b) les difficultés qui nais-
sent de cette situation de fait sont-elles expressément prévues 1 c) étant donné ce qui est écrit dans les- instructions, comment pourrait-on s'y prendre pour le mal comprendre? — car, il ne suffit pas aux instructions d'être claires, elles doivent ne pas pouvoir être détournées de leur sens. On trouve des gens doués d'un véritable génie d'incompréhension ou de détournement du sens naturel des- mots. Tous les malentendus ne peuvent être évités ; raison de plus pour le rédacteur des instructions de faire tout le possible pour en diminuer le nombre ; l 'épreuve, que nous appellerons négative, des instructions- consistant à s'efforcer de les interpréter à rebours, est un exercice excellent; si les instructions y résistent, elles sont bonnes.
Pour éviter autant que possible les erreurs, divers procédés ont été recommandés et adoptés. Les commissions locales et provinciales de statistique, qui, à l'imitation de la Belgique, ont été créées dans plusieurs pays, ont cessé de fonctionner ou ont été expressément abolies pour des raisons qui se sont imposées partout : la difficulté de trouver des personnes compétentes, dans les petites communes; le fait que, pour toutes les recherches spéciales, on aura plus d'avantage à consulter des fonctionnaires attachés au service en cause, plutôt qu'une commission composée de membres ayant tous la même compétence générale. Actuellement, on s'efforce de faire pénétrer les instructions dans tous les rangs des agents recenseurs en nommant des agents plus qualifiés, en moins grand nombre, dont la mission est de guider les agents recenseurs et de surveiller leur travail. Le bureau central organise aussi des conférences où les différents points du questionnaire et des instructions sont analysés et expliqués. Les conférences donnent de bons résultats, car une des grandes difficultés consiste à obtenir que les agents recenseurs lisent attentivement leurs instructions-; le commentaire parlé supplée à la lecture inattentive.
Les instructions à donner aux agents recenseurs comportent deux genres de renseignements : 1° l 'interprétation
ORGANISATION DU RELEVÉ STATISTIQUE
des termes utilisés dans le bulletin; 2" l'ordre des opérations et la date à laquelle chacune doit être commencée et achevée.
Voyons quelles sont, en France, les opérations confiées aux agents recenseurs. Leur première besogne consiste à établir un document provisoire appelé « carnet de prévision » servant à préparer le travail de recensement et à faire connaître le nombre de bulletins à distribuer. Quinze jours environ avant la date fixée, l'agent recenseur doit aller de maison en maison, s'assurer si l'immeuble est habité ou non, indiquer le nombre de ménages qui y logent et le nombre de membres du ménage. La profession du chef de ménage doit être indiquée d'une façon très précise. Les instructions spécifient ce qu'il faut entendre par maison, ménage, membres et chef du ménage. Cette besogne préparatoire doit être terminée au plus tard le 19 mars.
Vient ensuite la remise des bulletins individuels imprimés; elle s'effectue à partir du 22 mars et l'agent doit déposer dans chaque maison un nombre de bulletins dépassant d'environ un quart celui qui était prévu sur le carnet, afin de tenir compte des hôtes de passage. Les instructions prévoient ce que l'agent a à faire quand il s'agit d'hôtels garnis, de maisons où il existe un concierge, d'établissements dont la population est comptée à part (lycées, casernes), etc..
La reprise des bulletins commence deux jours plus tard. Le principe essentiel à relever ici, c'est que l'agent doit s'adresser personnellement aux intéressés pour recueillir lui-même les renseignements manquant sur les bulletins et rectifier les réponses insuffisantes ou inexactes. L'agent recenseur n'est pas un facteur des postes chargé de distribuer machinalement des imprimés et de les reprendre ensuite sans exercer aucun contrôle. L'agent doit signer le bulletin; c'est un moyen de contrôle. Malheureusement, ii faut bien avouer que ce contrôle personnel par l'agent re-
censeur es-t sans doute l'une des formalités les plus imparfaitement exécutées qui sqient. Si les agents recenseurs appliquaient à la lettre les instructions qui leur sont données sur ce point, la qualité des- recensements se trouverait du coup améliorée dans une large mesure.
Les délais impartis aux agents recenseurs pour la reprise des bulletins sont de trois jours, en principe, mais on peut aller jusqu'au huitième jour, dernier délai, en cas de difficulté exceptionnelle. Ces délais assurent, dans une certaine mesure, le synchronisme des données du recensement, mais pour être vraiment efficaces elles devraient être plus rigoureuses. Nous avons déjà dit que le recensement hindou, en dépit de toutes les difficultés, est un modèle de recensement synchronique.