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tioD, à tenir un très grand compte de toutes les circonstances physiques et morales où se trouvent les peuples pour les amener insensiblement à recevoir enfin la seule constitution en harmonie avec la destinée humaine. Toutes les autres ne sont que des moyens pour celle-ci, qui est la seule absolument bonne, la seule vraiment équitable. Tout le reste n'est qu'un pis aller imposé par la nécessité seule. C'est, ou le régime qui ne convient qu'à un tempérament plus ou moins faible, ou même le médicament qni n'est salutaire que dans la maladie* Mais une fois que la constitution est dans sa force, ou que la santé est rétablie, il faut au corps des aliments plus fortifiants ou plus sains. Il en est encore de Futilité des mauvaises constitutions sociales comme de celle des préjugés; leur bonté n'est que négative: ôté le mal qu'elles sont destinées à neutraliser, alors non seulement elles ne seront plus bonnes, mais elles se trouveront évidemment mauvaises. C'est ainsi qu'un préjugé n'est utile qu'à cause d'un autre ; que celui-ci disparaisse, et le premier ne sera plus qu'un mal sans mélange de bien.
Nous convenons donc de l'utilité, de l'opportunité relative de certaines formes de gouvernement , mais nous soutenons aussi qu'il y en a une qui est plus que toutes les autres appropriée à la nature et à la destinée de l'homme. Nous ajoutons que si les autres ne sont pas plus ou moins propres à préparer l'avènement de celle-là, à la rendre possible d'abord, nécessaire enfin, elles sont comparables à des remèdes qui, tout en soutenant le malade, entretiennent la maladie ; ce
sont moins des remèdes en tout cas que de misérables palliatifs. L'humanité n'est pas un corps malade d'une maladie mortelle ; elle a un principe éternel de vie et de développement, qui permettra toujours à des mains habiles de l'amener à l'état sain , et de lui donner ensuite le régime qui convient aux forts. II faudra sans doute quelquefois beaucoup de temps pour en venir là ; mais si ceux qui se donnent pour conducteurs des peuples avaient une idée du but auquel ils doivent tendre ; s'ils connaissaient bien les obstacles qu'ils ont à combattre, les moyens qu'ils doivent employer pour le faire avec succès; s'ils voulaient sérieusement et fortement le bien public, surtout l'éducation et l'émancipation des peuples, les deux biens par excellence pour des êtres raisonnables et la garantie de tous les autres ; si enûn ce système était accepté de tous ceux qui se succèdent au pouvoir, il suffirait très certainement de quelques générations pour lancer avec vigueur et sûreté le char de l'Etat dans la voie d'une rapide civilisation. Mais hélas! il y a partout et toujours tant d'hommes d'affaires et si peu d'hommes d'État, l'ambition l'emporte si généralement et à un si haut degré sur l'amour du bien public, que l'humanité gémira longtemps encore sous la conduite ignorante et égoïste de ses chefs.
Toutefois nous pouvons rendre grâces au ciel des progrès déjà faits, puisque nous avons un vif sentiment de la nécessité d-en faire davantage. Toutes les fins de non-recevoir qu'on nous oppose pour nous empêcher d'approcher de plus près de l'idéal, tous les arguments historiques qu'on allègue même pour
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nous décider à rentrer dans les voies plus franches des monarchies mixtes ou absolues, sont sans valeur aacune, par la raison toute simple que la société française ne ressemble à nulle autre. Elle diffère des sociétés anciennes parce qu'elle n'a ni esclaves ni patriciens. Elle diffère des sociétés modernes les plus avancées en liberté et en civilisation, parce qu'elle n'a plus d'aristocratie légale ou de privilèges, et que l'égalité devant la loi est presque aussi bien établie dans ses mœurs et dans ses lois que dans ses convictions.
EUe forme donc la société la plus identique, la plus une, la mieux graduée, la plus légèrement nuancée dans tous ses éléments, qui soit au monde. Plus d'intérêts de corps opposés à d'autres ; plus de noblesse, plus de clergé comme corps politique, plus de tiersétat, mais seulement des Français et rien que des Français. Quelle admirable fusion sociale 1 quelle précieuse garantie pour l'avenir ! Avec quelle majestueuse simplicité la nation pourrait s'avancer comme un seul homme vers ses destinées ! Elle ne devrait plus avoir dans son sein de luttes sérieuses à soutenir, de prétentions injustes et puissantes à mettre à la raison. Elle est en possession de la liberté et de l'égalité véritables, c'est-à-dire de Tégalité proportionnelle et de la liberté légitime ou compatible avec la justice. Elle peut éviter, dans l'organisation des pouvoirs publics, des complications qui n'aboutissent qu'à mettre en présence des forces ennemies, à paralyser ou à fausser le jeu du mécanisme gouvernemental. La question éco* nomique seule peut l'agiter encore, mais une solution
est inévitable ; elle ne sera toutefois définitive qu'autant qu'elle sera fondée sur une justice tempérée par une bienveillance mutuelle. Cet accommodement est évidemment dicté par l'intérêt de tous, et si TÉtat n'a pas à l'imposer, au moins dans toute son étendue, il ne peut en tout cas que s'y montrer favorable, et très disposé, dans la mesure de ses attributions légitimes, à le faire respecter.
En résumé : la bonté des constitutions est absolue ou relative ; il n'y en a qu'une seule dont la bonté soit absolue, parce qu'il n'y en a qu'une qui soit appropriée le plus possible à la nature et à la destinée humaine. Celle-là doit être le but de toutes les autres et le dernier mot de l'organisation sociale: elle doit, à la fin, être la même pour tous les peuples capables d'une complète civilisation ; tout ce qui exige des différences, tout ce qui sort de cette haute généralité, est réglementaire ou d'exécution et n'appartient point aux parties constitutives et fondamentales de la société humaine ou du droit public universel. Toutes les autres constitutions ne sont donc que provisoires. Elles n'ont donc qu'une bonté relative aux circonstances de toutes sortes où se trouvent les peuples qu'elles régissent, et doivent varier avec ces circonstances mêmes. Mais si elles sont sagement conçues, tout en recevant la loi de ces circonstances ou du fait, elles tendront à les déterminer de manière à faire de plus en plus l'éducation politique du peuple, à le rendre de plus en plus susceptible de la constitution dernière et absolue, de manière enfin à soumettre le fait au droit.
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Suivant Rousseau, la monarchie ne convient qu'aux nations opulentes, raristocratie aux États médiocres en richesse ainsi qu'en grandeur , la démocratie aux États petits et pauvres. Mais ce n'est pas à dire que la démocratie représentative ne convienne pas également aux États médiocres et aux grands États ; seulement la monarchie, dans la pensée de Rousseau, ne convient qu'aux grands .
Du reste, le signe auquel on peut reconnaître la convenance d'une forme de gouvernement, n'est pas rétendue de la population, comme le dit Rousseau ; car des peuples abrutis par le despotisme et la misère multiplieront plus que d'autres moins malheureux et moins dégradés. Le grand nombre d'habitants d'un pays ne prouve pas qu'ils soient heureux, mais seulement qu'ils ne sont pas toujours très sensibles à leur dénûment, et qu'ils ne sont pas encore si profondément misérables que la faim, la peste ou d'autres fléaux analogues fassent annuellement périr une grande partie de la population.
Si maintenant nous revenons un peu sur nousmêmes, et que nous nous demandions ce qu'il manque encore à la France pour qu'elle puisse jouir de la forme simple de gouvernement rêvée par les publicistes philanthropes, nous trouverons que la France, malgré les nombreux avantages qu'elle possède déjà, avantages que nous avons fait ressortir et qui la rendent plus propre qu'aucune autre nation du monde à devenir le type nouveau des sociétés futures , pourrait difficilement conserver le degré de liberté qu'elle a conquis, loin de l'étendre, si elle ne devenait
généralement plus instruite, plus morale, plus attachée à ses institutions, plus une encore, mais par son éducation morale et politique plutôt que par la centralisation administrative, enfin plus patiente, plus prévoyante, et plus constante dans ses bonnes résolutions.
Une grande partie de sa population manque en effet de l'instruction la plus élémentaire : c'est-à-dire de l'instrument nécessaire pour en acquérir une autre, la véritable. Il faudrait donc que le peuple sût lire et écrire, calculer, etc., qu'il reçût ensuite, indépendamment des connaissances professionnelles, une assez forte instruction économique, morale, politique et religieuse. Comment vouloir, par exemple, que le peuple soit religieux et moral quand on ne lui enseigne qu'une religion et une morale peut-être trop exclusivement fondées sur une autorité qu'à tort ou à raison il ne peut plus croire ? Comment espérer qu'il aime des institutions qu'il ne connaît pas et dont il ignore les bienfaits ? Comment serait-il un dans ses désirs et dans ses volontés, puisqu'il n'y a pas unité dans son esprit ? Manquant d'idées pratiques au point de vue social, il n'a plus d'autre mobile que ses passions, ses préjugés et les intérêts égoïstes du moment. Comment serait-il patient s'il ne se sait pas de lendemain, s'il ne voit pas dans le passé et dans le présent la garantie de l'avenir ? Comment serait-il prévoyant et ferme s'il ne connaît pas les obstacles qui s'opposent à la réalisation immédiate de ses vœux, s'il ne sait point comment ils peuvent être tournés ou vaincus, s'il ignore enfin qu'il en est dlnvincibles et aux-