I. Lettres des souverains
Les souverains correspondent ensemble directement, soit de la façon la plus solennelle, par lettres de chancellerie, appelées aussi lettres de conseil ou de cérémonie, soit par lettres de cabinet. Cellesci peuvent être autographes, ou de main propre, ce qui est la façon la plus intime et la plus personnelle, et par conséquent la plus obligeante. Les lettres de chancellerie et surtout les lettres de cabinet non autographes sont les plus usitées pour la correspondance officielle, d'État à Etat.
Les lettres de chancellerie ou de cérémonie sont astreintes à un céiémonial rigoureux. « Vedette : qu'elles soient écrites à des égaux on à des inférieurs, le grand titre du souverain qui les signe, y précède les noms et titres du souverain auquel elles sont adressées... — Corps de h lettre : dans le corps de la lettre, le souverain qui écrit parle de luimême à la première personne du pluriel, Nous, en donnant au haut destinataire le titre de Majesté, d'Altesse, etc., ou se servant simplement du mot Vous, suivant le rang et selon les rapports d'amitié qui subsistent entre eux. — Courtoisie : la formule qui termine la lettre est ordinairement celle-ci : « Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, très hut, très puissant et très excellent prince, notre très aimé bon frère (ami, cousin, allié), en sa sainte et digne garde ». — Souscription : tu-dessous de la lettre, à gauche, sont indiqués le lieu de la résidence, li date, Tannée courante et celle du règne du souverain, et plus bas, à droite, se place la signature du prince. — Les lettres de chancellerie sont ordinairement contresignées par le secrétaire d'État ayant le département des affaires étrangères ; elles s'expédient dans les chancelleries d'État, sur grand format, sous couvert, et scellées du grand sceau de rÊtat. Dans les lettres de chancellerie écrites par des souverains au chef d'une grande république, les formes sont les mêmes... (1) »
« Le cérémonial qui s'observe dans les lettres de cabinet est beaucoup moins rigoureux... ; le style en est plus familier entre égaux, et moins solennel envers des inférieurs, aussi est-ce la forme employée de préférence dans la correspondance des souverains. — Vedette : entre souverains, Monsieur mon frère..., Monsieur mon cousin, mon cousin. — Corps de la lettre: le souverain y parle de lui-même au singulier... — Courtoisie : quelques expressions obligeantes ou amicales, qui varient
(1) Ch de Martens, Guide diplomatique, t. III, p. 321-325.
suivant les relations qui subsistent entre les deux souverains, termi nent la lettre. Exemple : « Je saisis avec empressement cette occasion de renouveler à Votre Majesté les assurances de la haute estime et d< l'amitié sincère avec laquelle je suis de Votre Majesté le bon frère... » — Souscription : la signature du prince n'est point contresignée par un se e ré taire d'État. La lettre est scellée du petit sceau de l'État ; le formai du papier est moins grand... et l'adresse est plus courte.
« Quand les lettres de cabinet sont autographes, c'est-à-dire écrite! de la main du souverain, la rédaction en est quelquefois plus libre quant aux titres et aux formules d'usage, sans que la différence de rangs s'y fasse pour cela moins sentir » (1).
Les Lettres de faire-part, de félicitations, de condoléance, sont de lettres de cabinet.
Lettre autographe de Napoléon 1 II au roi de Prusse :- « Monsieur moi frère, n'ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste quï remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté. Je suis de Votn Majesté le bon frère Napoléon. Sedan le ior septembre 4870 ».