DE L'ARISTOCRATIE ET DE LA NOBLESSE
De l'arlsteeratle et de la BoUesse.
SOMMAIRE
Élémeol de raristocratie. — Régime naturel, « Sea dangers. — Moyen de les prévenir. — La noblesse. — Opinions de Montesquiea, d*Andlloo, de Siamondi. — Qaatre sortes d'aristocratie.
Le gouvernement aristocratique, si par aristocratie nous entendons l'autorité des plus capables et des meilleurs, est naturel ; nous serions même très porté à penser avec Rousseau qu'il fut celui des premières sociétés. Mais il ne contient pas les garanties nécessaires au peuple. Il y a plus: c'est qu'il devient promptement une source d'inégalilés choquantes, de privilèges de familles et de castes, et par conséquent une source d'injustices, d'oppression et d'abaissement pour le reste du peuple.
L'aristocratie n'est bonne qu'autant qu'elle est restreinte dans les limites de la justice , c'est-à-dire qu'autant qu'elle est naturelle, temporaire, ou viagère tout au plus, fondée en tout cas sur la double base du mérite personnel et du choix consciencieux du peuple ou de ses représentants. Si ces conditions vieanent à manquer par suite de l'usurpation de l'autorité et de la concentration héréditaire du pouvoir dans un certain nombre de familles, la société se partage en classes rivales, ennemies môme ; le patriciatou la noblesse succède à l'aristocratie, et le peuple en est bientôt opprimé. C'estalors, suivant Rousseau, le pire des gouvernements.
Or il est inévitable qu'un corps de patriciens qui a la faculté de se recruter, ne choisisse pas au sein de ses propres familles, et au degré le plus proche. C'est-à-dire qu'un gouvernement aristocratique doit nécessairement dégénérer en gouvernement de castes. Il faudrait que les hommes ne fussent pas hommes pour qu'il en fût autrement.
Le danger est moins éminent si les grands, revêtus de toute l'autorité souveraine, ont la sagesse de laisser au peuple le libre choix des hommes qui doivent faire partie du sénat (1). De cette manière le gouvernement se rapproche de Taristocratico-démocratique. Il s'en distingue cependant par la réunion des deux pouvoirs dans les mains du sénat, qui fait toutes les lois, nomme tous les hauts fonctionnaires publics, les tient soumis à sa puissance, mais surtout par l'élection à vie de chaque sénateur. Le corps seul aurait le droit de juger et de retrancher l'un de ses membres.
Suivant Montesquieu, les sénateurs ne doivent point avoir le droit de remplacer ceux qui manquent dans le sénat ; rien, dit-il, n'est plus capable de perpétuer les abus. . . Plus une aristocratie approchera de la démocratie, plus elle sera parfaite ; et elle le deviendra moins à mesure qu'elle approchera de la monarchie.
Mais si le sénat n'était pas appelé à se recruter
(1) Nous appelons sénat le corps aristocratiqae qui gou'vernc un État , que la dignité soit héréditaire ou à vie, que le sénat soit lo ^eal corps législatif ou qu*il ne soit qu'une chambre haute.
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lui-même à son gré, serait-ce un gouvernement aristocratique ?
Ancillon ne conçoit pas de de noblesse sans fortune territoriale. Cette fortune ne présente pas encore assez de stabilité si elle n'est pas érigée en majorats et ne peut être transmise par substitutions. De plus, la noblesse doit être héréditaire, sans quoi elle cesse bientôt d'être. Il ne lui croit du reste rien de particulier sous le rapport naturel et moral ; il n'y voit qu'une institution politique qui contient et soutient tout à la fois la monarchie.
Les anciens publicistes, dit Sismondi, invoquaient l'aristocratie, et les modernes la repoussent. L'aristocratie est un pouvoir attaché à l'illustration, sa force est dans l'esprit de corps. Elle est de quatre sortes : de naissance, de manières, de talents et de richesses (i). La troisième ne peut devenir une puissance politique. La quatrième se combine fort bien avec les trois premières. Son pouvoir s'est accru depuis que celui des autres a décliné. Ni les lois ni Topinion ne peuvent anéantir ces quatre aristocraties. Tout pouvoir est toujours confié à une distinction quelconque, ou à une aristocratie.
Les quatre aristocraties ont toujours (juatre classes
(1) Pourquoi pas de cinq? Uae moralilé supérieure n'est-elle pas un titre d'estime aussi juste et aussi puissant sur les esprits éclairés et raisonnables y que de bonnes manières? Serait-ce parce que la vertu est d*ttne appréciation plus difficile, qu'elle n'est réellement point extérieure , qu'elle peut être le partage du plus ignorant et du plus pauvre, tandis que l'idée d'ariâtocratic implique celle d'instruiition , d'élégance, de richesse, en un mot de distinction? Platon cependant voulait qu'elle fût dans la république le seul titre & la haute fonction iW ceoseur. Mais c'était encore !a vertu pridc dans Tariitocratie.
du peuple qui leur sont opposées, et lors même qu'elles voteraient toujours ensemble, elles ne formeraient que le petit, et même le très petit nombre. Est-ce donc, s'écrie le publiciste dont nous analysons la pensée, est-ce donc à la majorité compacte des hommes nouveaux, des hommes grossiers, des igno rants, des pauvres, qu'on voudrait déférer la souveraineté, à l'exclusion des gens bien nés, polis, instruits ou riches? — Le peuple est souverain sans doute, ou plutôt son droit s'élève au-dessus de toute constitution ou de tout souverain, mais en tant seulement qu'il est unanime.— Le pouvoir des majorités sur les minorités n'est point un droit natuirel, mais un droit constitutionnel. — Les révolutions sont faites par les majorités sans doute, mais elles ne sont vraiment légitimes que quand les minorités se sont volontairement soumises. — La pairie est ime* invention toute monarchique ; tous les sénats républicains ont été électifs ; toujours, quand ils se sont appuyés sur le patriciat, c'est par un libre choix ; mais constitués avec la pensée toujours dominante de la perpétuité, ils ont en général été autorisés à se recruter euxmêmes, tantôt par un scrutin entre tous les membres, tantôt par l'éjection de quelques officiers tirés de leur corps, tels que les censeurs (1).
(i; OaTrage cité, p. 28&-8i9.