BLES8ÉS ET MALADES
méritent les soldats mis hors de combat après avoir fait leur devoir (1). L'humanité n'est pas ici seule enjeu ; l'intérêt bien entendu commande aux chefs d'adoucir le plus possible le sort de leurs hommes en ménageant ceux de l'ennemi.
Toutefois c'est seulement depuis une trentaine d'années que des mesures générales ont été arrêtées par une convention collective, à laquelle tous les États civilisés ont participé ou accédé, en vue d'assurer un traitement humain et la sécurité aux militaires blessés, à quelque partie belligérante qu'ils appartiennent. Cette convention, conclue h Genève le 22 août 1864, est, comme la déclaration de Paris de 1856, comme celle de Saint-Pétersbourg de 1868, un traité générateur du droit des gens (2).
En vertu de la convention de Genève, les militaires blessés ou malades des deux parties belligérantes sont recueillis et soignés avec une sollicitude égale.
Les ambulances et les hôpitaux militaires, aussi longtemps qu'il s'y trouve des malades ou des blessés, sont reconnus comme inviolables, entourés d'une protection que la convention désigne sous le nom de neutralité (3). Ils doivent être protégés et respectés par les belligérants ; leur personnel, exerçant ses fonctions, participe à cette protection.
Les principes posés par la convention de Genève ont été développés et précisés par des conférences subséquentes ; on les a généralement observés, en la mesure possible, dans les guerres récentes. Leur application se combine avec la poursuite du but de la guerre, lequel d'ailleurs doit toujours primer en cas de conflit. Les hommes
nève. 1816. En allemand et en français. Cet ouvrage a obtenu un prix fondé par l'impératrice Àugusta, qui s'est intéressée d'une façon très active à l'amélioration du sort des blessés. — Moynier, Étude sur la convention de Genève, 1810. La Croix~Rouge,son passé et son avenir.
1882. De quelques faits relatifs à la convention de Genève, R. D. I., t.XVIU. 1886. La littérature de la
convention de Genève est abondante. On trouve de nombreuses indications chez Lueder, Manuel de Holtzendorff, t. IV, §74-79, §98-103.
— Gurlt, Zur Geschickte der interna tionalen und freiwilligen Krankenpflege im Kriege.iHS; 2« éd. 1893.
(1) Conventions entre belligérants, ci-dessous, § 67, 207.
(2) a-dessus, § 2, 7.
(3) Comparez ci-dessus, § 7.
de guerre apprécient mainte question autrement que les philanthropes, et, dans la guerre, l'appréciation des hommes de guerre doit nécessairement prévaloir.
De 1581 à 1864, on a compté plus de trois cents conventions sur ce même objet de la protection accordée aux blessés. Ces conventions anciennes, dont plusieurs ont trait à la marine, sont souvent très détaillées, et surpassent parfois la convention de Genève en précision et en humanité. 11 faut mentionner, entre autres, la convention franco-prussienne de (759, prescrivant que les médecins, chirurgiens, apothicaires servant dans les hôpitaux et armées, ne seront point sujets à être faits prisonniers de guerre et seront renvoyés le plus tôt possible. La neutralisation ou inviolabilité des ambulances était stipulée au XVIIIe siècle; Wasserfuhr, professeur à Gœttingue, réclamait, déjà en 1820, une entente internationale à ce sujet. 11 n'a pas manqué non plus, surtout au XV11I0 siècle, de philanthropes qui se sont prononcés hauteme nt pour la cause de l'humanité.
Mais on avait plus ou moins oublié tout cela, lorsque, cent ans après le traité de 1759, un effort décisif fut fait d'abord par de simples particuliers suisses, puis par le gouvernement de la Confédération, effort qui a été couronné d'un légitime succès.
La première impulsion est due à M. Henri Dunant, de Genève, qui visita en 1859 les champs de bataille de la Haute-Italie, et consigna dans un livre intitulé Un Souvenir de Solferino (1862), exempt de prétentions littéraires, mais éloquent par le fait, les sentiments de pitié profonde que la vue et le sort des blessés lui avaient inspirés. La Société genevoise d'utilité publique, et en particulier son président, M. Gustave Moynier, l'appuyèrent, s'associèrent à son œuvre, et la continuèrent. Le but que M. Dunant et le bureau de la Société d'utilité publique eurent d'abord en vue, était la formation, dans les divers pays, de sociétés de secours aux militaires blessés. Mais il s'y joignit, grâce à une haute suggestion venue de Berlin, une autre idée, qui est l'idée principale, l'idée juridique : celle de l'inviolabilité ou neutralité du personnel sanitaire. Le gouvernement suisse, prenant l'œuvre en main, adressa, le 6 juin 1864, une circulaire à tous les États européens, aux États-Unis d'Amérique, au Mexique et au Brésil, les invitant à une conférence internationale, qui se réunit à Genève le 8 août. Le gouvernement français appuya l'initiative de la Suisse. Un projet élaboré par le comité de Genève fut soumis aux délibérations et leur servit de base. La convention relative au traitement des militaires blessés sur les champs de bataille et aux ambulances, fut signée le 22 août par les représentants de douze États européens. Les ratifications furent échangées le 22 juin 1865. Tous les autres États d'Europe ont accédé ; en outre la plupart des États américains, l'État du Gongo, la Perse, le Japon, le Siam.