PRÉFACE. XXIX
guerre. Ce ne sont pas les connaissances qu'il a acquises qui donnent ordinairement en guerre une valeur plus grande à l'officier instruit (car dans le combat) il est tout à fait indifférent qu'il sache démontrer habilement un problème de mathématique difficile, ou qu'il possède à fond l'histoire, la physique ou toute autre science); ce qui lui sert, c'est qu'il ait pris en étudiant l'habitude de penser par lui-même, de juger clairement et d'appliquer à chaque sujet la force de son esprit, contrairement à ceux qui affaiblissent eux-mêmes leur force intellectuelle en flânant dans les cafés et en reculant devant tout effort d'esprit (1). »
Quoi qu'il en soit, nous pouvons dire, d'après ce qui précède, que l'empire se trouve jugé par lui-même : il a contre lui non seulement les faits, mais la théorie à la faveur de laquelle il s'est en partie frayé la voie. Sans savoir ce qui serait arrivé avec une république dont Louis-Napoléon fût resté le loyal président, et avec Tapplication de ses théories poUtiques, il est difficile de penser que la France eût pu tomber dans un abime de maux plus profond que celui où l'ont conduite une politique et des principes tout différents de ceux qui semblaient être d'abord dans les convictions de cet autre homme du destin.
Mais que la part de chacun soit faite. La France aurait mauvaise grâce, elle serait même injuste, lorsque, sans faire un retour mérité sur elle-même, sans s'accuser d'imprudence, de bassesse, d'indignité, de
(1) hevue politig. et litlér,, n» 9, page 209.