‹ Principes du droit publicChapitre 12 sur 67 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

ne pourra-t-il pas être tenté d'en user contre les libertés publiques, ou d'entreprendre des guerres insensées ou injustes, et par conséquent de ruiner la liberté dont il doit être le protecteur loyal, ou de compromettre une indépendance dont il doit être le gardien prudent? Le peuple qui voudra être indépendant et libre, n'aura*t-il rien de mieux à faire qu'à remettre sa confiance et ses forces à un pouvoir exécutif qui croira s'être mis à Fabri d'un renversement à rintérieur? Comment, en d'autres termes, se con^ cilié la sécurité du peuple, en matière de liberté, avec un gouvernement assez fort pour mettre tout le pays en armes et le faire marcher à la guerre ? Le problème est difficile à résoudre.

Voici la théorie du prince prétendant ; l'histoire dira la pratique du prince président et de l'empereur absolu. « Pour être libre, ce qui n'est qu'une conséquence de l'indépendance, il faut que tout le peuple, indistinctement, puisse concourir aux élections des représentants de la nation ; il faut que la masse, qu'on ne peut jamais corrompre, et qui ne flatte ni ne dissimule, soit la source constante d'où émanent tous les pouvoirs. }^ — Le suffrage universel entre les mains d'une population ignorante, et dès lors facile à égarer par des meneurs ambitieux, par des conducteurs aveugles ou perfides, peut devenir un instrument de despotisme ou d'anarchie. Le suffrage universel doit avoir en tout cas ses exceptions commandées par l'indignité ou l'incapacité. 11 faut de plus, le peuple fût-il aussi éclairé que peut l'être la masse des populations vouées au travail, il faut que le sufiOrage universel.

JJil PRÉFACE.

pour qu'il sache quelque peu ce qu'il fait tout en ne votant que sur des noms propres, soit organisé ou gradué. A ces conditions, il est encore douteux qu'il soit le meilleur juge des aptitudes à tous les emplois supérieurs.

Il est facile aussi de faire spéculativement de l'aisance publique, de c la répandre dans toutes les classes, de diminuer les impôts, )» de donner « au gouvernement un aspect de stabilité qui tranquillise les citoyens et permette de compter sur l'avenir, j^ Mais dans la pratique, surtout avec des gouvernements qui veulent être forts, et qui semblent d'ailleurs faire assez peu de cas de la simplicité des mœurs et de Thonnéteté des gouvernants et des gouvernés, il est au moins permis de douter que l'aisance puisse être générale et les impôts modérés ; le dévouement des sommités politiques largement payées, la multiplication des sinécures et des dignités oiseuses, le luxe effréné des cours, les déprédations de la chose pubUque, les spéculations coupables, les abus financiers de toute nature peuvent être comme le privilège des plus hautes positions, et devenir Une cause nouvelle de corruption et de ruine pour le peuple.

Reste à savoir comment, avec un pareil état possible de choses, un gouvernement pourra raisonnablement se flatter d'être stable, ce II le sera, nous dit le publiciste, lorsque les institutions ne seront point exclusives, c'est-à-dire lorsque, ne favorisant aucune classe, elles seront tolérantes pour tous, et surtout en harmonie avec les besoins et les désirs de la majorité de la nation. Alors le mérite sera la seule raison pour

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