III. U chiffre
Bien que le secret des lettres soit garanti et que les valises des courriers soient inviolables, la correspondance entre un gouvernèrent et ses agents a souvent lieu par cryptographie, c'est-à-dire in moyen d'un chiffre, ce qui est d'autant plus nécessaire que la nison d'État, issue du droit de conservation, est toujours, ainsi qu'on l'a vu, prépondérante. Au reste, c'est surtout pour les télégrammes que le chiffre est utile et usité.
On distingue en conséquence les dépêches et rapports chiffrés, en tout ou en partie, des dépêches et rapports en clair.
D existe une science du chiffre, laquelle comprend celle du déchiffrement. Cette science du déchiffrement n'est point l'art facile du maniement d'une clef donnée par les tables déchiffrantes, mais la science qui doit permettre a un gouvernement de déjouer l'habileté d'un autre, en lisant, sans en avoir la clef, les choses que celui-ci ▼eut cacher.
Il est donc utile, et il n'est point impossible, d'employer des chiffres indéchiffrables.
« Parmi les nombreux systèmes de chiffre à l'usage des chancelleries et des légations, nous citerons les alphabets ou caractères usuels détournés de leur acception ordinaire, et combinés avec des signes, quelquefois avec des nombres ; la grille ; et l'emploi exclusif des chiffres... Le chiffre par nombres vaut mieux que les deux autres : la quantité de combinaisons y est presque infinie ; l'emploi en est prompt et
(1) Ci-dessous, § 62, 161.
(2) Ouvrage classique de Klùber ; Kryptographiki Lehrbuch der Ge- Urmschreibekurut ( Chiffrier - und fkchiffrierkunsi) m Staats-und Privatgeschaflen. 1809. — Miruss,
§ 149-166, avec nombreuses indications historiques et bibliographiques. — Fleissner, Handbuch der Kryptographik. 1881 . — Vesin de Romani, La cryptographie dévoilée.
facile, tant pour chiffrer que pour déchiffrer ». « Chaque cabinet... su à cet égard des procédés différents, et tout diplomate entrant en font tions y sera nécessairement initié (1) ». La grille est un carton découf à jour, qui, posé sur la dépêche, ne laisse apparents que les caraclèn nécessaires et masque ceux de pur remplissage (2).
D'autres actes publics, de nature diverse, émanent des gouverm ments.
Il y a les manifestes, lancés, par exemple, au moment d'entw en guerre, par les souverains belligérants, et adressés a leurs pn près peuples, ou aux autres peuples, a tous les peuples ; ou par h neutres, pour proclamer leur neutralité et annoncer la manièi dont ils entendent l'observer et la faire observer (3) ; ou au momei d'un avènement au trône , ou d'une abdication ; ou à l'occasio d'une annexion de territoire.
Il y a les déclarations diplomatiques et les contre-déclarations.
Il y a encore les exposés de motifs de conduite, mémoires justifl catifs au moyen desquels les cabinets font connaître les raison qui les engagent h former une alliance, à rompre des négociations à refuser la ratification d'un traité, ordonner des armements, en trer en guerre etc.
Il y a enfin les traités ou conventions entre États, lesquels, à rai son de leur grande importance, seront étudiés a part, au livre VII
Toutes ces pièces publiques et diplomatiques, comme celles qu sont mentionnées au précédent numéro, sont régies quant à leui forme et aussi quant aux éléments qui les composent, par des règles déterminées, dictées par la connaissance des hommes et l'expé rience, par la courtoisie internationale, souvent par la force mém< des choses et la nécessité, et qui s'apprennent essentiellement pai la pratique.
Leur ton, leur style doit être toujours conforme aux principes
(1) Ch. de Martens, Guide diplomatique, t. I, § 21.
(2) Littré, au mot Grille, 12».
(3) a-dessous, § 62, 481-182 ; § 68,