PHÉNOMÈNES ÉTUDIÉS PAU LA STATISTIQUE
nomique, par exemple, est soumis à une évolution incessante, elles se persuadent facilement que les recherches de la statistique sont oiseuses. A quoi bon s'efforcer de saisir une situation changeante à tout moment, et de quelle utilité peuvent être des constatations qui se trouvent depuis longtemps périmées lorsqu'elles sont livrées à la publicité? Cette opinion, assez répandue, ne tient pas compte de la nature des causes qui interviennent dans les phénomènes collectifs. Ces causes sont de deux espèces. Les unes ont quelque chose de général et de permanent. Elles sont communes à toutes les manifestations individuelles du phénomène. Parfois, elles se manifestent d'une façon continue; parfois, elles ne font sentir leurs effets qu'à un moment donné, mais d'une façon néanmoins régulière (1). D'autres causes, au contraire, présentent le caractère opposé. Elles sont propres à une situation donnée, elles n'intéressent qu'une manifestation isolée d'un phénomène, elles n'exercent pas d'action sur toutes les manifestations, mais seulement sur quelques-unes et en nombre variable. On peut donc dire qu'au lieu d'être générales, elles sont spéciales, et accidentelles au lieu d'être permanentes. Dans les phénomènes collectifs, les deux catégories de causes se retrouvent, elles s'entre-croisent, elles se contrarient, elles s'ajoutent ou se contre-balancent. Toutefois, il est évident que de ces deux sortes de causes, celles qui ont un caractère général et permanent exerceront une action beaucoup plus décisive que les autres.
Les causes accidentelles ont une tendance à se faire équilibre, à s 'annihiler réciproquement. Le but de la recherche s 'exerçant sur les phénomènes collectifs est de dégager les
(1) Ce sont les causes que Quetelet appelait causes constantes, à raison de la continuité de leurs manifestations et de l'égalité de leur intensité, comme il nommait causes variables, celles dont l'action continue se présentait avec une énergie sujette à changement. Knapp avait proposé de réunir sous le nom de causes essentielles les causes constantes et les causes variables. (Cf. J. LoTTiN, « Le calcul des probabilités et les régularités statistiques », Revue Néo-Scolastique, 1910, pp. 45-46).
causes agissantes diverses e,t particulièrement les causes générales, de façon à exprimer ce que le phénomène présente de permanent et de typique, comme aussi de montrer les modifications que les éléments permanents subissent au cours des années, ce qui permet de tracer la courbe d'évolution du phénomène. Ainsi, l'on peut dire que la statistique, méthode propre aux phénomènes collectifs, a pour objet final la recherche de l'absolu parmi le relatif, du typique parmi l'accidentel, du permanent parmi le passager.