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PRÉFACE. XXXIII

qu'on ne pourrait essayer de revenir à une monarchie que par une sorte de révolution qui serait à coup sûr Toccasion de nouvelles agitations et peut-être de nouveaux bouleversements ; enfin que^ la question de Tordre , dans les circonstances si douloureusement exceptionnelles où nous nous trouvons à Tégard de l'étranger, pourrait bien être une q[uestion de vie ou de mort pour la France .

Pourquoi donc la grande masse des honnêtes gens, des hommes d'ordre, n'est-elle pas tout entière pour la république ? Cest qu'elle craint que la démocratie oe dégénère en démagogie, que la démagogie n'amène l'anarchie, et l'anarchie le despotisme militaire, à la suite duquel viendrait une nouvelle république^ et toujours ainsi. Avec notre tempérament démocratique, qui est bien une première et fondamentale constitution avec laquelle il faut absolument compter, le despotisme militaire ne peut avoir qu'un temps assez court. Tel est donc le cercle fatal dans lequel nous semblons condamnés à tourner sans fin et sans relâche. C'est ce qui fait désirer aux uns le retour à Tancien régime monarchique, aux autres le rétablis ornent de la royauté constitutionnelle, à ceux-ci une restauration impérialiste, à ceux-là enfin une sage et franche république, avec toutes les réformes et toutes les institutions qu'elle exige et qu'elle comporte, avec le respect de tous les droits qu'elle doit protéger , en un mot comme la plus économique, la plus équitable, la plus élastique , la plus vivante et la moins sujette à vieillir de toutes les formes politiques.

XXXIV PRKFACK.

L'ancienne monarchie française a fini avec Loiiis XIV qui l'avait portée à la plus haute expression de l'absolutisme personnel ; atteinte mortellement sous le règne du grand roi , elle ne fait plus que languir et tomber dans la décrépitude sous les deux règnes suivants, en attendant que la révolution, qui grandit depuis longtemps, la pousse dans la tombe. La démocratie avait alors pleine conscience de ses droits et de ses forces. Le despotisme militaire du premier empire put la comprimer un instant mais non l'étouffer. A la chute de l'empire qui l'avait trahie au lieu de s'en inspirer pleinement, d'en faire l'éducation, de la régler pour la fortifier, elle se recueille, reprend ses forces et son rôle sous une restauration qui ne put ou ne voulut point la comprendre, et qui en fut bientôt débordée. Depuis lors, amusée pendant dix-huit ans par une monarchie débonnaire qu'elle avait accueillie comme la meilleure des républiques, mais qui eut le tort de ne l'avoir pas assez comprise ; égarée un instant par des réformateurs ou des meneurs incapables ; supplantée par ceux qui avaient mission de la défendre ; trompée pendant vingt ans par un nom et par un homme : la voilà de nouveau, après un autre accès de colère , en pleine possession de ses droits et de ses destinées. Saurat-elle user des uns dans l'intérêt des autres? Beaucoup en doutent, parce qu'elle semble n'avoir rien appris ; rien, sinon que sa confiance avait été mal placée.

A qui donc l'accorder après tant et de si cruelles déceptions? Ceux qui voudraient retourner au plus lointain d'un passé dont la résurrection leur semble

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