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DE LA MONARCHIE

entend à chaque instant parler de ses affaires, et les discute librement?

C'est donc bien avec raison que Platon a dit que si la royauté est le meilleur de tous les bons gouvernements, elle est aussi le pire des mauvais, tandis que la démocratie est le meilleur entre ces derniers.

Et que de chances n'y a-t-il pas pour qu'un roi soit un homme médiocre ou même quelque chose de moins, surtout s'il est héréditaire? Il y a d'abord toutes les chances naturelles, puis toutes les causes particulières qui font que les princes, quelque soin qu'on prenne de leur éducation, valent presque toujours moins qu'ils n'auraient valu dans une autre condition.

Si la royauté est élective, d'une part elle livre l'État à la brigue et à la corruption ; de l'autre, elle le laisse sans force suffisante pendant l'interrègne. Ce n'est pas tout. Un roi élu sera généralement un homme capable, mais par là même plus dangereux pour la liberté. Il cherchera toujours et par tous les moyens à fonder une dynastie.

Mais élective ou héréditaire , la royauté, considérée

comme revêtue du pouvoir souverain de faire la loi,

^ de la faire exécuter par des agents de son choix et

\ qui dépendent de son bon plaisir, est un pouvoir

' immense. Ce pouvoir aura toujours le double défaut :

!• d'être trop étendu pour qu'un seul puisse en bien

user, même comme modérateur ou régulateur;

2* d'être contraire à la dignité, et plus encore à la

prudence du côté des nations si la royauté est leur

œuvre, et à la justice si elle leur est imposée. Ce

pouvoir sera toujours partagé entre un plus ou moins grand nombre de courtisans , qui Texerceront sans contrôle possible de la part des plus intéressés, sous des titres divers, mais qui rappelleront toujours les ministres et les satrapes des rois de l'Orient, les proconsuls romains, les intendants de nos vieilles provinces, nos anciens fermiers généraux et toutes les autres variétés de petits despotes préposés pour tenir le peuple en respect en l'écrasant. Les courtisans formeront à la longue une aristocratie nobiliaire, qui s'emparera de toutes les branches du pouvoir et n'en laissera pas le plus petit rameau accessible à des»hommes du peuple. Telle est la marche naturelle des choses sous les monarchies absolues, jusqu'à ce que la noblesse force la royauté à l'écraser au moyen du peuple, ou que celui-ci se soulève de lui-même contre tous ses oppresseurs.

Suivant Montesquieu, le pouvoir monarchique ne s'étend pas jusqu'à faire ou à défaire les lois fondamentales, mais seulement à gouverner en conséquence de ces lois; le prince est la source de tout pouvoir politique et civil. Du reste, ce publiciste célèbre veut à la monarchie des pouvoirs intermédiaires, subordonnés et dépendants : il en fait même l'essence du gouvernement monarchique. Ce pouvoir intermédiaire, c'est la noblesse. Point de monarque, point de noblesse ; point de noblesse , point de monarque , mais un despote. Cette dernière partie de la maxime a pu être vraie avant l'établissement des monarchies constitutionnelles, mais elle a cessé de l'être maintenant. Encore a-t-on soutenu dernièrement la faus-

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