XXXVI PRÉFACE
valent ramener une monarchie , ils ne pourraient la faire durer ; elle aurait toujours contre elle une impardonnable origine. Et si d'autres fautes venaient s'ajouter à ce premier tort , — pour n'employer que des expressions modérées jusqu'à l'impropriété, — les jours de cette restauration astutieuse et violente seraient bientôt comptés.
La seule royauté encore possible en France serait la royauté vraiment constitutionnelle, établie, ou plutôt rétablie par une assemblée nationale qui aurait la mission non équivoque de décider de la forme du gouvernement. Mais , qu'on le remarque bien , elle n'aurait de chance de durée que par la raison que son origine serait ce qu'elle doit être, et parce que son caractère serait celui d'une république démocratique avec présidence héréditaire. D'un autre côté, si l'on fait attention que toute monarchie incline naturellement à étendre les pouvoirs du prince et à restreindre l'action politique du citoyen, que le privilège, le favoritisme, le luxe et la corruption sont les conséquences presque inévitables de toute monarchie : on verra en tout cela un ferment révolutionnaire destiné à mettre tôt ou tard les masses en mouvement , et à ramener encore la république.
Ainsi, des trois candidatures monarchiques qui sont aujourd'hui en présence, l'une a contre elle l'absurde, la deuxième l'indignité, la troisième les vices mêmes inséparables de toute monarchie.
Quant à la république , elle vaudra juste ce que vaudront les citoyens qui la composent, et ne durera qu'autant qu'ils la feront durer. J'admire vraiment
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une mnltitade de gens qui s'accommoderaient , disentils, d'une république honnête, qui la trouireraient môme la meilleure forme de gouvernement , et qui cependant aiment mieux en désespérer que de faire quoi que ce soit pour elle , comme si elle pouvait exister sans appui ou qu'elle fût absolument impossible ! Elle est, et ils veulent qu'elle ne soit pas. Elle ne demande qu'à vivre , à grandir, à se fortifier, et ils la condamnent à périr d'inanition. Elle leur donnerait la stabilité et l'avenir qu'ils désirent si fort et si justement, et, par bassesse d'âme , ils préfèrent des monarchies plus ou moins impossibles , avec Téterndle perspective des révolutions. Ils retourneraient plutôt à ce qu'il y a de pire en fait de monarchie que de consentir à déployer les efforts et les vertus qu'exigerait une saine et forte république. Il n'y a pourtant de salut qu'en elle, comme elle n'est possible qu'à la condition de s'y attacher, de la vouloir sincèrement et virilement. Pourquoi ne pas s'appliquer avant tout à la réalisation du programme tracé avec un bon sens si élevé par le grand citoyen auquel le pays a confié la haute direction de ses intérêts les plus chers? Pourquoi ne pas s'appliquer tout d'abwd à sauver le pays d'une ruine imminente, surtout en préparant la jeunesse aux vertus sévères de l'homme digne de se gouverner lui-même? Mais comment cela? Par une large instruction obligatoire pour tous puisqu'elle est nécessaire à tous et dans l'intérêt de tous; par un enseignement pénétré de cet esprit laïque ou de libre jugement, de saine critique et de conviction raisonnée, qui doit présider à toute doctrine du ressort exclusif de la rai-