DE L*BTAT DE SOCIÉTÉ
tendre, celle qai commence par Tinvocation de Dieu dans les deux camps, a pour principe le principe même de la sociabilité, loin d'y être contraire.
On n'expliquerait pas autrement le fait historique du progrès du droit des gens, ni cette loi selon laquelle la guerre avec ses rigueurs augmente ou décroit avec la civilisation. Les guerres de religion ont cessé; Tescla- ▼age, qui n'est que la continuation de la guerre, a disparu en partie; ne peut-on pas supposer qu'arrivés à une intelligence plus parfaite de ce qui constitue leur nature, les hommes ne verront plus dans la différence des mœurs une cause qui les arme pour se détruire?
Pour que la guerre fût le signe d'une antipathie naturelle, il faudrait qu'elle existât par cela seul que les hommes se rencontrent en un même lieu ; il faudrait qu'elle fût une mêlée. Mais ce n'est pas ainsi que le fait de la guerre est jamais apparu : les sauvages qui tuent leurs prisonniers marchent en troupe ; le lien qui unit des compagnons d'armes est d'autant plus resserré que l'animosité est plus grande contre l'ennemi commun; et ces singularités apparentes s'expliquent par une même raison; c'est que la sympathie grandit comme les passions qui nous agitent, et que cette communauté des passions nous est plus sensible, scion que les individus qui nous résistent sont d'une nature plus différente de la nôtre.
En laissant de côté le fait exceptionnel de la guerre, on a contesté la nécessité de l'état social, ou plutôt on
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l'a méconnue. Rousseau et Kant^ après lui, font de la société le résultat d'un pacte dont ils ont cru retrouver les termes : les hommes » selon Rousseau , ne seraient que des associés libres, et leur agrégation n'aurait pour objet que de mettre en commun les forces dont ils disposent, pour surmonter les obstacles qui nuiraient à la conservation de l'espèce dans l'état de nature, c'est-àdire pour lui dans l'état d'isolement.
Ce système est faux si celui que nous avons exposé est vrai. Les besoins de l'homme, sans doute, peuvent rendre nécessaire l'état de société, mais non d'une nécessité qui exclue jusqu'à l'idée d'une délibération. Si l'animal vit seul , c'est que la raison est nulle en lui et l'instinct tout-puissant; la nature a tout préparé pour la satisfaction des besoins de son existence. L'homme, au contraire, privé de cet instinct qui guide la brute, mais doué d'une raison qui ne peut se développer et s'exercer qu'au contact de ses semblables, ne saurait vivre isolé. A la différence de l'animal, qui nait avec toute la somme de perfection dont son espèce est susceptible, l'homme ne sait que ce qu'il a appris. Sa raison, qui peut s'élever par l'éducation aux plus sublimes conceptions, ne pourrait, dans l'isolement, suffire aux nécessités les plus humbles. C'est bien dans l'état social seul qu'il peut pourvoir à ses besoins même physiques, par l'exercice de ses facultés intellectuelles et naturelles. Mais il obéit à un mobile bien autrement puissant, quand il cède à l'attrait irrésistible de la sympa-
DE l'état de société. 29
thie. Le calcul alors n'est plus possible , et c'est parce que Fétat social est bien nécessaire de cette manière» qu*nn contrat social librement consenti est une supposition toute chimérique.
La discussion à laquelle nous venons de nous livrer n'est pas sans utilité pratique. De son hypothèse d'un contrat social tacite, Rousseau a déduit, avec une surprenante rigueur, tout un système d'organisation politique. Si le contrat social est une réalité, les conséquences qu'en a tirées Rousseau sont inattaquables ; si c'est au contraire une chimère, son système est miné dans sa base.
Or l'hypothèse d'un contrat est inadmissible : on y méconnaît la nature de l'homme. Dépouiller l'àme de son principe d'activité, c'est la mutiler; et déduire un système de droits et de devoirs sociaux d'une pure hypothèse, dans laquelle l'homme n'est plus qu'une abstraction, c'est créer un système purement arbitraire.
L'état social est un fait nécessaire, qui s'est accompli et se perpétue indépendamment de ce prétendu contrat dont nul n'a pu donner la teneur. Nos recherches auront donc pour point de départ la nécessité de l'état social. Nous écarterons toute idée d'engagements ou de promesses tacites émanant des membres de la société ; car si la société est nécessaire, il n'y a point de contrat. La convention suppose chez ceux qui contractent la liberté de stipuler et de promettre, la faculté d'acquiescer ou de refuser le consentement. Or la nécessité de
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30 PEINCIPES DU DROIT.
l'état de société exclut cette liberté chez les membres nés de cette agrégation. L'homme en société a naturellement des droits et des devoirs dérivant des lois de son être : la convention ne saurait rien ajouter ni à ceux-ci ni à ceux-là. Promettre ce qu'on doit, stipuler ce que Ton peut exiger, c'est ne rien faire ; et l'on ne voit pas, si l'état de société est un fait nécessaire, ce qui pourrait être l'objet d'un contrat.
€es observations préliminaires étaient indispensables. L'idée du droit est inséparable de l'idée de société. Avant d'examiner ces deux questions qui dominent toute la philosophie civile : quel est le principe du droit? quelle en est la garantie? il était nécessaire de savoir ce que c'est que l'état social.
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