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PHÉNOMÈNES ÉTUDIÉS PAR LA STATISTIQUE

buer au but de la statistique. La disposition tabcllaire desdonnées de la statistique a toujours été considérée comme un perfectionnement sur les procédés antérieurement en usage, à l'époque où la statistique n'était encore considérée que comme une science descriptive de l'Etat : « Les tableaux, dit Engel, peuvent se comparer à un ensemble de fonctions de diverses natures; les valeurs de la première colonne correspondent aux données indépendantes, aux constantes ; celles-ci une fois bien établies, les nombres des colonies suivantes varient avec les premières, et sont comme les variables dépendantes des constantes. »

Ainsi, dans une statistique des salaires, les variables sont constituées par les nombres d'ouvriers gagnant chaque taux de salaire, les constantes étant représentées par la nature de l'industrie, ou une base géographique, ou le caractère de grande ou de petite industrie. Les différents tableaux qu'on obtient de la sorte font connaître l'influence que la nature de l'industrie, ou la localisation de l'entreprise, ou la grandeur des établissements peuvent exercer sur la répartition des salaires parmi une population ouvrière donnée.

Le fait que les observations statistiques se traduisent en chiffres est la cause de certains inconvénients. Au premier rang de ceux-ci nous notons la trop grande rigidité apparente de certaines constatations. Parce qu'elles sont exprimées en chiffres, les conclusions de la statistique paraissent empreintes d'une certitude absolue. On ne discute pas contre un chiffre, dit-on ; non, mais on discutera utilement la méthode à l'aide de laquelle ce chiffre a été obtenu, et on pourra ainsi discuter sa signification véritable. Il faut éviter avec soin que l'esprit critique ne soit annihilé par l'appareil rigide dont sont entourées les données statistiques.

8. La notation numérique consiste essentiellement en un relevé quantitatif, mais il serait faux de considérer que la

statistique n'envisage que le côté quantitatif des phénomènes qu'elle observe. Elle est également basée sur l'aspect qualitatif des choses; seulement les deux aspects ne sont pas envisagés en même temps, ou dans la même phase des opérations techniques. Dans un relevé démographique portant sur une population classée d'après l'état civil, on divisera cette population en plusieurs classes : célibataires, mariés, veufs, divorcés ou séparés. L'opération, de classement par laquelle on a reconnu qu'il y avait lieu de diviser la population en quatre classes quand on désire l'étudier sous le rapport de l'état civil des personnes qui la composent, cette opération répond à une distinction qualitative et elle s'effectue du moment où le s-tatisticien arrête les classifications qui vont lui servir. Cette classification, que nous venons de citer, est très simple, mais il en est de plus complexes et dont les éléments, moins clairement indiqués par la nature des choses, peuvent être discutés. Dans une statistique industrielle, nous voulons, par exemple, répartir les entreprises industrielles d'après le mode d'exploitation. Nous pouvons concevoir des distinctions basées sur les principes suivants de différenciation : 1° les entreprises peuvent être de& entreprises individuelles ou des associations de personnes ou des associations de capitaux ; 2° dans les entreprises individuelles ou qui sont constituées sur la base d'associations de personnes, on peut reconnaître des entreprises de minime importance dans lesquelles l'exploitant travaille seul, ou bien dans lesquelles il travaille avec des membres de sa famille seulement ; à un degré supérieur, on reconnaîtra les entreprises qui ont recours à des ouvriers étrangers à la famille de l'exploitant, etc. Le travail de classification est par sa nature qualitatif. C'est lorsque les classifications sont établies que la phase quantitative se déroule dans l'opération statistique. L'opérateur reconnaît alors que l'unité qu'il considère appartient à une classe déterminée, il la note dans cette classe et finalement il compte le nombre de fois que des unités de cette sorte se

DIFFÉRENTES CONCEPTIONS DE LA STATISTIQUE I I

sont rencontrée» dans le relevé. Cette opération est la suite de la première, qui consiste à arrêter une place au programme de classement d'après lequel on comptera les unités dénombrées.

La statistique présente donc dans ses opérations diverses le caractère des méthodes scientifiques : elle abstrait, elle considère les choses selon le point de vue qualitatif et quantitatif, elle aborde successivement l'aspect discriminatif et unitif des phénomènes qu'elle considère.

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