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loin dans cette voie, il n’en reste pas moins acquis un certain nombre de résultats généraux, que les vains efforts des partisans du surnaturel ne parviendront jamais à renverser. Tout récemment encore nous lisions un livre curieux, publié en France, en 1850, et intitulé : Mémoires d’un enfant d'ouvrier. Études religieuses, par B. de Saint-Maur, et là, dans un extrait du rapport à la Société de morale (Paris 20 août), nous tombions sur ces mots : « Inspirés par l’austère méthode de Descartes, ils (les Mémoires d’un enfant d'ouvrier) présentent dans leurs touchantes confidences, une anafyse des évangiles, aussi digne que hardie, où, dès le début, on se sent élevé dans une région inconnue du génie de Saint-Augustin, de Luther et de Bossuet, éclairée de ce principe nouveau : Les évangiles sont des drames grecs, dont le dogme fondamental est l'unité de Dieu; tout autre dogme est ultérieur aux drames, et ne sy rattache que comme un développement naturel du génie grec. Cette simple thèse, développée avec art, révèle les causes des augustes grandeurs passées, l'actuel affaissement des idées religieuses, et les consolants espoirs de l'avenir chrétien. » On en conviendra, nous sommes loin de l’époque, où l’on regardait comme authentiques et sacrés tous les récits, toutes les scènes, dans lesquels on a encadré les vérités simples et sublimes enseignées par Jésus, comme si ellès avaient eu besoin de cet appareil merveilleux et dramatique pour sé faire accepter du monde. Enfin, quant aux miracles, si l’on entend par là des faits contraires aux lois de la nature, les progrès de la science sont venus en quelque sorte corroborer les données de la philosophie pour prouver leur inanité. Quoiqu'on dise, quoiqu’on fasse, le règne des miracles a fait son temps. Nous avons bien assez des étonnants mystères de la nature et de l'esprit, sans aller encore encombrer ce vaste et merveilleux champ de nos puériles inventions. Il y a quelque chose
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de mille fois plus divin dans la semence qui germe et se transforme en épi, dans l'intelligence de l'enfant qui se manifeste dès sa naissance et s’épanouit tous les jours sous nos yeux, que dans le miracle des pourceaux possédés du démon, ou dans cent autres, qui, après tout, n’ont abouti qu'aux résultats les plus médiocres.
Nous le disons donc à regret, Channing n’est pas encore parvenu à s'affranchir complétement des vieilles traditions du passé. Mais au moins, et c’est là le côté vital de sa doctrine religieuse, il a laissé la voie ouverte au progrès, en proclamant le principe de la souveraineté de la raison en fait de religion comme en toute matière. Ce n’est pas lui qui voudra enchaîner à jamais l'intelligence humaine et l'emprisonner dans quelque symbole étroit, dans quelque formulaire obscur. Ce n’est pas lui qui s’imaginera qu'on élève l’homme, dans la double acception du mot, en lui apprenant à réciter les phrases incompréhensibles d’un catéchisme. Car la grande affaire pour. lui c’est de fortifier l’homme dans toutes les directions, de fortifier son intelligence, de fortifier son cœur, de fortifier sa volonté et de rétablir ainsi l’équilibre de ses facultés. Sans doute on n’arrivera pas ainsi à cette unité chiméræue et dangereuse, que nous voyons inscrite sur la bannière de l’orthodoxie; mais on arrivera à ne pas arrêter le développement spontané de l’homme et de la société, on arrivera à ne pas entraver la variété des opinions et des doctrines, à ne pas vouloir étouffer la voix des dissidents par la contrainte et la violence, on arrivera enfin par la tolérance, la charité et l'amour, ce principe d'union que Dieu a mis dans le cœur de l’homme, à l'harmonie, à la religion, à l’église universelle. « En somme, comme l’a très-bien dit M. Lahoulaye, liberté absolue de la pensée et charité inépuisable, ce sont les deux besoins suprêmes de l’homme et du chrétien.
La perfection , c'est de donner pleine carrière à notre raison et d'aimer Dieu et nos frères d’une tendresse infinie. Tel est le système complet de Channing; système qui ne manque certes ni de simplicité ni de grandeur. »
Nous pouvons le répéter maintenant : ïl y a accord entre la philosophie et l’unitarianisme de Channing. Le fait d’une religion en harmonie avec le progrès est patent. Est-ce là un fait purement accidentel, un pur fait de circonstance ? Nous ne le pensons pas, parce que ce fait se justifie par les tendances mêmes de notre époque, et nous y entrevoyons un signe d’espérance pour l'avenir. « Dans l’histoire de la religion, dit M. Laboulaye, je crois l’unitarianisme destiné à prendre une grande place, car il est le dernier terme du libre examen, et, pour dire toute ma pensée, l'avenir du protestantisme est à lui. Et, quant aux hommes (et le nombre en est grand) qui sentent le besoin d’une croyance pour fixer la pensée et pour pacifier le cœur, et que cependant effraient les difficultés du dogme, il me semble qu’il n’est pas sans intérêt pour eux de connaître un système qui entreprend de concilier la religion et la philosophie, non pas au moyen d’une mutuelle et dédaigneuse tolérance, mais en montrant que l€ christianisme est l’achèvement de la philosophie, et que la révélation est la perfection même de la raison. Si une pareille doctrine nous arrivait d'Allemagne, enveloppée dans de mystérieuses formules , déguisée sous des mots étranges, nous l'accueillerions avec respect, comme nous avons fait des théories de Schelling et de Hégel ; aurons-nous moins d'attention parce que Channing n’est point resté dans le domaine de l’abstraction, qu’il a parlé simplement, pratiqué ses idées, et fondé bien plus qu’une école, une Église, à laquelle appartiennent aujourd'hui les écrivains les plus influents, les . esprits les plus élevés de la Nouvelle-Angleterre? Une doctrine
nouvelle, et qui émeut les deux mondes, c'est, selon moi, même quand cette doctrine est théologique, un sujet digne d'occuper quiconque ne professe pas une suprême indifférence pour toute étude sérieuse et qui force à réfléchir. »
Ajoutons que les doctrines religieuses de Channing et des unitaires ont déjà fait invasion en Europe, sans peut-être que nous nous en doutions. C’est ainsi qu'en Angleterre il existe, depuis près de quarante ans, une société unitaire, qui, en 4817, a publié une traduction du Nouveau-Testament. En 14840, elle tenait ses réunions à Londres, à Saint-Swithin-Lane. Les Anglicans refusent aux membres de cette société le nom de” chrétiens, ce qui ne l'empêche pas de compter des personnages politiques parmi ses adhérents. En France même, en 1831, des unitaires ont fait une profession de foi Uni Deo. En 1835, ils se sont établis à Marseille, sous la direction de W.-H. Fierness, et, en 1844, ils ont publié un curieux ouvrage sous le titre d'État religieux de la France et de l'Europe (vol. in-8°, 4850). Aujourd’hui, dit la Nouvelle Biographie universelle (&. IX , 4854), où nous puisons ces renseignements, la Société de l'alliance chrétienne universelle, dans son appel aux chrétiens de toutes les communions , professe ouvertement les opinions de Channing, quand elle dit « que tous les Credo particuliers sont devenus douteux; que toutes les autorités humaines, soi-disant infaillibles, sont ébranlées ; que toutes les prétendues orthodoxies chancellent. » Elle ajoute que « personne désormais ne rétablira telle quelle la foi catholique, apostolique et romaine ; que personne ne maintiendra l’immuable conservation de tous les dogmes de l’Église grecque, et que personne ne ressuscitera réellement la confession d’Augsbourg ou celle de La Rochelle. » Ces faits prouvent la gravité de l’œuvre de Channing, et justifient le rang qu’on lui assigne parmi les réformateurs les plus hardis.
Nous croyons donc avoir fait chose utile en cherchant à faciliter la connaissance de Channing et de ses doctrines dans notre pays. Il nous à semblé qu'il était bon pour nous de ne pas ignorer le mouvement qui s'opère dans les esprits, au point de vue religieux, aussi bien dans notre vieux continent que dans le nouveau monde. Nous nous sommes rappelé ce vers du poëte latin :
Homo sum : humani nihilà me alienum puto.
Peut-être aurons-nous le /malheur de déplaire à certains esprits; mais nous répéterons alors ce que disait récemment M. Laurent, dans ses remarquables Études sur l’histoire de l'humanité, dont, par parenthèse, et pour l'honneur de la Belgique, nous désirons vivement voir paraître la continuation : « Il importe à toutes les opinions que la franchise prenne la place d’un silence qui ressemble à de l'hypocrisie; l'Église elle-même doit repousser des adhésions qui ne sont que calcul ou faiblesse. Que toutes les convictions sincères se produisent, la victoire restera à la vérité. Mais pour cela il faut la liberté la plus complète dans la discussion. Pour moi, je dis ma pensée tout entière; transiger avec ce que je regarde comme la vérité, par ménagement des opinions dominantes, serait plus qu’une lâcheté, ce serait un crime. Je ne puis croire, du reste, qu'il y ait danger, en Belgique, à dire librement ce que l’on pense. La liberté n'est-elle pas l'essence de nos institutions? Et, dans un pays libre, la liberté de la pensée ne serait qu'un vain mot!»
CHRISTIANISNE UNITAIRE,