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DE LA DISSOLUTION DES GOUVERNEMENTS

qui les rende odieuses. Les peuples qui ont le bonheur d'être libres ne devraient pas oublier que toutes les institutions humaines sont de leur temps, qu'elles sont imparfaites, qu'elles ne peuvent avoir qu'une bonté relative et de circonstance. Les lois constitutionnelles elles-mêmes doivent donc pouvoir être revisées, tous les dix ans, par exemple. Il ne faut pas donner aux abus le temps de s'enraciner ; ce qui est bien restera seul et prendra de plus en plus consistance dans les esprits et les mœurs. Cette possibilité de changer les lois, même les fondamentales, n'entraînerait d'ailleurs pas la nécessité de le faire. Heureux si l'on n'avait aucune raison suffisante de les modifier jamais ! Nous n'ignorons pas qu'il suffit de sentir la possibilité de changer les lois pour qu'on s' y attache moins par l'efiet de l'habitude ou de la résignation; mais quand elles résistent malgré le pouvoir légal de les changer facilement, elles deviennent évidemment de plus en plus chères ; on s'y attache alors non par habitude et par nécessité seulement, mais par affection d'abord et par habitude ensuite. La crainte et la nécessité ne sont plus rien dans cette fidélité à ses propres lois.

On peut sans doute re viser quand on veut les lois qui régissent le droit privé ; y est-on pour cela moins attaché? Les codes français ont-ils moins d* empire .maintenant que s'ils dataient de plusieurs siècles? Combien au contraire n'en ont-ils pas davantage, combien ne sont-ils pas plus d'accord avec nos idées et nos mœurs que s'ils étaient un mélange informe

du droit romain, du droit coutumier et féodal ?

Quels si grands changements ont-ils donc subis par suite d'une restauration politique, et d'une double ou triple révolution qui l'a brisée ? Quelques améliorations peu nombreuses y ont été faites, et d'autres fois peut-être ont-ils été plutôt défigurés qu'améliorés. Mais il y a dans la faculté même de modifier les lois quand on le veut, une raison très puissante d'en supporter plus patiemment les imperfections. Il n'y a que les maux sans remède qui portent au désespoir.

On comprend qu'en principe une législation doit être d'accord avec l'esprit des hommes qu'elle régit. Et comme cet esprit change, ce qui ne peut être nié de ceux-là mêmes qui ne veulent pas entendre parler de progrès et de perfectionnement, il faut donc que la législationpuisse se modifiersuivantles besoins sociaux qui naissent de l'esprit nouveau. Les lois ont rarement l'avance sur les mœurs, surtout les lois faites parle peuple même auquel elles sont destinées; elles ne sont toujours que l'expression de la volonté du moment. Elles tendent même naturellement à immobiliser l'état présent des choses. Si donc cet état vient à changer malgré cette tendance, c'est que les lois ont beaucoup moins d'empire sur les mœurs, que les mœurs sur les lois. Celles-ci doivent donc suivre celles-là.

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