PHÉNOMÈNES ÉTUDIÉS PAR LA STATISTIQUE
en condamner l'emploi dans les cas que l'on vise, car on ne conçoit pas une recherche scientifique basée sur deux méthodes : l'une qui est reconnue bonne, l'autre qui est certainement défectueuse. Cette dernière n'est pas à employer, et si l'on n'a pas la possibilité de recourir à la bonne méthode, la seule existante sous le rapport scientifique, il est bien préférable de conclure que la recherche, dans les conditions actuelles, n'est pas possible.
Le chimiste, le physicien, le biologiste emploient indifféremment l'observation et l'expérimentation, afin d'arriver à caractériser les phénomènes qu'ils étudient. Comme ce sont des phénomènes typiques, l'observateur n'a pas à se préoccuper de l'aspect quantitatif; il n'a qu'à envisager l'aspect qualitatif, ce qui fait que ses remarques prennent naturellement la forme écrite descriptive.
Le statisticien, au contraire, étudie des phénomènes collectifs atypiques : pour les décrire, il recourt à rémunération, au dénombrement, il les considère sous le rapport quantitatif. C'est en chiffres qu'il traduit ses observations.
La notation numérique est un procédé propre à la méthode statistique, qui ne se rencontre pas dans les autres et qui est le seul dont on puisse se servir à propos des phénomènes collectifs pour la connaissance desquels la méthode statistique est indispensable. A raison de son importance, il ne sera pas inutile de s'y arrêter quelque peu.
6. Lorsque le relevé est achevé et que les divisions de la classification sont établies, le statisticien, au moyen du dépouillement, compte le nombre de fois que se rencontre telle variété appartenant à un groupe donné de classement, par exemple le nombre de salaires de 3 francs à fr. 3.49 existant dans un groupe ouvrier dont il étudie la distribution sous le rapport du salaire. Les- chiffres inscrits par le statisticien dans ses tableaux signifient que l'unité dont il fait usage se rencontre autant de fois sous l'aspect de telle variété : les chiffres expriment donc une idée de fré-
quence qui sert à interpréter le phénomène collectif dont les manifestations individuelles sont variables. Ainsi, par exemple, les établissements industriels d'un pays n'ont pas tous la même importance. En admettant que le nombre d'ouvriers occupés dans chaque établissement soit un indice suffisant, on commence par isoler ce caractère pour chaque entreprise, puis on partage la série en un certain nombre de classes : établissements comptant de 1 à 5 ouvriers, de 6 à 10, de 11 à 20, etc., et dans chaque colonne on inscrit le nombre d'entreprises qui présentent ce caractère. Cette statistique indique que sur la masse des entreprises, celles qui occupent de 1 à 5 ouvriers, etc., se rencontrent autant de fois. De là, on déduira ensuite que la petite, la moyenne, la grande industrie, sont plus ou moins représentées dans l'ensemble. On fera varier ce classement en l'établissant par industrie et en recherchant quelles sont les différences qui se marquent dans la grandeur des établissements, selon qu'ils appartiennent à telle industrie ou à telle autre. On étendra encore cette recherche en ajoutant la base de l'unité territoriale et en étudiant le rapport qui se marque entre la grandeur des entreprises et leur répartition géographique, en d'autres termes, en recherchant s'il existe des zones de grande et de petite industrie, etc. On procède donc d'après les règles de la connaissance intellectuelle, par abstraction, c'est-à-dire que l'on considère successivement chaque caractère après un autre caractère, procédé que rend seule possible la notation numérique des observations.
7. La notation numérique présente des avantages sérieux, comme aussi elle a ses dangers et ses inconvénients. Au nombre de ses avantages, on doit lui reconnaître la précision. Il est certain que la présentation, sous forme de tableaux, d'une série bien ordonnée de chiffres, recueillis à l'aide d'une technique parfaite, doit aider beaucoup à la découverte des causes et des tendances, c'est-à-dire contri-