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II. Autre acception du terme : style diplomatique

Le terme : style diplomatique s'emploie aussi dans une acception différente, qui est l'acception vulgaire du mot style, pour indiquer la façon de s'exprimer usitée dans les écrits diplomatiques. Cette façon doit toujours être correcte, simple et noble ; un soin extrême y doit être apporté, ne serait-ce qu'en vertu du droit des Etats au respect ; une clarté complète, absolue, est, dit-on, aussi de rigueur, ce qui n'empêche qn'il y règne parfois une obscurité voulue.

Le comte de Flassan dit dans le Discours préliminaire de son Histoire de la diplomatie française (\ 808) : « Le style diplomatique, à quelque sujet qu'il s'applique, ne doit pas être celui de l'académicien, mais celui d'un penseur froid, revêtant d'une expression pure et exacte une logique non interrompue. La chaleur, qui fait presque toujours le succès de l'éloquence, doit en être exclue ». Et voici ce que dit Meisel, en son chapitre I«r : « La correction et la pureté du style sont trop essentielles pour qu'il soit permis de jouer un rôle diplomatique avant d'avoir acquis les premières bases du talent de s'énoncer. Les fautes contre la

{{) Guide diplomatique, t. II, p. 1;».

langue dans des actes destinés à une publicité plus ou moins étendue, jettent du ridicule sur le rédacteur, affaiblissent la considération dont il doit jouir, et nuisent par là indirectement à sa cause. Ces fautes d'ailleurs peuvent faire naître des équivoques et des méprises toujours conséquentes en matière de politique. — L'affectation, le précieux, la grâce de l'éloquence recherchée ne peuvent convenir dans des affaires aussi graves que celles qui occupent la politique : il lui faut le langage de la simplicité et de la raison... Dans les mémoires et surtout dans les actes, la simplicité et la clarté doivent dominer... Mais si Ton évite l'affectation et la recherche, ce n'est point pour descendre au ton bas et familier. Les trivialités, les expressions proverbiales et populaires, les plaisanteries doivent être bannies d'un style qui demande un caractère de dignité sans emphase, de noblesse sans hauteur, de gravité

sans pédanterie On évitera avec plus de soin encore les invectives,

les injures, les reproches offensants, les imputations calomnieuses. — Il faut encore s'énoncer en peu de mots et joindre la concision à la précision. Les circonlocutions, les épithètes, les grands mots, les périodes nombreuses, les ornements indiscrets, les lieux communs de rhétorique, sont des choses souverainement déplacées dans des écrits où tout est grave et important, et où tout doit aller directement au but ».

La chancellerie russe s'est distinguée par les soins donnés au style et à la rédaction des pièces diplomatiques, et telle a longtemps été la tradition du cabinet français. Les mémoires, dépêches, notes de M. Thouvenel, de M. Drouyn de Flluys, sous le second empire, sont à juste titre classiques.

Dans les congrès, les actes ont parfois été rédigés d'une façon remarquable ; ainsi quand M. Feuillet de Gonches dirigeait le secrétariat, comme à Paris en 1856, ou quand la plume était tenue par Gentz, comme à Vienne en 1814-1815, à Aix-la-Chapelle en 1818.

On cite, à propos des suites que peut avoir une rédaction vague, les premiers mots du compromis de Washington, entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, du 8 mai 1871. Les plénipotentiaires anglais laissèrent insérer des termes très généraux : « Whereas différences hâve arisen... and still exist, growing ont of the acts committedby the several vessels etc. » Le secrétaire d'Etat américain a fort justement pu déclarer : « Tfaat which growes out of an act is not the act itself, but something conséquent upon or incident to the act, the resuit of the act (1). »

(1) Comparez ci-dessous, § 59, 168, et § 54, 157.

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