I. — Les séries statistiques
187. Pour acquérir toute la valeur dont elle est susceptible, l'observation statistique doit être la plus longue et la plus étendue possible. La plus longue possible, afin que les faits relevés acquièrent toute leur signification en dépouillant les caractères accidentels qu'ils peuvent présenter dans certains ca& isolés ; la plus étendue possible, afin que les caractères généraux se réflètent dans l'observation et non pas ceux qui ne sont qu'exceptionnels.
Une succession de données résultant de l'observation quantitative d'un fait non typique, répétée dans le temps ou dans l'espace, prend le nom de série.
Les statisticiens n'ont pas toujours paru attacher une importance suffisante à la question de la classification des séries. Cependant, si l'on veut y réfléchir un instant, on s'apercevra que les résultats de la statistique d'investigation sont très différents selon qu'ils s'appliquent à une espèce de séries, ou à une autre espèce.
Ou bien les phénomènes sont observés par la statistique d'après des divisions du temps, ou bien ils le sont selon des divisions de l'espace.
Ceci fournit une base de classification rationnelle. Nous aurons en premier lieu des séries dan& lesquelles l'évolution du phénomène est considérée dans le temps ; ce seront les séries chronologiques ou historiques.
D'autre part, nous distinguerons les séries dans lesquelles l'élément de succession dans le temps fait défaut, mais dans lesquelles l'observation statistique, supposée
faite à un moment donné, s'applique à des endroits différents du territoire. Ces séries montrent les variations du phénomène dans l'espace.
Mais certains phénomènes peuvent être étudiés en euxmêmes, sans considération du temps et de l'espace, mais simplement dans le but de montrer la distribution des éléments variables dont ils se composent. Et ceci nous fournit une nouvelle base de classification des séries.
Somme toute, la classification proposée n'a rien de nouveau dans la statistique. Nous la retrouverons dans l'exposé de la statistique graphique. Bien qu'il soit peu désirable, dans un exposé méthodique, d'anticiper sur les développements de la matière, nous devons signaler ici que la statistique graphique divise les diagrammes en deux classes : les diagrammes historiques ou chronologiques qui représentent les faits d'après leur évolution au cours des années, et les diagrammes de distribution qui montrent la répartition des fréquences, sans intervention de la notion de temps. A ces deux modes de réprésentation, la statistique graphique en ajoute un troisième qui envisage la répartition dans l'espace : les cartogrammes.
Les divisions sont exactement celles proposées à l'égard des séries (1).
188. Le premier groupe est formé des séries basées sur une mesure du temps.
L'unité de temps admise est souvent l'année. On peut adopter l'année astronomique ou l'année fiscale ou financière. Cette dernière unité n'est employée que dans des statistiques spéciales ayant trait aux finances publiques ou privées. Il y a toujours lieu de préciser la nature de l'unité de temps dont on se sert. Les
(1) Cette classification est celle proposée par M. Edmond F. Day dans un article paru dans « Quarterly publications of the American Statistical Association », vol. XVI, n° 128 (1919) ; nous l'avions nous-même adoptée en partie dès 1917.
SÉRIES, SÉHIATION, DISTRIBUTION
statistiques ayant l'année comme mesure sont extrêmement nombreuses. Parmi elles, on peut citer, à titre d'exemple, les statistiques criminelles; nous en donnons ci-après un spécimen :
Exemple 1.
Années